CHAPITRE XIII
Quatrième question Sur quelles bases l'empire britannique indien e^t-il établi? Que; l-ce qu'il a à craindre des révolutions de l'intérieur?
Tout poavoir despotique est fondé .sut' une de ces deux bases, l'amour eu la crainte; rarement sur la première, quelquefois sur toutes les deux, le plus souvent sur la dernière.
La base du pouvoir anglais est-elle dans l'amour des peuples? C'est une question déjà résolue par les chapitres précédents. Demandez au rayot, sur le seuil de la chétive masure où sa famille est accroupie dans la vermine, à peine protégée des vicissitudes atmosphériques; au cultivateur, dont la vie est celle d'une bête de soumit ; ils vous répondront en montrant leur misère : « Puis-je aimer la main qui m'a fait cette existence? » Demandez au tisserand sans ouvrage qui voit vendre à sa porte la percale et les mousselines de l'Angleterre; demandez aux ii. . il
anciens zemindars, c'est-à-dire à toutes les anciennes familles, à toutes les classes aisées et respectables d'autrefois qu'on a ruinées, puis rejetées après en avoir exprimé toute la substance; demandez môme aux nouveaux concessionnaires, peut-êlre mieux partagés, mais qu'une succession de mauvaises années, des sécheresses (résultat de l'incurie d'un gouvernement qui ne répare et n'entretient ni les canaux ni les étangs), peuvent ruiner d'un jour à l'autre; demandez à l'Hindou s'il aime le joug de cette race venue de si loin, professant ur.e religion différente, qui affecte de mépriser la sienne, race souillée et plus impure à ses yeux que le pariah qui rôde autour de son village; race dont le contact est une tache, se nourrissant de l'animal immonde, infâme à ses yeux dans ses goûts, dans sa gloutonnerie, ses plaisirs et ses habitudes, et à laquelle il doit des vices et des maladies qu'il ne connaissait pas jusqu'alors1; tous n'auront qu'une réponse : « Haine à l'étranger! » Demandez au musulman de quel œil il voit les vicissitudes qui ont fait passer tant de puissance des mains des vrais croyants aux mains des infidèles; s'il désire voir le trône de Tamerlan relevé à
1 lue observation de Jacquemont, correcte comme ses observalions le sont toujours, caractérise l'antipathie dont je parle : 4 Sous la dynastie mogolc, il était d'usajçe que l'empereur eût parmi ses femmes la fille d'un des princes indiens les plus puissants, et il sein* ble que ces alliances politiques furent toujours consenties avec empressement par ces derniers, nonobstant l'apostasie obligée de leurs iillcs qui devenaient ont cast (hors caste} en même temps que reines. Aujourd'hui, je crois, elles seraient impossibles, Malgré le peu de cas que les princes indiens font d'une femme, je doute qu'ils consentissent à ^acriBer une de leurs fille- pour satisfaire leur ambition au point delà livrer au gouverneur général en personne. L'infamie de :,i dégradation rejaillirait plu< sur eux que l'éclat de ton alliance. »
Delhi, ou celui d'Arungzeb à Agra? Doutez-vous de son impatience? A-t-on au moins cherché à calmer l'irritation de ce conquérant déchu en flattant ses vanités nationales, en respectant ses souvenirs, ses traditions, en entretenant avec un soin religieux ces admirables monu ments élevés par la piété et la magnificence de ses héros et de ses saints? Agenouillé dans sa belle mosquée, absorbé dans la prière et la méditation, il pourrait peut-être n'accuser que la fatalité des malheurs de sa race, et vivre, dans l'extase, du souvenir de sa gloire passée. Mais non, c'est un lord Auckland, qui mène une croisade de païens et d'infidèles pour renverser le dernier trône, pour souiller le dernier sanctuaire qui reste encore à ses frères; c'est un lord Ellenborough qui va dépouiller et déshonorer les tombes du chevaleresque Baber, de Mahmoud-Ghiznevi, que tout musulman doit considérer comme un saint, ou tout au moins comme le plus pur et le plus héroïque champion de sa foi ; ce sont les portes qui, depuis huit cents ans, s'étaient refermées sur ce tombeau, une des conquêtes de la foi sublime du Koran sur le paganisme brutal, sur l'infâme idole de Somnaulh, que l'on arrache de leurs gonds poudreux sans s'être môme assuré s'il existait un temple hindou auquel on pût les suspendre, et que Ton jette enfin dans un magasin de fourrages; c'est Ghiznie, la ville sainte, le Benarès des musulmans de l'Inde, où les débris vaincus de l'armée anglaise avaient trouvé quartier et miséricorde, dont on ne laisse pas pierre sur pierre : vandalisme atroce, vengeance infâme d'un ennemi humilié, dernière satisfaction exigée par une vanité impitoyable1. Allez à Alla-
