L'Inde anglaise avant et apráes l'insurrection de 1857
Il y aura bientôt quatorze ans que nous avons publié la deuxième édition de l'Inde anglaise. Dans cet intervalle, bien des événements se sont écoulés, bien des dynasties souveraines ont disparu, bien des royaumes ont été ajoutés à l'empire Hindou britannique. Celui qui veut aujourd'hui se retrouver au milieu de toutes ces ruines a besoin d'un nouveau guide : nous venons renouer le fil conducteur que le temps et la politique ont interrompu ou brisé. Déjà, il y a quatorze ans, nous annoncions que tant de haines si violemment comprimées finiraient tôt
n PREFACE.
ou tard par amener une explosion. Hélas! notre prédiction s'est accomplie ! Loin de nous la pensée de nous en glorifier, et encore moins de nous en réjouir. Nous ne prétendons qu'à l'humble rôle de Cassandre. Comme elle nous pleurons aujourd'hui sur de nobles et touchantes \ictimes. Nous avons pu à l'heure des violences stigmatiser les triompha* teurs, aujourd'hui nous ne pouvons que nous incliner avec respect et admiration devant le courage, la résignation, le patriotisme de cette grande race anglo-saxonne. Anglais, écoutez-moi avec patience; c'est votre gloire que je veux conserver intacte, en plaidant auprès de vous la cause de l'humanité souffrante, môme de l'humanité coupable. Hélas! quelle est la nation, môme parmi les plus civilisées, qui n'ait rien à se reprocher, qui ait le droit d'être impitoyable? Laissez approcher le vieux soldat, votre compagnon d'armes du 55e, qui, ne pouvant plus aller partager vos dangers, veut au moins s'agenouiller avec vous sur ces tombes où vous pleurez. Lorsqu'il voit son vieux drapeau troué par la mitraille et déchiré par la tempête, il veut au moins le saluer au passage, et répéter avec vous la glo*
PRÉFACE. ni
rieuse devise de l'un de vos enfants, l'héroïque Quentin Ballye, mourant sous les murs de Delhi :
Duloe et décorum est pro patria mori 1
(Il est doux et c'est un honneur de mourir pour In patrie.)