CHAPITRE X11I
Caractère et position du soldat dans l'armée royale anglaise *j système de recrutement. — Le soldat anglais le mieux nourri, le mieux soigne, le mieux armé, le mieux discipliné dans le monde; système d'avancement parmi les officiers; solde des différents grades.
Ce qu'il y a de singulier, c'est que le soldai accepte sa position de paria sans un murmure et sans un regret. Non-seulement il ne s'en trouve pas humilié, mais il se battrait avec un camarade qui l'accuserait de raffinement ou de vouloir faire le gentleman. Le soldat anglais est une bête brute et s'en glorifie; c'est l'écume de la société, ce qui n'est pas étonnant, d'après la manière dont il est recruté. Il en sera de même dans tout pays qui maintiendra une armée permanente sans le régime de la conscription, et dont les lois n'appellent pas également
1 On verra plus loin que le service dans l'Inde est fait par deux armées complètement distinctes* et soumises à des régimes tout à l'ait différents; L'une est l'armée royale anglaise; l'autre l'armée de la Compagnie;
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tous les citoyens à la défense du territoire. Partout où le recrutement sera volontaire, le besoin de sujets obligera de recourir à un système d'embauchage qui remplira les cadres de tout ce qu'il y a de plus grossier, de plus vil et déplus corrompu dans la population. Telle était la composition des armées de l'Europe du temps des compagnies franches, véritables brigands soldés qui ravageaient le pays quand on ne pouvait les employer au dehors. Ces excès ne se reproduisent pas de nos jours, en temps de paix, dans les armées anglaises, admirablement soldées, qui n'éprouvent jamais aucun besoin, et soumises à une discipline des plus sévères; mais suivezles dans une retraite, voyez-les après un assaut entrer dans une ville en vainqueurs, et les exploits de Ciudad- Rodrigo, de Badajoz et de Saint-Sébastien effaceront les brutalités et les orgies des bandes de Dugueslin et du Sanglier des Ardennes.
Un sergent suivi d'une couple de soldats, tout chamarrés de galons et de rubans, arrive dans un village, il s'enquiert des mauvais sujets, s'en fait désigner un, parvient à l'isoler et à l'entraîner au cabaret. On lui parle d'une vie aisée, paresseuse, bien nourrie, aux frais de l'État; on le flatte en cas de guerre d'une perspective de butin, de pillage, de filles violées; on l'enivre peu à peu, et, quand sa tète est échauffée, on lui propose de l'enrôler; c'est à peine s'il comprend ce qu'on lui fait faire, mais on lui offre un shilling qu'il accepte; c'est le gage, les arrhes de son enrôlement; le marché se trouve ainsi conclu devant témoins et devient irrévocable; ce guetapens le condamne à servir toute sa vie! L'orgie terminée, on le transporte ivre-mort au corps de garde, d'où il ne sort plus que pour joindre le dépôt où l'attend la
AVANT ET APRÈS L'iNSUllftECTIOK. 2dj
férule du sergent-instructeur. Le village est débarrassé d'un mauvais sujet et le pays compte un défenseur de plus.