1 Aujourd'hui encore n'est-il pa> question de détruire Delhi ?
habad, la cité de Dieu, la capitale du Bundelcund, au confluent du Gange et de la Djoumna, vous verrez un fort parfaitement conservé : c'est un instrument de domination. Mais où est la ville? Quelques villas d'Européens, le marché et un petit village de banyans, où l'on ne voit que marchandises anglaises, voilà tout ce qui en reste. « Le palais du prince était assis sur le rivage, le fleuve en a englouti la moitié; quelques appartements de marbre étaient encore couverts d'inscriptions arabes en lettres d'or : c'étaient des versets du Koran; on vient d'en mutiler les restes afin d'en orner la demeure du eivilian et du marchand. Le muezzin appelle les fidèles à la prière du haut d'une tour en ruines : cette tour est le dernier débris qui soit resté debout de la superbe mosquée, le Djumaa-Musdjid; tous ces fragments, ces colonnes mutilées gisant dans les eaux du fleuve, lui appartenaient jadis; pour un million de roupies, on aurait pu cependant opposer une digue à la Djoumna et conserver un chef-d'œuvre d'architecture mahométane *.» Dans le cœur du musulman, toutes les phases de l'administration anglaise, son inertie comme ses actes, appellent également l'indignation et la vengeance.
Si les Anglais dans l'Inde sont détestés dans leur généralité et comme gouvernement, le sont-ils moins dans les relations de la vie privée? Non; parce qu'ils ne savent pas se foire aimer, parce que leur contact blesse toujours et que leur vanité, toujours agressive, froisse toutes les vanités. Où ont-ils des amis hors de chez eux? Toute l'Europe le sait. Quel est le lieu visité par leurs voyageurs où ils n'aient pas laissé une impression d'impatience
1 Impressions (F un voyageur
et d'amertune, que l'étalage de leur dépense et tout l'or qu'on attend d'eux peuvent à peine comprimer ? Mais c'est dans l'Inde surtout que la certitude de l'impunité leur fait .commettre des insolences et des oppressions à faire pleurer les anges, selon l'expression de Shakspeare : Sach fantastic tricks as to make ihe venj angels weep.
Sous les princes tartares, les indigènes voyaient leurs vainqueurs habiter le pays et y dépenser leurs immenses revenus; il leur en revenait toujours quelque chose. Aujourd'hui les maîtres passagers du pays ne restent que comme les chenilles du printemps pour dévorer sa substance ; dès que l'insecte aura ses ailes d'or, il s'envolera dans sa .mère patrie.
Quand de pareilles relations existent entre le vainqueur et le vaincu, injustice et dédain d'une part, terreur et mépris secret de l'autre, l'amour est impossible. Le pouvoir des Anglais dans l'Inde est donc basé sur la crainte. Chez les Indiens cette crainte est multiple dans sa nature et dans son origine. Elle a d'abord sa source dans une conviction profonde, générale et parfaitement fondée de leur impuissance à secouer le joug britannique sans un appui européen, et de leur infériorité vis-à-vis des conquérants en force physique, en courage, en talent ; elle vient encore du prestige de la discipline, de l'artillerie, et surtout de cette fortune qui, jusqu'à l'expédition d'Affghanistan, s'était toujours montrée si fidèle au drapeau anglais, de leur connaissance de la persévérance et de l'invincible obstination anglaise. Elle vient, enfin, d'une idée exagérée des ressources de la Compagnie en hommes et en argent : c'est pour eux un hydre dont on couperait vainement les cent têtes : il en renaîtrait toujours pour les dévorer.
