‹ L'Inde anglaise avant et apráes l'insurrection de 1857Chapitre 23 sur 30 · INFANTERIE · texte numérisé non relu

INFANTERIE

Première brigade (brigadier Showers) :

75e de ligne anglais, 2e européen du Bengale;

Vn bataillon ghourka du Kemaoun.

Deuxième brigade (brigadier Longfield) :

52e de ligne anglais, 00e de ligne anglais;

Vn bataillon ghourka du Sirmour.

Troisième brigade (brigadier Jones):

8° de ligne anglais, 61e de ligne anglais;

\h\ régiment sikhe de Rothney (nouvelle formation*.

Quatrième brigade (brigadier Nicholson) :

fer régiment européen du Bengale ;

Deux régiments sikhs (Green et Coke, nouvelle formation).

En dehors des brigades, le corps des guides.

Le 4 septembre, on vit arriver au camp l'équipage de siège, venant du Pendjab, et composé de 40 pièces de gros calibre, tant canons qu'obusiers et mortiers, avec des munitions considérables, et un renfort de cent artilleurs européens, plus le 4e régiment sikhe, d'ancienne formation, un demi-bataillon de belouches (de l'armée de Bombay), et les compagnies détachées du 8e et du 61e de ligne.

Dans la nuit du 7 septembre, les batteries dirigées contre le bastion Mori, à 650 mètres des murailles, furent armées de dix pièces de gros calibre, et ouvrirent leur feu dès le lendemain à la pointe du jour.

Le 8 septembre, on vit arriver le contingent de Cachemire, envoyé par le Maha-Raja Rhambir-Sing (fils do Cioulab) pour faire partie de l'armée de siège. Ce contingent se composait de 2,550 fantassins, 150 cavaliers, et une compagnie d'artillerie sikhe avec six pièces de 9 en bronze et 24 zamboureks (petites pièces de montagne).

Dans la nuit du 8, on s'empara d'un enclos appelé la Koudsia-Bagh, situé à 300 mètres du bastion Mori, entre ce bastion et celui de Cachemire. On y commença aussitôt une nouvelle batterie, qui fut armée de 16 pièces (canons et obusiers) du plus fort calibre, plus 10 gros mortiers. Cette batterie ouvrit son feu le 1 1, sur le baslion de Cachemire et sur celui delà Porte-d'Eau. Le 12, l'attaque contre la Porte-d'Eau fut renforcée d'une nouvelle batterie de 8 pièces de 18 et 12 mortiers, placés à 200 mètres du mur de la douane, près de la rivière. Cette dernière batterie eut beaucoup à souffrir, tant des feux du bastion de l'Eau que de celui du château de Selimghar et d'une batterie que l'ennemi avait élevée de l'autre côté de la rivière. C'est ici que le capitaine Fagan, excellent officier d'artillerie, eut la tête emportée par un boulet.

Le 15, le bastion de Cachemire était démoli, et son feu éteint ; les deux courtines adjacentes étaient également ruinées, et sur les débris du bastion Mori il ne restait plus qu'une petite pièce d'artillerie qui répondait de temps en temps à la grêle de boulets qui y pleuvait de

toutes parts. Le bastion de VEau était tout aussi maltraité, et son feu également éteint.

Les choses en étant arrivées à ce point, le général Wilson jugea qu'il était en mesure de donner l'assaut, qui fut fixé pour le lendemain. Effectivement, le 14 septembre, l'assaut fut donné en quatre colonnes, avec assez de vigueur, et ne rencontra sur toute la ligne qui avait été battue en brèche qu'une assez faible résistance. Pendant que trois colonnes anglaises abordaient franchement de ce côté, la quatrième colonne, composée des Ghourkas et du contingent de Cachemire, eut l'ordre d'opérer une diversion en attaquant le faubourg de Kishengunge, hors de la porte de Lahore, à l'ouest de la ville.

Malgré la bravoure des Ghourkas, dont le commandant, le major Reid, fut grièvement blessé, cette colonne fut repoussée sans produire un grand effet, les Cachemiriens n'ayant montré que peu d'élan; mais les colonnes anglaises, tout en essuyant une perte d'environ neuf cents hommes, lant tués que blessés, eurent un plein succès et enlevèrent toute la ligne de défense dans le quartier attaqué, depuis le bastion de Y Eau jusqu'à la porte de Caboul, y compris la porte et le bastion de Cachemire, la porte et le bastion Mori, l'église protestante, la maison du colonel Skinner l et le collège.