L'armée se trouve donc comme un port de sauvetage sur la route de Botany-Bay. D'enrôlements volontaires proprement dits, il n'y en a pas dix sur cent, et de ce nombre la moitié se compose des enfants de troupe; les neuf autres dixièmes sont amenés dans les rangs par la débauche, l'ivrognerie et la misère. Comment, avec de pareils éléments, est-on parvenu à former une machine si compacte, si réglée, si flexible, ce doit être un problème pour quiconque ne connaît pas le caractère anglais. Ce caractère explique tout : aucun être n'a plus l'instinct de son bien-être matériel que l'Anglais et de l'avantage de l'ordre pour en jouir. Le secret consiste ici eu ce que le soldat est bien payé, bien nourri, bien vêtu, et que, s'il marche de travers, il a le droit d'être fouetté, déporté ou pendu. Il est rare qu'il soit chassé du service, et ce n'est jamais que pour le crime de vol avec récidive; mais, dans ce cas, sa paroisse n'est plus obligée de l'assister; il meurt de faim, se livre au brigandage et finit par se faire pendre. C'est le raisonnement, c'est un calcul, c'est son intérêt bien entendu, qui finissent par faire du soldat anglais l'instrument le mieux discipliné et le plus obéissant dans le monde. Sa longue éducation sous les drapeaux devra aussi lui implanter à la fin des idées d'ordre, de justice, de religion (car on le conduit régulièrement au prêche chaque dimanche); et si, dans sa vieillesse, il retourne dans son village avec sa pension d'invalide, £e sera avec des habitudes acquises d'une vie réglée et d'exactitude militaire. Mais ne lui parlez jamais d'honneur, ce n'est pas par un fil si délicat que vous le i. 15
conduirez, il éclatera d'un rire brutal, et vous demandera un verre d'eau-de-vie : c'est, dit-il, la seule récompense qu'il apprécie. Ne lui parlez pas même de gloire, il sait bien qu'elle ne descendra pas jusqu'à lui; elle est aristocrate dans l'armée anglaise et ne plane que sur les officiers supérieurs.
Si nous comparons maintenant le soldat d'infanterie anglaise sous les armes avec celui de tout autre pays, nous serons obligés de reconnaître son immense supériorité physique. C'est le mieux nourri, le mieux soigné, le mieux armé, le mieux exercé. Comparé au soldat français, sa taille moyenne est beaucoup supérieure, ses membres sont plus gros et plus forts, son poids est d'un tiers en sus, sa force est gigantesque et toujours en proportion de son poids.
Prenez au hasard, sur une ligne d'avant-postes , la première sentinelle française et la première sentinelle anglaise que vous rencontrerez : supposez l'une et l'autre sous les mêmes conditions d'instruction, dix contre un à parier que vous aurez les résultats suivants : le Français sera admirable de feu et de vivacité, sa physionomie pétillera d'intelligence, vous admirerez sa taille souple et dégagée, son air éminemment martial, rehaussé peut-être encore par une barbe et une moustache épaisses. L'autre sera le plus bel animal dans la création, il ne lui manquera que le feu de Prométhée pour illumine!' cette superbe figure, quelques cheveux de plus pour diminuer la fadeur de cette peau blanche qui semble cacher des humeurs froides ; ses membres sont ceux d'un géant ; s'il parvient à saisir sou agile adversaire, il lui fera subir le sort d'Antée, il l'étouffera dans ses bras nerveux. Je préférerais le premier pour assaillir une brè-
che ou pour la guerre de montagnes, partout où il faudrait de l'élan; mais, dans une lutte en plaine, à la baïonnette, je préférerais, je crois, l'infanterie anglaise, surtout au commencement dune campagne.
Cette infériorité tient à la misérable nourriture qu'on donne à nos soldats, également insuffisante en quantité et en qualité. Quelle force peuvent-ils tirer de cette soupe insipide et noyée, où viandes et légumes doivent être péchés en plongeant, et rappellent tristement ce vers latin :
Rari nantes in gurgite vasto?
Le soldat anglais, au contraire, est nourri selon sa faim et en proportion de ses fatigues, de vivres sains, abondants et substantiels. Voici les règlements militaires à ce sujet, je me contenterai de les citer :
« Les soldats casernes ou en quartier dans la Grande- Bretagne recevront trois quarts de viande et une livre de pain par homme et par jour !, dont le prix sera payé au moyeu d'une retenue sur la solde journalière, qui n'excédera pas 6 pence ou 60 centimes, c'est-à-dire la moitié de la solde du plus simple soldat d'infanterie. Si le prix de ces deux denrées excédait cette somme, le surplus serait acquitté par l'État.