Jusqu'à l'insurrection de 1 857, le cipaye était parfaitement convaincu que tout soulèvement de sa part amènerait sa destruction, que tous ses bataillons se briseraient en vain contre un régiment d'Européens. D'ailleurs, comme le chien, il ne savait qu'obéir à son maître. Les mots : patrie, honneur, étaient renfermés pour lui dans l'expression hindoustanie namuk hul al (fidèle au sel), c'est-à-dire qu'il élaittout dévoué à celui qui le nourrit. Il était donc prêt à exécuter aveuglément tous les ordres qui ne seraient pas en opposition avec ses préjugés religieux, que, jusqu'alors, on avait eu soin de ne jamais froisser.
Dans la classe industrielle, la crainte des révolutions a son origine ailleurs. Bien loin de prendre part à aucun soulèvement, à l'insurrection actuelle par exemple, elle voit une pareille crise avec effroi, sachant bien que ce qu'elle a de plus précieux et de plus sacré est exposé à devenir la proie de bandes pillardes et licencieuses, sans frein et sans discipline. C'est que les Mahrattes s'étaient fait détester par leur férocité et leurs brigandages, leur passage étant invariablement marqué parle fer et le feu. Les Pindaris ont laissé des souvenirs qui rappellent les scènes des cannibales : c'étaient les paisibles habitants, leurs propres compatriotes sur lesquels ils déployaient leur valeur et qui souffraient seuls de leurs cruautés. La descente des Népalais fut aussi marquée par le massacre des peuplades inoffensives des plaines. Aussi, dans les temps de crises, les banyans (petits marchands), les mahadjouns (négociants), les surrâfs (changeurs), les sahocars (banquiers), et Vinnombrable classe des saudagars (colporteurs) enfouissent leurs trésors et leurs marchandises, puis attendent patiemment les résultats de la
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guerre. On ne voit pas, comme en Europe, les diverses peuplades prendre les armes pour repousser ou attaquer un ennemi commun : il n'y a chez elles aucune nationalité, si ce n'est celle de la caste qu'il faut avant tout respecter, car malheur à celui qui y toucherait !
Tel est le caractère des populations indiennes, à quelques exceptions près. Il y a bien de temps à autre des insurrections partielles parmi les musulmans d'humeur très-turbulente qui habitent les royaumes d'Aoude et d'Hyderabad, les environs de Bangalore, la patrie d'Hyder-Aly, et parmi les tribus qui bordent l'Indus; il y en a même parmi les Hindous du Rajpoutana, du Bundelcund, des fiefs Polygars et du pays mahratte ; mais ces insurrections, ne tendant pas à un but unique dans l'intérêt général et n'ayant point leurs racines dans l'amour de la patrie, ne trouvent aucun écho chez les peuplades voisines et tombent d'elles-mêmes ou disparaissent à l'aspect d'un ou deux régiments souvent formés de soldats nés dans le même pays.
Toutefois les derniers événements ont assez prouvé que le poste d'un gouverneur général n'est pas absolument un lit de roses. 11 lui faut une vigilance constante et sans cesse dirigée vers tous les points de l'horizon, car les tourmentes se suivent sans se ressembler et viennent toujours du côté où l'on s'y attend le moins. C'est ainsi qu'en octobre 1839, quand toute l'attention du gouvernement était occupée par la guerre d'Affghanistan et les préparatifs de celle de Chine, on fut très-surpris d'apprendre tout soudainement qu'un petit roitelet, le Nawab de Keurnoul (frère du prisonnier de Bellary, celui-là même qu'une iniquité de la politique anglaise avait appelé au trône), noyau d'une conspiration dont on n'a
jamais connu toutes les ramifications, avait organisé secrètement et rassemblé, depuis des années, dans son petit fort une artillerie et des munitions de guerre suffisantes pour une armée de cent mille hommes. Un détachement anglais fut immédiatement envoyé pour s'en saisir, et s'empara effectivement du fort et de la personne du Nawab, après une résistance courte, mais furieuse, où l'on perdit beaucoup de monde. Les troupes du prince, composées principalement d'Affghans, d'Arabes et de quelques Rohellas, firent preuve d'un courage désespéré et digne d'une meilleure cause, disent les relations anglaises. La variété infinie et la profusion d'armes et de munitions qu'on trouva dans les caves du zénanah, la beauté des pièces de canon, toutes neuves et admirablement modelées, dont le métal seul avait dû couler au moins 1 ,500,000 fr., donnèrent à penser que plus d'un prince indien avait souscrit pour ces préparatifs et trempé dans le complot. Mais on se contenta de confisquer le matériel rassemblé et de déposer le prince, sachant bien qu'une fois la conspiration éventée et le premier coup frappé elle était sans vitalité et se dissoudrait d'elle-même.