Cependant les insurgés, dont les pertes avaient été peu considérables jusque-là, et dont la retraite était assurée par le pont de bateaux sur la Djumna, ne paraissaient point découragés et se disposaient à défendre énergique-

1 Ainsi nommée parce qu'elle avait été construite par le fameux mulâtre de ce nom, un des plus brillants officiers parmi les troupes irrégulières de l'Inde. Ce fut dans cette maison que le général Wilson établit son quartier général dans la soirée du 14 septembre,

ment le reste de la ville. — La nuit suivante et la journée du 15 furent employées par les Anglais à s'établir solidement, à répondre au feu de plusieurs batteries, notamment celle de Kishengunge, qui, armée de cinq mortiers de 18, leur était fort incommode, et enfin à battre en brèche le mur du grand arsenal.

Le 16, à la pointe du jour, l'arsenal fut enlevé d'assaut parle 61e de ligne anglais, aidé par les bataillons sikhs et gourkhas. On y trouva cent vingt-cinq pièces de canon. — Le 17, ce fut le tour de la batterie de Kishengunge, qui fut enlevée après une assez vigoureuse résistance. On y trouva un armement considérable qui porta le nombre des canons récupérés à plus de deux cents pièces. — Le 18 et le 19, les assiégeants continuèrent à gagner du terrain, et enfin, le 20, les derniers insurgés prirent la fuite par le pont de bateaux, abandonnant toute la ville aux Anglais, qui se trouvèrent alors trop épuisés pour les poursuivre. — Lecboléra avait reparu parmi les vainqueurs, et déjà, le 17 septembre, le desvan Hurry-Cbund, commandant le corps auxiliaire de Rhambir-Sing, avait été enlevé par cette terrible maladie. — Mais Delhi était définitivement acquis aux Anglais, et l'insurrection avait reçu un coup mortel.

La première question qui se présente maintenant est relie de savoir ce que les Anglais feront de leur conquête ; si, cédant aux prédications fanatiques des saints et aux inspirations de la vengeance, ils s'acharneront, comme on pourrait le croire en lisant leurs journaux, à

la destruction de Delhi. Ce serait, dit-on, une satisfaction à donner à leur amour-propre blessé, une humiliation à infliger aux races musulmanes en Asie, un souvenir et une tradition historiques à effacer, et de nouveaux dangers à conjurer dans les éventualités de l'avenir. — Certainement il n'est donné qu'à Dieu de sonder le cœur des hommes et de lire dans l'avenir ; mais, malgré tout ce qui a été dit et écrit à ce sujet en Angleterre, malgré les malédictions des saints et les fureurs des journalistes, nous ne croyons pas à la destruction de Delhi : 1° parce que ce serait un acte de vandalisme trop brutal et trop ridicule même pour des Anglais ; 2° et c'est cette considération surtout qui nous rassure, parce que ce serait une énorme sottise au point de vue de leurs intérêts matériels, et surtout au point de vue de leur commerce. On nous pardonnera de donner ici un aperçu de Delhi au point de vue artistique, comme justification de notre premier motif; et puis nous prouverons en quelques lignes que, si Delhi n'existait pas, il faudrait le créer au plus vite.

Bien qu'elle soit considérablement réduite de ce qu'elle était autrefois, la ville de Delhi contient encore, dans son enceinte actuelle, tout près de cent cinquante mille âmes. Bâtie sur une élévation rocheuse, elle a sept milles (environ trois lieues) de circonférence. Son enceinte est bastionnée de loutes parts et défendue par un fossé plein d'eau et par des glacis. — Elle a deux très-belles rues (les autres sont trop étroites), de beaux bazars et un bel aqueduc. — Les principaux édifices sont : le palais du Grand Mogol, composé d'une série de constructions gothiques et mauresques du plus bel effet; le Djemâa-Mesjid ou grande mosquée, une foule d'autres mosquées et d'admi-

râbles tombes , notamment celle de l'empereur Hamayoun, qui sont des monuments de toute beauté, des chefs-d'œuvre de l'art, que toutes les nations du monde pourraient envier.

L'évêque Heber, qui avait voyagé en Russie avant d'aller dans l'Inde, prétend que le palais est supérieur, pour la grâce, le fini et même pour la masse des bâtiments, au Kremlin de Moscou. Le pavillon qui lui avait servi d'appartement, lors de sa visite à l'empereur de Delhi, est en marbre blanc, avec un pavé en mosaïque, dont les desseins représentent des fleurs et des feuilles incrustées en serpentine verte, en porphyre et en lapislazuli.

