CHAPITRE XII
État actiK'l des religions de Tlnde.
Le gouvernement de llnde anglaise se vante, et certainement avec raison, de sa tolérance pour toutes les formes de religion sous lesquelles il plaît aux différentes sectes d'adorer TÉternel ; de la sage lentetir avec laquelle il s'occupe de propager les doctrines évangéliques parmi les populations indigènes. Cependant, avec toute la lenteur possible depuis un demi-siècle, un gouvernement si pieux et des missions qui ont acheté, imprimé, et répandu tant de Bibles, ont sans doute produit quelque chose. Voyons donc où en est Tfnde de 1857 sous le point de vue religieux.
Nous ne nous occuperons pas des vingt millions de musulmans sounnies ou sbiahs,ils sont les mêmes dans (ous les pays : leur conyersion au christianisme parait aussi éloignée, aussi improbable que jamais, par cei
inéme peut-être qu'ils sont placés plus près de la vérité; la lumière céleste leur a été à demi révélée et n'a plus pour eux le même éclat et le même attrait que pour des yeux habitués à une obscurité complète. Leur code religieux a quelques pages sublimes reproduisant la morale et quelquefois les paroles du Sauveur, et qui approchent de son Évangile autant que le génie de Thomme peut approcher de Tespril de Dieu ; et pourtant jusqu'aujourd'hui je ne crois pas que tout le zèle prodigué parmi eux ait produit un seul chrétien.
Quant aux cent millions d'Hindous, leur reUgion, cello des brahmanes, a été dans le principe un pur. monothéisme, qui, dans la suite des temps et en conséquence de la disposition naturelle de l'homme à formuler ses idées par des signes extérieurs, soit des noms, soit des images, a dégénéré en polythéisme. Cette religion est basée sur les Yédas, ouvrage en quatre livres dont l'antiquité remonte à l'époque de la naissance de Moïse, ou i JM ans avant la naissance du Christ, mais que la tradition religieuse fait remonter beaucoup plus haut et attribue aux Menous, esprits émanés de Brahma et chaînés spécialement de la législation de la terre.
Voici un des passages les plus remarquables de ce livre : « Les anges s'assemblèrent autour du trône du Tout- Puissant et lui demandèrent avec humilité ce qu'il était lui-même, et il répondit : « J'ai existé de toute éternité, « et je resterai étemel; je suis la cause première de tout :' ce qui arrive à l'Orient comme à l'Occident, au Nord ' « comme au Sud, en haut comme en bas; je suis tout, plus « ancien que tout; je suis la vérité, la pénétration, la pu- « reté, la clarté, la lumière des lumières, la préservation, i{ la destruction, le commencement et la fin; enfin je sui^i
« riminensité. » Comment cette idée sublime a-t-elle p« dégénérer en idolâtrie? En symbolisant les attributs. Le^ trois grands attributs du Tout-Puissant, créer, consei'ver et détruire, furent désignés par les noms de Brahma, Vischnou et Schiva. L'unité divine fut ÉÛnsi d'abord changée en trinité, et chacun de tes dieux trouva des partisans distincts, selon que les esprits des uns et des autres* étaient plus frappés de l'action créatrice, conservatrice ou destructive. Brahma, pouvoir dormant, est le moins populaire; il est surtout adoré dans le sanctuaire des temples par les Brahmes, auxquels il a donné son nom. Vischnou et Schiva se partagent les autres castes et leurs subdivisions.
Hais ensuite la tradition fit descendre Vischnou et Schiva sur la terre, sous diverses formes, pour prendre part à différents drames dans l'histoire de l'humanité. Ces apparitions furent nommées avatars ou incarnations. Visclinou en fit neuf et Schiva deux. Comme on attribua à chaque avatar un nouveau nom, il en résulta onze dieux nouveaux. L'humanité ne s'arrête jamais en si beau chemin ; le nombre des dieux alla toujours croissant : les héros, les bienfaiteurs des peuples, les éléments, même les fleuves, trouvèrent place dans ce panthéon, en sorte f|ue la collection de divinités se monte aujourd'hui à près de trois millions, toutes invoquées, selon les circonstances, par les peuples de l'Inde.