Pour qu'il y eût soulèvement général, il faudrait que les masses y fussent intéressées, qu'elles ne fussent divisées par aucun sentiment de haine, et c'est ce que les différences entre leurs croyances religieuses ne permettront jamais. Il n'y aura jamais de mouvement simultané, parce que, du moment que deux sectes se réuniront dans une même conspiration, on est toujours sûr que l'une trahira l'autre avant le moment de l'explosion. C'est ce qui est arrivé pour la conspiration de Bangalore en 1833, c'est ce qui s'est représenté pour le complot
de Keurnoul en 1859, c'est ce qui se représentera toujours.
L'Angleterre n'a donc évidemment rien à craindre de ces peuples tant qu'ils sont livrés à eux-mêmes.
Il y aurait cependant une cause qui pourrait soulever une tempête si effroyable, que même le vaisseau de l'Angleterre pourrait y sombrer : ce serait si Von s'attaquait sérieusement auxpréjugés religieux, et surtout aux préjugés de la caste. Nous verrons le rôle que ce malheureux préjugé a joué dans l'insurrection de 1857 : il a suffi de quelques vagues rumeurs à propos de certaines cartouches graissées pour aliéner l'attachement de toute une armée, dont l'irritation contre ce qu'elle considérait comme un sacrilège a suffi pour pousser officiers* et soldats à l'insurrection armée, à la lutte jusqu'à l'extermination et aux plus horribles vengeances. Notez que le peuple, en dehors de l'armée, était étranger à la querelle; et cependant on a vu les résultats d'un simple soupçon. Si les Hindous étaient une fois convaincus qu'on veut niveler leurs castes, ce ne serait plus un soulèvement de cent mille hommes, mais de cent millions d'hommes.
Mais, dans les conditions normales de paix avec l'Europe, et en ayant soin de ne pas se heurter contre cet unique écueil de la caste, nous ne cesserons de le répéter, l'Angleterre n'a rien à craindre des révolutions de rintérieur. Ce n'est pas à dire, pour cela, qu'il n'y aura jamais, sur un si vaste espace, de tempêtes passagères. Pour celui qui a bien examiné l'Inde, sa surface est comme un vaste kaléidoscope où d'innombrables débris de civilisations superposées et d'empires en ruines se présentent en couches successives. Le moindre mouve-
ment, le moindre choc, suffit pour les ébranler, les réunir, les amalgamer, les jeter soudainement dans les formes les plus bizarres, les plus inattendues : « C'est comme une sorte de poussière sociale que l'esprit de guerre ou d'aventure peut soulever au hasard et promener çà et là en tourbillons destructeurs *; » à laquelle il manque jusqu'alors un ciment quelconque, l'esprit de patriotisme, une religion ou une affection commune, mais qui, sous les mains d'un chef énergique, habile, qui éblouirait la multitude par un premier succès, pourrait en quelques moments prendre de la consistance, se condenser en un peuple, une nation. Voyez vous, dans nos climats glacés, ces flots que la main d'un enfant divisait naguère : le vent du nord s'élève, soudain c'est un cristal solide où la pioche et la hache viendront se briser. Il en est de même de ces sables de THindoustan, en apparence si friables entre les mains de l'Angleterre. Cette sorte d'agglomération s'exécute au moyen d'une loi de formation d'une extrême simplicité, et dont le mécanisme se met jusqu'à un certain point en jeu de lui-même. Dans un pays fractionné en une multitude de parties sans cohésion, sans lien politique, toutes prêtes à subir le joug d'une nouvelle conquête, et qui fourmille sans cesse dune multitude d'aventuriers toujours disposés à se ranger sous le premier chef venu, il ne fout qu'un premier succès, qu'un premier butin à partager pour réunir des légions. Si la faiblesse du pouvoir le rend incapable de prévenir ces usurpations ou de les arrêter dès l'origine, elles vont s'accroissant avec une rapidité étonnante. Un chef de bande s'est emparé d'un
1 Barchou de Penhoën.
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canton, les revenus de ce canton le mettront à même d'équiper une petite troupe. Avec cette troupe, il se saisira d'une province qui lui fournira à son tour les moyens de lever et de solder une armée plus considérable encore, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'enfin il se trouve plus puissant que le dernier maître de l'Inde.
