‹ L'Inde anglaise avant et apráes l'insurrection de 1857Chapitre 22 sur 30 · SIEGE DE DELHI · texte numérisé non relu

SIEGE DE DELHI

Nous arrivons enfin à l'épreuve décisive et la plus étonnante de celte grande crise; nous voulons parler du siège de Delhi. Ici ce n'est plus la tactique européenne, abritée derrière les remparts d'une citadelle et suppléant au nombre par la science. C'est une poignée d'hommes, trois ou quatre mille Européens tout au plus, qui viennent audacieusement, en rase campagne, planter leurs tentes sous les fortifications d'une ville de 150,000 âmes, avec une garnison sans cesse renouvelée de plus de 50,000 soldats disciplinés, pourvue du plus grand parc d'artillerie dans le inonde, et qui se maintiennent là pendant quatre mois, fondant sous la pluie, se tordant sous le choléra, mais toujours cloués au sol et repous-

1° Sous les ordres du général Niell (qui a fait oublier par une morl glorieuse des excès regrettables), une première brigade entièrement européenne, composée des 5e et 84e «le ligne et des débris i\o^ 64e de ligue et 1er régiment de Madras;

2° Sous les ordres du général Hamillon, une deuxième brigade, composée des 78e et 90e de ligne et du régiment sikhe de Ferozepour, auxquels il faut joindre les débris du 52e de ligne qui son! parvenus à se maintenir dans la citadelle;

Plus, une brigade de trois compagnies d'artillerie européenne, et une batterie de six pièces de 24 traînées par des élépbants, le tout sous les ordres du major Coopcr (qui a péri dans une des dernières attaques); ,

Enfin une compagnie de cavalerie (gentilshommes volontaires) et trois compagnies de cavalerie irrégulière indigène, sous les ordres immédiats du général Outram, qui (avec un désintéressement que Ion ne trouve ([n'en Angleterre, quand il s'agit de l'intérêt publie) a cédé le commandement en chef au général Havelock, son inférieur en grade, pour charger, comme un simple capitaine de bussards, à I.*)

sant jour et nuit des attaques désespérées. En vérité, ce peuple prodigieux n'a jamais donné un plus admirable exemple de sa ténacité, et, dans les annales du monde, le siège de Delhi restera toujours une page immortelle.

Nous avons vu qu'au moment des deux explosions successives de Mirât et de Delhi les troupes anglaises étaient tellement disséminées aux deux extrémités de l'empire, qu'il était impossible de frapper l'insurrection à son berceau. Avant qu'on eût pu assurer la tranquillité dans le Pendjab par le désarmement et par l'extermination systématique des cipayes, créer de nouveaux régiments indigènes par l'enrôlement de toute la population sikhe, enfin réunir un premier noyau d'Européens suffisant pour se lancer dans une entreprise aussi périlleuse que celle d'aller planter son drapeau devant Delhi, il fallut un mois, pendant lequel les forces de l'insurrection s'étaient décuplées.

La petite armée du général Anson n'en était qu'à sa

télc do cette poignée de cavalerie mal équipée et mal organisée. (Le 24 octobre, cette petite armée a été renforcée de doux régiments anglais, les 55e et 93e de ligne.)

D'un autre côté; on peut juger «le l'acharnement avec lequel la population d'Aoude combat pour sa nationalité par l'extrait suivant de la correspondance d'un officier attaché à cette expédition :

« Tout le royaume d'Aoude parait s'être soulevé contre nous ; chaque village est fortifié, barricadé, muni de meurtrières, (les villageois se battent en fanatiques désespérés; ils nous ont en effet tué beaucoup plus de monde que ne l'ont fait les batteries des cipayes. No:> boulets ne font que peu de mal à leurs chaumières construites de boue; cela laisse un trou, et voilà tout. Il n'y a d'antre moyen que la baïonnette, et à quel prix, grand Dieu ! Chaque porte est barricadée, il y a des meurtrières partout, de sorte que nos hommes tombent comme du gibier, sans pouvoir ripo ter. La prise d'une seule cabane nous a quelquefois coulé vingt ou trente hommes mis hors de combat

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seconde étape, quand elle perdit son premier chef, foudroyé par le choléra. Elle ne se composait encore que de trois bataillons européens :

(75e de ligne, 1er et 2e européens du Bengale); un régiment (9e lanciers) de cavalerie anglaise; deux compagnies d'artillerie à cheval (12 pièces), quelques hommes de cavalerie du Bengale, sur lesquels on ne pouvait pas compter, et enfin quelques Sikhes employés comme soldats du génie.