« Il faut néanmoins distinguer deux cultes dans ce pays : celui des prêtres et celui du peuple. Le derraer dégénère en véritable idolâtrie, tandis que le premier repose sur les dc^nes des Védas et l'existence d'un seul dieu ; seulement, disent les brahmanes, il y a un trésor, une arche du temple qu'il ne faut jamais exposer aux re-
gards du vulgaire. C'est pourquoi nous lui laissons ses idoles qui parlent aux sens et lui donnent le repos de la conscience et la paix dans les accidents de la vie. Les Brahmes se bornent donc à lui expliquer la partie des Védas qui a rapport à la migration des âmes et sur laquelle est fondée toute là morale pratique des Hindous*, i Il est certain que, si le dogme d'une vie à venir avec promesse de récompense ou de punition est un frein salutaire pour Tesprit humain, ce dogme sera encore plus puissant quand il ajoutera à cette promesse cette révélation, que, sironestheureux,ou malheureux dans ce monde, ce n'est qu'à tilre de récompense ou de punition pour les vertus ou les fautes d'im précédent séjour sur la terre- C'est à cette doctrine de la métempsycose qu'il faut attribuer *tant de phénomènes moraux qui se présentent chaque jour dans l'Inde et semblent d'abord inexplicables; tels, par exemple, que l'indifférence pour la mort chez un peuple physiquement si lâche.
Cette doctrine est si curieuse en elle-même et si intéressante dans ses résultats, que nous nous y arrêterons un moment. Selon Menou, l'être existant par lui-même, éternel, invisible, que l'esprit seul peut concevoir, voulut enfin se manifester et paraître dans toute sa gloire. Il créa d'abord les eaux par sa pensée et y plaça un germe productif. Ce germe devînt un œuf, brillant comme de l'or, éclatant comme un soleil à mille rayons. Dans cet œuf, il s'engendra lui-même sous la forme de Parabrahma, l'homme divin, la manifestation, le résumé dans ce monde de la première cause invisible. Cassant cet œuf à la fin d'une année d'éternité équivalant à quelques
* Riomîitiema,
milliards d'années solaires, il procéda aussitôt à créer Tunivers visible. Une moitié de Tœuf devint le ciel; de l'autre il fit la terre et y recueillit les eaux créatrices ; puis, divisant sa propre substance, il devint moitié mâle, moitié femelle, ou bien nature active et passive pour se reproduire dans des êtres participant de sa nature divine. Ce fut d'abord Brahma, Vischnou et Schiva, entre lesquels il partagea ses attributs ; puis il créa Moissassour et tous les anges, auxquels il n'imposa d'autre loi que de l'adorer. Mais bientôt, enivrés de leur propre gloire, Moissassour et une partie de ces anges se révoltèrent contre lui, furent bannis de sa présence et condamnée aux tourments de l'enfer.
Après une période assez longue de punition, Brahma, Yischnou et Schiva intercédèrent pour les anges déchus^ et il plut à l'Éf ernel de les éprouver de nouveau et de leur donner une occasion de mériter leur pardon. Dans ce but, il chargea Brahma de donner une nouvelle forme à l'univers. Celui-ci le distribua en quinze globes de purification, la terre étant le globe du milieu. Les sept globes inférieurs furent destinés à lùjmnition des anges tombés, la terre à la période d'épi'euves, les sept. globes supérieurs à leur purification. Pour le séjour d'épreuves, Brahma créa quatre- vingt-dix-neuf fortaes mortelles, dont la dernière et la plus noble fut la forme humaine, l'avantdemière celle de la vache, et les esprits durent les animer successivement. Sous ces formes, ils durent souffrir en proportion de leur conduite plus ou moins pénitente et expiatoire dans les globes inférieurs, et ceux qui désobéiront aux commandements de Dieu sous la forme humaine devront redescendre dans la région des punitions avant de recommencer les quatre-vingt-dix-neuf épreuves
OU transmigrations terrestres. Ceux enfin qui pourront traverser les quinze régions, sans oflbnser de nouveau la majesté divine, seront rendus à la félicité suprême.
I.es^ anges restés fidèles obtiiu*ent la permission de veiller sur leurs frères coupables et de les préserver (en touchant leur cœur et en parlant à leur conscience) des pièges et des tentatives de Moissassour et autres rebelles endurcis. Nous retrouvons ici, déguisée sous les enluminiu^es fantastiques de l'Orient, la pensée constante du genre humain :
L'homme c?l un dieu tombe qui se souTienl des deux.
