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L'incrédulité moderne

Peut-être l'auteur devrait-il s'excuser de la Ion- ' gueur de ce sermon , qui dépasse de beaucoup les limites dans lesquelles l'usage semble avoir circonscrit ce genre de discours; mais le lecteur voudra bien supposer, si toutefois ce n'est pas exiger de lui un trop grand effort d'imagination , que l'orateur a eu affaire à un auditoire doué d'assez de patience et d'indulgence pour l'écouter jusqu'à la fin. Le fait est que n'étant pas dans l'habitude d'écrire ses sermons, ce n'est qu'après avoir prononcé celui-ci qu'il a eu l'idée de le confier au papier. Il est donc probable que les personnes qui l'ont entendu trouveront quelques variantes dans la rédaction; il est possible aussi qu'un peu plus de développement ait été donné à l'ensemble; mais la substance est demeurée la même.

L'auteur prie le public religieux de l'excuser d'avoir été peut-être un peu avare de théologie dans ce sermon. Il n'ignore pas que le premier

vj PRÉFACE,

devoir d'un ministre chrétien est d'expliquer les doctrines du véritable christianisme, et de prêcher les devoirs qui en sont la conse'quence ; et il ose se flatter que, dans l'exercice de ses fonctions, il s'est rarement écarte de cette règle de conduite ; mais, d'un autre côté, il est également convaincu que quelques excursions sur d'autres sujets sont parfois non seulement permises, mais même nécessaires. L'erreur prend tant de formes diverses qu'il faut bien varier aussi ses méthodes dans la défense de la vérité ; et cette résistance aux empiétemens de l'incrédulité et de l'erreur, de qui le public serait -il plus en droit de l'attendre et de l'exiger que de ceux qui par état doivent consacrer leurs études et leur vie tout entière à l'avancement de la vertu et de la religion ? Aussi a-t-on vu éclore de toutes parts , sous la plume de théologiens de toute secte, une multitude d'ouvrages où ces matières étaient traitées avec la logique la plus puissante et l'éloquence la plus persuasive, et qui , l'on ne saurait en disconvenir sans injustice, ont fait le plus grand honneur au clergé. Les preuves de la vérité du christianisme, fondées sur les faits historiques, ont été exposées de la manière la plus lumineuse ; les arguties outrageantes des incrédules ont été réfutées , et leur ignorance, si ce n'est confondue et réduite à rou-

PRÉFACE. vij

gir, du moins complètement mise à nu ; et l'on peut dire que la révélation a triomphé sur tous les points , autant du moins qu'il est donné à la vérité et à la raison de triompher sur la terre.

Toutefois , il reste un point de iue sous lequel les divers systèmes des ennemis du christianisme sont encore à examiner, point de vue dont on s'est peu occupé jusqu'ici, et sur lequel la conduite actuelle de nos adversaires appelle notre plus sérieuse attention : c'est l'influence de ces systèmes sur la société, La controverse paraît avoir changé de face. Les champions de l'incrédulité, battus sur le terrain de la logique, mais peu disposés à abandonner le combat, ont adopté un autre mode d'agression; ils semblent aujourd'hui moins disposés à attaquer l'autorité de la religion révélée , qu'à en contester l'utilité , en répandant sur l'homme et sur la société des opinions qui tendraient à établir que les lois de cette religion ne sont pas plus raisonnables qu'elles ne sont nécessaires. Leur but n'est pas tant de décréditer telle ou telle religion en particulier, que de proscrire et de faire abandonner les principes communs à toutes les religions.

Effacer jusqu'aux dernières traces du sentiment de la Divinité, annuler les idées de lois morales et de monde à venir, et par ce moyen pré-

vîij PREFACE,

parer les voies à l'entière subversion de toutes les institutions sociales et religieuses que les hommes ont eu coutume de respecter jusqu'à ce jour, c'est là évidemment ce que se proposent les modernes sceptiques , de tous les sophistes , les premiers qui aient avoue la folle entreprise de gouverner le monde , sans y établir la croyance à un pouvoir supérieur. Qu'une tentative totalement inconnue sous l'empire d'une superstition grossière, celle de secouer le joug de toute religion, ait attendu pour se manifester une époque distinguée de toutes les autres par la possession d'une révélation plus pure, plus parfaite et mieux démontrée que jamais n'eussent osé l'espérer ni le prévoir les sages de l'antiquité les plus renommés par leurs lumières, c'est assurément ce dont nous aurions bien sujet de nous étonner, sans l'intimé persuasion où nous sommes que c'est précisément la sainteté , la pureté de cette révélation , qui lui attire le dédain et l'aversion d'hommes qui veulent à tout prix persévérer dans leur corruption; et cette solution , c'est le Sauveur lui-même qui nous la fournit : Ils ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises; et ils ne viendront point a la lumière, de peur que leurs œuvres ne soient reprises (Jean, îii, 19, 20).

PRÉFACE. k

Avant que la lumière du christianisme eût éclaire la terre, la politique, l'ignorance ou la peur, y avaient établi des religions diverses, mêlées de quelques restes plus ou moins altérés d'une révélation de pure tradition; et toutes, celle des Juifs exceptée, en se montrant favorables à certains vices, n'opposaient à d'autres qu'une molle résistance et un frein impuissant; mais entre le vice, quel qu'il soit, de quelque nom qu'on l'appelle, entre le vice et la religion de Jésus, il n'y a, il ne peut y avoir qu'irréconciliable inimitié, guerre, guerre éternelle. Et puisque le règne du christianisme est, dans son essence, le règne de la vertu, nous n'avons pas à chercher les motifs de la constante hostilité de ses adversaires ailleurs que dans leur attachement au vice et à tout ce qui est dérèglement et désordre.

Indiquer cette face de la controverse, si la réalité en est reconnue, c'est en démontrer l'extrême importance; et tout homme à qui il n'est pas indifférent que le monde soit gouverné par le vice ou par la vertu, par l'erreur ou par la vérité, y verra un nouveau motif, et un motif bien puissant, pour déployer la mesure de talens que Dieu lui a accordée, et la faire servir à combattre pour la foi qui a été une fois donnée aux saints (Jude, 1,3). Dans une semblable crise, que pourraient

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