Ce premier corps fut rejoint, à vingt milles avant d'arriver à Delhi, par la colonne du général Wilson, tirée de la division de Mirât. Ce renfort se composait de :

Un bataillon européen (60e de ligne) ;

Deux escadrons (quatre compagnies) du 6e dragons de la garde;

Deux compagnies d'artillerie européenne (dont une à cheval avec 6 pièces, et une à pied avec 2 pièces de 18) ;

Plus, un régiment de Gourkhas (excellents petits soldats, natifs de l'État indépendant du Népàul, d'une fidélité et d'une bravoure à toute épreuve, sobres, patients, infatigables, qui ont fait des prodiges pendant tout le siège) .

Mais en somme les deux corps réunis ne présentaient qu'un effectif de 4,500 Européens et environ 2,000 indigènes.

Ce fut ce chétif noyau qui prit audacieusement le nom d'armée de Delhi, et qui, après quelques combats assez vifs, enleva, le 8 juin, toutes les hauteurs qui commandent la ville. Quand nous employons le mot hauteurs, nous voulons parler ici d'une crête de petits rochers qui longe le côté nord-ouest de la ville, dans toute sa Ion-

gueur, à environ mille mètres des remparts. Sur cette crête, les Anglais établirent leurs avant-postes, dans une grande maison indienne appelée la maison d'Hindou-Rao, à l'extrême droite; dans une mosquée assez importante à l'extrême gauche, et dans l'ancien observatoire, à peu près au milieu. Puis, à environ deux mille mètres en arrière de cette ligne, ils établirent leur camp dans un creux où ils étaient à l'abri de l'artillerie de la place , mais où ils recevaient, en temps de pluie, les égouttis de tous les terrains d'alentour. Malgré les inconvénients évidents de cette position, au commencement de la mousson, les Anglais, avec leur apathie et leur ignorance ordinaire en fait de campement, y restèrent pendant tout le siège. Cette faute impardonnable, au point de vue hygiénique, leur fit perdre par la fièvre et par le choléra un quart de leur premier effectif, bien plus de monde qu'il n'en périt dans les combats de chaque jour.

Nous n'entrerons pas dans le détail de cette longue série d'escarmouches ; nous nous bornerons à observer que, de même qu'en Crimée, les arrangements pour les ambulances furent déplorables, de manière que tout ce qui était sérieusement blessé était sûr de mourir. Comme en Crimée aussi, l'armée anglaise montra une incapacité et une aversion extraordinaires pour les travaux de siège. Ce ne fut que le 29 août, près de trois mois après le premier établissement devant la place, lorsqu'on eut fait venir du Pendjab 1,000 manœuvres (pionniers sikhs non militaires) pour manier la pioche, qu'on ouvrit enfin la première tranchée. Et le général Wilson, devenu commandant en chef par la mort de ses trois prédécesseurs (Anson, Barnard et Reid), tous les trois enlevés par le choléra, se vit forcé de publier un ordre du jour, tout

exprès* pour faire entendre raison à ses soldats et obtenir d'eux une très-faible coopération.

« The Major General calls upon the officers of the force to lend their zealous and efficient coopération in the érection of the works of the siège about to be commenced. Ile looks especially to the regimental officers of ail grades, to impress upon their men that to work in the trenches durinu a siège is as necessary and honorable as to fight in the ranks during a battle.» (Le major-général (ail appel à tous les officiers de ce corps d'armée pour qu'ils prêtent une coopération zélée et efficace à l'établissement des travaux de siège qui vont commencer (le 29 août). C'est plus particulièrement sur les officiers de tous grades, qui sont personnellement attachés à chaque régiment y qui! compte pour faire comprendre aux soldats que, travailler dans la tranchée pendant un siège, est aussi nécessaire et aussi honorable que de se battre dans les raiigs pendant un combat.)

L'armée anglaise, devant Delhi, au 29 août 1857, malgré les renforts continuels qu'elle n'avait cessé de recevoir, ne se montait encore qu'à H, 000 hommes, dont environ 5,000 Européens ; les 6,000 indigènes se composaient exclusivement de Sikhs et de Ghourkas.

Cette armée était divisée en :

Une brigade d'artillerie (commandée par le brigadier Garbet), composée de 5 compagnies d'artillerie montée, dont une compagnie sans ses canons (Européens) ; 4 compagnies d'artillerie à pied (Européens) ; et enfin 2 compagnies d'artillerie sikhe (nouvelle formation);

Une brigade du génie (commandée par le lieutenantcolonel Baircl Smith, ingénieur en chef], composée de : 7> compagnies de sapeurs du génie (volontaires tirés des

régiments européens) ; o autres compagnies de sapeurs sikhs; enfin 1 ,000 manœuvres (pionniers sikhs) vol ar~ med or disciplined (sans armes ni discipline);

Une brigade de cavalerie (brigadier Grant), 9e lanciers anglais; 4 compagnies du 6e dragons de la garde; 2 compagnies du 1er régiment du Pendjab; 2 compagnies du 2' régiment du Pendjab ; enfin deux régiments de cavalerie sikhe du Moultan (nouvelle formation).

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