Et même jusqu'à un certain point notre théorie catholique de Tenfer, du- purgatoire, du démon et de Tange gardien.
Jusqu'à présent le préjugé des castes a été un obstacle presque insurmontable à la conversion des Hindous. C'est parmi les Pariahs, les Sudras, les Vaysias, que les conversions ont été les plus nombreuses : c'est que les premiers ont tout à gagner et les autres moins à perdre par l'expulsion de la caste. Les conversions sont surtout très-rares parmi les Brahmanes. On a voulu citer l'exemple de Ram-Mohun-Roy ; mais il était d^ùte et non pas «•hrélien. 11 avait cessé de croire aux légendes de la création selon les Yédaset à la théologie indienne, mais sans accepter la version de la Genèse et nos mystères. La certitude de la perte de leur position sociale, du déchirement de tous les Hens de famille retient beaucoup d'Hindous sur les mêmes limites : ils n'appartiennent plus au camp païen et n'osent cependant en sortir. Si l'on me demandait la proportion moyenne des eonver-
182 L'INDK ANGLAISE
sions parmi les Hindous pour chaque année dans l*Inde entière, je dirais tout au plus deux ou trois cents individus sur cent millions d'âmes; et, sur ce petit nombre de conversions, les neuf dixièmes au catholicisme.
Passons aux Parsies que Ton a appelés assez justement les Quakers de FOrient. Fuyant devant les musulmans à Tépoque où Tislamisme envahit la Perse, après de nombreuses migrations ils trouvèrent enfin un refuge sur la côte occidentale de l'Inde et y portèrent avec eux le feu sacré qu'ils adorent et dont le dépôjt est encore aujourd'hui à Oodwara. Ils n'ont ni temples, ni autels, ni statues de la Divinité, qu*ils croiraient offenser en la définissant et en lui limitant l'espace. Ils l'adorent dans toute la voûte céleste, le soleil, la lune, les étoiles, la terre, l'eau, le feu et les vents, mais n'offrent de sacrifice à aucune de ces choses. Les écrits de Zoroastre, qui sont leur livre sacré, se réduisent à un service liturgique et à quelques prières. Ils ne jeûnent pas, parce que, disent ils, Dieu se réjouit du bonheur de ses créatures. La polygamie n'est point permise, excepté dans les cas où la première femme est stérile ; le concubinage est strictemont défendu. Ils ont conservé religieusement toules leurs anciennes cérémonies, surtout toutes celles qui ont rapport aux funérailles. Des tours sépulcrales sont élevées loin des habitations des hommes, et sur leurs termsses découvertes les corps sont exposés aux éléments et aux oiseaux. Aucun étranger ne peut approcher durant les obsèques. Leur charité est prodigieuse, sans limites, s'étendant sur les pauvres de toutes les religions et couvrant leurs propres indigents d'une protection si bien entendue et si efficace, qu'on ne renccmtrera jamais un mendiant dans leur tribu.
AVAxNT ET APRÈS I/INSURKKCTION. 183
* Malgré les progrès constants do leur civilisation déjà fort avancée, les conversions sont presque aussi rares chez eux que parmi les musulmans, ce qui tend à confirmer l'observation que nous avons déjà faite ailleurs, que le passage du déisme pur à la vraie foi est beaucoup plus difficile que celui du paganisme au christianisme.
En quatrième lieu viennent les églises chrétiennes.
La plus ancienne des sectes qui croient à l'incarnation divine dans Jésus de Nazareth, ou,*comme diraient les Hindous, dans Tavatar du Christ, est celle des chrétiens syriaques, disciples de l'apôtre saint Thomas, qui, après avoir fondé le christianisme en Syrie, dans l'Arabie Heureuse et dans l'ile de Socotra, débarqua à Cranganore en l'année 5i . Saint Thomas répandit rapidement le christianisme le long de la côte Malabar et dans l'Inde méridionale, dans les royaumes de Cochin et de Travancore. Mais, un des souverains du pays étant venu à se convertir, les nations s'en émurent; il fut quelque temps persécuté et enfin lapidé sur la montagne près de Madras, qui a toujours depuis porté son nom. Depuis dix-huit siècles et même encore aujourd'hui, la montagne et la ville de Saint-Thomas sont un lieu de pèlerinage pour les chrétiens qui s'y rendent de loules les parties de l'Inde, du fond de la Perse, de la Syrie et de rArménie, se pressant en foule dans la ville et couvrant la montagne, afin de baiser la place où Tapôtre a souffert. Ce lieu est en telle vénération, qunls emportent la terre rouge du sol par fragments, espérant en obtenir des miracles et l'administrant solennellement aux malades et aux mourants..