Avec un gouvernement faible ou fainéant qui s'endormirait dans une fausse sécurité, ou dont toute l'attention et les ressources seraient absorbées pour repousser une invasion étrangère, il ne faudrait qu'un homme, un hasard qui se présenterait infailliblement, une cause d'abord imperceptible peut-être, et des légions d'ennemis improvisés viendraient peser dans la balance, descendraient tout armés dans la lice. Avec un Ilyder-Aly, ce serait le Maïssore; un Sevaji, les Mahraltes; un Amîr- Khan, les Pindaris; un Runjit-Sing, le Punjab. Mais le génie de l' Angleterre est un génie jaloux qui ne s'endort jamais. Aujourd'hui il est allé s'asseoir au pied de l'Himalaya : le dos appuyé à ces barrières inaccessibles, il promène incessamment ses yeux toujours attentifs sur le vaste continent qui se déroule à ses pieds, et, (Tes qu'un nuage s'élève, dès qu'une première spirale annonce un tourbillon, son coup de canon se fait entendre, la trombe est brisée et les débris épars retombent en poussière inoffensive sur le sol qu'elle allait dévaster.
On objectera peut-être, à notre appréciation de la facilité avec laquelle la puissance anglaise est en mesure de dissiper ou de briser toutes les insurrections de l'Inde, les difficultés qu'elle rencontre eu ce moment à comprimer le soulèvement de 1857. Mais nous verrons plus tard que ce dernier mouvement sort tout à fait des conditions ordinaires, en ce que son origine est plutôt
£200 L'IINDE ANGLAISE
anglaise qu'indienne : ce sont les Anglais eux-mêmes qui Font produit, sans le savoir et sans le vouloir, en se heurtant aveuglément conlre les affections et les préjugés les plus enracinés des Indiens. Et encore, nous dirons à ceux qui prophétisent déjà la ruine de la puissance anglaise dans l'Inde : « Attendez la fin, et, avant six mois d'ici, cette tourmente aura passé, et Ion ne s'en souviendra plus en Europe que parmi les beaux esprits qui s'intéresseront à la lecture du voyage de quelque touriste qui sera allé contempler hs ruines quelle aura faites.
Quatorze ans se sont écoulés depuis la première publication de notre Inde anglaise. Cette période a été inarquée par bien des événements, et surtout par le coup de foudre qui est venu tout récemment atteindre dans son orgueil cette puissance gigantesque, qui allait s'avançant toujours en écrasant sous ses pieds tous les vieux trônes de l'Inde. En nous présentant pour la troisième fois devant nos lecteurs, nous leur devions compte des changements survenus dans cet intervalle. Quelques portions de l'ancien édifice se sont écroulées, d'autres annoncent une prochaine ruine, d'autres enfin, bien que lézardées, se maintiennent encore. Il fallait un nouveau plan pour s'y reconnaître; nous l'avons donné en quelques pages; mais notre tâche n'est point finie. L'attention du monde, ses intérêts, ses destinées, sont profondément engagés dans l'immense conflagration qui s'est
étendue comme un torrent de lave depuis les embouchures du Gange jusqu'à celles de l'Inclus, depuis l'Hymalaya jusqu'au Nerbudda, sur une superficie égale au quart de l'Europe. Quand on pense que les efforts de l'Angleterre pour ressaisir sa conquête ébranlent l'univers entier, épuisent toutes les ressources, tarissent le numéraire, et, en élevant démesurément le prix du capital, ralentissent les travaux publics, arrêtent les grandes entreprises et paralysent le commerce, il est temps que le public sache enfin à quoi s'en tenir sur cette grande catastrophe, qu'il puisse en apprécier les causes, en mesurer les effets, et en calculer la durée probable et les conséquences. C'est pour satisfaire à ce besoin et à ce désir général que nous avons tracé, dans notre troisième partie, le tableau de l'insurrection de l'Inde en 1857.
Un lu; l.s m.u.vilML I'AUtIE.
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