« Les troupes en marche en Angleterre, et logées dans
1 C'est-à-dire > si l'on réduit ces quantités en mesures française^ 540 grammes de viande et 455 grammes de pain. La rai ion française est 250 grammes de viande et 750 grammes de pain. La différence n'est donc pas grande en station; c'est sous le rapport des vivres de campagne qu'elle est considérable. Mais il faut dire qu'en station les Anglais ont, en outre, 40 centimes pour la bière, qui est un véritable supplément de nourriture.
les auberges, recevront chaque jour des aubergistes un repas chaud, qui consistera en une livre et un quart de viande pesée avant la cuisson, une livre de' pain, une livre de pommes de terre ou l'équivalent en légumes, deux pintes de petite bière avec le sel, le poivre et le vinaigre nécessaires. Cette dépense sera acquittée aux aubergistes d'après certains tarifs, et les fonds seront remboursés aux régiments par l'État. »
Dans leurs campagnes en Europe, dans leurs marches et leurs campagnes dans l'Inde, la ration de pain et de viande est toujours la même. Ici le riz est substitué aux autres légumes, l'eau-de-vie ou Tarrak à la bière; mais dans aucun cas on n'économise aux dépens de la vie ou delà santé du soldat. « La nourriture est tout l'homme,» est un ancien adage dont le gouvernement anglais a eu la sagesse de profiter.
J'ai dit que le soldat anglais était le mieux soigné. Tous ceux qui se rappellent les campagnes d'Espagne du temps de l'Empire, ou qui voudront comparer aujourd'hui les guerres d'Alger et d'Affghanistan , n'auront qu'une voix pour confirmer ce que j'avance. Règle générale, on peut dire que le soldat anglais ne bivaque jamais; je a ai bivaqué dans l'Inde que trois fois, en vedette ou après une déroute. Et, si l'on en excepte les premiers mois, il en a été de même dans la guerre de Crimée.
Une armée anglaise traîne toujours à sa suite un commissariat immense; quelque argent qu'il en puisse couler au gouvernement, les troupes ne doivent souffrir aucune privation. On verra toujours à leur suite un énorme matériel de campement pour protéger le soldat contre les intempéries de l'air, et d'amples approvision-
nements si le pays n'offre pas les ressources suffisantes. Un général anglais, le duc de Wellington en est un exemple, s'inquiétera peu de la rapidité de ses mouvements, pourvu qu'il amène son corps d'armée frais, sain et repu en présence de l'ennemi. Ceci est de plus d'importance pour une armée anglaise que pour toute autre. Que le soldat ait bien déjeuné ou bien dîné avant le premier coup de canon, et on peut s'en fier à lui pour le reste, il s'acquittera de son rôle comme un ouvrier auquel on a tracé son ouvrage du jour, gaiement, consciencieusement, non, comme je l'ai dit, pour la gloire ou pour l'avancement, puisqu'il ne doit espérer ni l'une ni l'autre, mais pour ne pas manquer à sa qualité d'homme, son manhood, pour n'être pas méprisé de ses camarades. Il se battra sans réflexion, sans intelligence, mais avec l'obstination et le patriotisme caractéristiques de son pays1.
Le chiffre de l'armée nationale est peu élevé, elle coûte trop cher à recruter et est trop bien payée pour être nombreuse. Les bataillons étant rares, il faut qu'ils soient au moins effectifs ; il faut donc les ménager pour qu'au jour du combat personne ne manque à l'appel. Il y a encore une autre raison, c'est qu'on n'improvise pas une armée anglaise. Il faut un an ou dix-huit mois pour convertir en soldat un rustre du Cumberland ou d'Invernesshire : on obtiendrait les mêmes résultais d'un paysan français en six semaines.
1 Ce qui laisse le plus à désirer dans l'armée anglaise, ce sont les ambulances elle service médical. On les a vus à l'œuvre en Crimée, où leur infériorité sous tous les rapports a été déplorable. De mon temps, l'ignorance des chirurgiens militaires anglais était proverbiale.