Quant à la mosquée, bâtie sur une petite éminence rocheuse, on y monte par un perron de trente-cinq marches taillées dans le roc. L'entrée est un magnifique portique en granit rouge, dont les portes sont en cuivre ciselé ; la terrasse sur laquelle elle est bâtie a 1 ,400 mètres carrés de superficie, et elle est entourée d'une colonnade gothique coupée par des pavillons octogones à intervalles réguliers. Au centre est un large réservoir en marbre blanc, alimenté par une pompe qui prend ses eaux dans le grand canal. — Sur la face ouest de la terrasse est la mosquée proprement dite, rectangle de marbre blanc qui a 261 pieds de longueur, avec une corniche à compartiments, incrustée d'inscriptions arabes en carnet ères noirs. On arrive au sanctuaire par un second perron de marbre, et, pour y pénétrer, il faut traverser trois arcades gothiques dont chacune est surmontée d'un dôme en marbre blanc. Aux deux extrémités du rectangle sont deux minarets de 150 pieds de hauteur, construits en assi^s superposées de marbre noir et de granit

rouge (employés alternativement), avec trois étages de balcons, et couronnés au sommet parde larges pavillons en marbre blanc, où l'on arrivepar un escalier tournant de cent quaire-vingts marches de granit rose. Ce splendide monument est en parfait état, ayant été entretenu jusque tout récemment sur des fonds spécialement alloués par le gouvernement anglais. 11 y a, en outre, plus de quarante mosquées, dont l'une, construite par la fille d'Aurungzeb, contient la tombe dans laquelle elle a été enterrée en 1710. Enfin, sans parler dune belle église protestante et d'une chapelle catholique, il y a un superbe madrassah (collège musulman), construit par Ghazi-oud-Din et entretenu à grands frais par la Compagnie des Indes, et un collège anglais fondé par le gouvernement britannique pour l'étude des langues orientales, de l'anglais, des mathématiques et de l'astronomie. Ce magnifique établissement contenait encore, la veille de l'insurrection, deux cent quatre-vingt-sept élèves1.

L'Angleterre sacrifiera-t-elle, dans un mouvement de colère irréfléchie, de pareilles richesses, les plus beaux fleurons de sa couronne indienne? Nous ne la croyons pas capable d'une pareille barbarie ni d'une pareille folie. Les Anglais sont un peuple raisonnable : une fois la première colère passée, ils réfléchiront et ils calculeront qu'il leur en coûterait trop cher s'ils voulaient transporter (comme un aimable journaliste voulait récemment le leur persuader) tous ces chefs-d'œuvre sous leur triste ciel pour y grelolter dans le Palais de Cristal.

Passons maintenant au deuxième motif, qui les ton-

1 Malheureusement plusieurs de ses professeurs ont péri <lnns les premiers moments de l'insurrection,

chera plus encore que l'intérêt artistique : leur intérêt matériel, le maintien et le développement de leur commerce avec tout le nord de l'Inde et avec l'Asie centrale, intérêts majeurs pour lesquels la conservation de Delhi est indispensable.

Si l'on étudie la carte de l'Inde, on cherchera vainement une position plus admirable que celle de Delhi, soit au point de vue stratégique, soit au point de vue commercial. Située sur une magnifique rivière, au point de jonction de deux grands canaux (le Shah-Nehr et le canal duDoab), qui ont coûté des sommes immenses et qui fertilisent de riches contrées ; sur la ligne du grand Trunk-road (seule grande route carrossable dans Tlnde), et sur le plus gigantesque chemin de fer, qui va de Calcutta à Lahore ; à l'embranchement de sept routes commerciales qui se dirigent comme autant de rayons autour d'un même centre vers la Perse, la Russie, la Chine, l'Inde centrale, Bombay, Madras et Calcutta, cette ville était si clairement indiquée comme le cœur de cette grande puissance, dont les trois chefs-lieux de présidence n'étaient que les extrémités, que c'était la qu'on avait réuni tous les dépôts, tous les approvisionnements, toutes les manutentions dont on pourrait avoir besoin dans le cas d'une invasion qui partirait du nord-ouest, c'est-à-dire du seul côté vulnérable. — Pourquoi, malgré son détestable climat et ses eaux pestilentielles1, avait-on choisi Delhi pour en faire la Sébastopol indienne, si ce n'est sa position sans pareille? Détruisez demain la Delhi musulmane, il faudra, bon gré mal gré, rebâtir sur le

1 Los eaux mêmes du Djuoina sont malsaines parce qu'eues Font charpies de naphle.

même emplacement une autre Delhi dans les mêmes conditions, y attirer les mêmes populations, reconstruire les mêmes bazars pour le même commerce. Seulement vous perdrez beaucoup de temps et d'argent, et, pendant que cette grande fourmilière humaine aura été dispersée aux 'quatre points cardinaux, vous perdrez une bonne partie de votre clientèle qui ira s'approvisionner et porter ses marchandises ailleurs. Ces mosquées, que vos saints sont si impatients de détruire, sont des lieux de pèlerinage. Les pèlerins vendent et achètent. Ces mosquées détruites, ils ne viendront plus : attendez-vous à un beau déficit. — Mais la Compagnie des Indes, si on Fécoute, vous en dira à cet égard plus que moi; je m'en rapporte à elle pour défendre la cause de Delhi avec des arguments sans réplique.

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