J'ai dit que l'armée anglaise était la mieux disciplinée la mieux armée, la mieux exercée, et cela découle encore du même système et surtout de sa composition : l'enrôlement étant pour la vie, les deux tiers des cadres sont des vétérans. On veut une armée aussi disponible que possible; les entreprises les plus hardies sont quelquefois confiées aux plus faibles détachements ; il faut donc qu'elle soit toujours parfaite à tous égards et dans toutes ses parties, que l'on puisse dans tous les instants se fier à l'efficacité de son armement. On n'épargnera donc rien pour la perfection du matériel, pour assurer la précision et la justesse du tir. Un jour de chaque semaine est consacré à l'exercice de la cible, et le soldat brûle au moins trois cents cartouches à balle dans l'année. Le colonel Mill, qui avait fait les guerres d'Espagne, me disait souvent que, dans les feux de peloton et de bataillon qui s'échangeaient entre les troupes françaises et anglaises, le carnage était toujours quatre fois plus grand dans les rangs français, par la double raison que l'infanterie anglaise visait mieux et avait de meilleurs fusils.
Il ne nous reste plus que deux sujets à traiter avant d'en revenir au 55e, c'est le mode d'avancement parmi les officiers de l'armée royale et la solde des différents grades.
Dans l'armée royale on avance de deux manières : à l'ancienneté ou en achetant la démission d'un officier dans le grade immédiatement supérieur; moyennant ce système, le gouvernement anglais affranchit ses finances d'une dépense énorme, celle des retraites qu'il faudrait payer, comme chez nous, à ses officiers après un certain temps de service. Un officier d'un grade quelconque désire-t-il se retirer? le gouvernement s'y prête de la meil-
loure grâce du monde, mais fera payer sa retraite à ceux qui en profiteront en succédant aux grades qui deviendront vacants. 11 lui permettra de vendre sa place le mieux qu'il pourra en lui garantissant un minimum proportionné à ses appointements. Pour faciliter cette vente, il existe une espèce de convention tacite qu'elle aura lieu exclusivement dans le régiment, pourvu qu'il y ait un officier dans le grade immédiatement inférieur à celui qui va devenir vacant qui, pouvant offrir au moins le minimum, soit disposé à acheter et réunisse d'ailleurs les conditions et qualités exigées pour entreprendre les fonctions de celui qui se retire.
Supposons, par exemple, qu'un officier, parvenu au grade de capitaine, voyant sa santé s'affaiblir ou s'ennuyant de servir aux Indes, veuille accepter sa démission. Il commencera par faire son marché avec les lieutenants et sous-lieutenants de son régiment. Ce n'e>tpas qu'il puisse mettre précisément son grade à l'enchère et profiter de la concurrence pour en élever indéfiniment le prix ; au contraire, le plus ancien lieutenant au corps, pouvant réaliser le minimum, est sûr de lui succéder. C'est avec lui, avant tout autre, qu'il doit régler sa capitulation; car, du moment qu'il remplit la condition unique de finance, aucun lieutenant du même régiment placé plus bas sur l'échelle d'ancienneté ne peut passer pardessus sa tête.
S'adressant donc au plus ancien lieutenant pourvu du minimum, il lui dira : La valeur de mon grade est fixée à 4 ,800 livres sterling, mais je ne demanderai ma démission que si vous m'en procurez, n'importe comment, 2,200; c'est-à-dire 400 livres sterling en sus de ce qui est accordé par les règlements. Si le lieutenant est riche,
peut-être souscrira-t-il aussitôt à la demande du vendeur; s'il ne l'est pas, il entrera en négociation avec l'enseigne qui devra succéder à sa lieutenance, en même temps qu'il passera lui-même au grade de capitaine, pour partager la différence. Ils ajouteront, je suppose, 200 livres chacun à leur minimum respectif; ainsi le lieutenant, qui, pour passer capitaine, ne devait payer que 1 ,100 livres, en payera 1,500 ; le contingent du sous-lieutenant pour passer lieutenant devait être de 250 livres, il en payera 450; enfin le gentleman qui entre au corps en achetant la sous-lieutenance et avec lequel on ne peut faire aucun marché, puisqu'il est au choix du ministère, payera ce grade 450 livres ; ces sommes réunies feront les 2,200 livres demandées. Quant aux conditions nécessaires pour passer d'un grade à un grade supérieur, c'est une connaissance assez médiocre des manœuvres et un certain nombre d'années sous les drapeaux. Ainsi on exigera généralement quatre années de service pour accorder le grade de capitaine, mais toute règle admet des exceptions, surtout dans l'armée anglaise où la faveur lève tous les obstacles.
Quelles que soient les circonstances, même en temps de guerre, il est rare qu'un capitaine vende sa compagnie moins de 2,000 livres sterling, c'est-à-dire 50,000 francs; c'est, il est vrai, toute sa retraite, mais elle lui donne non-seulement une rente d'environ 2,500 francs pour le reste de ses jours, mais un capital qu'il peut laissera ses enfants. On voit donc que tout le monde gagne à ce système, mais surtout le gouvernement, qui n'a pas à porter le chiffre des retraites au budget de ses dépenses et qui échange un vieux soldat pour un neuf sans avoir à compter avec le premier pour ses longs et pénibles services.
En second lieu, on avance à l'ancienneté par les décès de ses camarades dans les rangs supérieurs ; mais, en présence du système que nous venons d'exposer, il est facile de comprendre que cet avancement devient tellement long à réaliser qu'il est presque illusoire ; car, du moment qu'un officier se sentira gravement malade, il se dépêchera de vendre afin de laisser le prix de sa commission à sa famille. S'il meurt au service, la valeur de son grade et tout l'argent qu'il a dépensé pour y parvenir sont perdus pour ses héritiers ; s'il laisse une veuve, elle n'aura qu'une pension viagère égale à la demi- solde de son grade, tandis que ses enfants recevront un secours annuel jusqu'à vingt et un ans pour les garçons, et jusqu'à l'époque de leur mariage pour les filles ; mais le capital est perdu, c'est le service qui en hérite ; malheur aux morts ! voilà la devise de l'armée, et c'est aussi le côté désavantageux du système. La conséquence assez naturelle est qu'au premier symptôme d'une guerre un peu sérieuse beaucoup d'officiers mariés songent à leurs familles et abandonnent les drapeaux, ou, si la pauvreté les oblige à rester au service, ils ont moins d'élan, leur vie est un capital qui ne leur appartient plus, dont ils ne sont que les dépositaires et qu'ils n'ont pas le droit de risquer. Il y a nécessairement moins d'ardeur et de zèle à en espérer; s'il me fallait encore une fois généraliser, je concéderais à l'officier français la même supériorité que celle que j'accordais tout à l'heure au soldat d'infanterie anglaise. Pourtant il y a de brillantes exceptions : la riche nature anglaise et son patriotisme triomphent souvent des considérations de famille; mais, si la cause ne produit pas toujours l'effet, elle en contient toujours le germe.
2fî2 T/INDE ANGLAISE
Je dois encore faire remarquer que, si un officier meurt de maladie, le grade vacant est à la disposition du ministre qui est libre de le donner au plus ancien officier du rang immédiatement inférieur dans le régiment, ou au choix dans tout autre corps. Ceci ouvre la porte à une infinité d'injustices; il n'y a que la mort au champ d'honneur qui assure un héritage incontestable aux grades inférieurs dans le même corps : aussi voit-on quelquefois des lieutenants ayant autant d'années de grade que leurs capitaines en ont d'existence. Il faut avouer cependant que ce n'est pas toujours la faute du système et que souvent ils ne doivent s'en prendre qu'à eux de cette stagnation pour n'avoir pas su profiter des circonstances. Effectivement, sur trente ans de service, l'officier de fortune en passera ordinairement vingt-quatre aux colonies, où les appointements sont tellement beaux qu'avec un peu de prudence il devra économiser de quoi atteindre au moins le grade de capitaine.
Sans nous égarer dans des dissertations inutiles sur les avantages et les désavantages de ce système, passons à la dernière partie de l'organisation militaire, celle qui a rapport à la solde. Dans l'armée anglaise, cette solde est marquée par une échelle extrêmement mobile, qui varie suivant les colonies et qu'il serait trop long de suivre dans toutes ses variations. Nous nous contenterons seulement de placer en regard les deux tables extrêmes de son développement : celle de la solde indienne et celle de la solde européenne.