Durant les huit premiers siècles ils furent phis ou moins persécutés, mais réussirent à se maintenir sans
iKi L'INDE ANGLAISE
parvenir à s'étendre. Dans J'organisalion primitive de leurs institutions civiles et religieuses, il fut décidé qu'ils ne seraient administrés au temporel, comme au spirituel, que par les familles dans lesquelles l'apôtre avait choisi ses premiers lévites, de manière que la prôtiise devint héréditaire parmi eux et réuirit à ses fonclions celles déjuge. Du neuvième au quatorzième siècle ils jouirent de quelque tranquillité, se multiplièrent et formèrent même un petit peuple dont le chef prit le nom de roi des chrétiens.
Quand les Portugais établirent leurs premières factoreries dans rinde, ils furent tout surpris db trouver parmi les pécheurs du golfe de Manâr et les habitants des côtes de Malabar et de Coromandel, environ deux cent mille chrétiens qui s'appelaient disciples de gaint Thomas, et qui, de génération en génération, suivant l'exemple de leurs {)ères, se rendaient, chaque année en pèlerinage sur le lieu môme où l'apôtre avait consommé son martjre enchantant son histoire et ses miracles extraits de leurs annales, et dont on avait composé une espèce de cantique dans la langue du pays. Ils comptaient alors près de quinze cents éghses sous le patriarche syriaque.
A l'arrivée des Portugais, les chrétiens de Saint-Thomas proposèrent d'eux-mêmes de se joindre à Téglise de l'Ouest, mais en refusant de reconnaître la suprématie du pape. Cette difficulté, ajoutée à quelques différences dans leurs inslilutions et dans les rites établis, fut entre les deux églises l'origine de querelles sérieuses qui se terminèrent par une horrible persécution de 4a part des Portugais. Ceux-ci, vers le milieu du seizième siècle, établirent l'inquisition et traitèrent leurs frères
AVANT Et Al'HÈS t/INSUUUECTlON. 185
en Jésus-Christ encore plus mal que les païens ne l'avaient fait. En 1661, rinfluence de la Hollande succéda à celle du Portugal par la conquête de Quilone. Cet événement rendit la liberté de leur culte aux chrétiens syriaques qui ont existé jusqu'aujourd'hui sous trois dé nominations*.
1** Chrétiens syriaques (proprement dits) qui ont conservé leurs institutions et leur hiérarchie religieuse. On compte dans les environs de Quilone cinqujnte-sept églises de cette foi, gouvernées par un métropolitain et un clergé peu instruit qui se sont placés, d puis iSlT), sous la tutelle des missionnaires anglais protestants , sans pourtant rien changer à leur propre- rit. La congrégation est estimée, par Montgomery-Martin, à soixantedix mille âmes.
2° Chrétiens syriaques romains, qui ont adopté le rituel catholique, mais traduit dans leur langue. Ils se sont soumis en tous points à l'Église de Rome, avec cett(^ réserve que tous les services, ainsi que la messe, sont lus daiis l'idiome populaire. On compte quatre-vingtdix-sept égUses de cette communion, avec une congrégation de quatre-ving-t-seize mille âmes, divisée ainsi quil suit : sous l'archevêque catholique de Cranganore, quarante-neuf mille; sous le vicaire apostolique de Verapoh, quari'nte mille, et enfin sous l'évêque de Cochin, environ sept mille,
3*» Syriaques catholiques qui obéissent sans restriction à l'Église de Rome et lisent les prières en latin. On compte quarante éghses de cette confession avec une congrégation de cinquante-quatre mille âmes, dont dix-
MQulgomery-Mailiii.
m L'INDE ANGLAISE
neuf mille sous le vicaire apostolique de Yerapoli, et trente-cinq mille sous Févêque de Cocliin.
Quant aux Hindous convertis au christiani:^tue par les missionnaires catholiques, on en compte environ cent mille dans la présidence de Mudras (non couipris les États du Nizam et du Maïssore, le territoire de Pondicliéry et autres établissements français, portugais, hollandais, etc.). Mais c'est à peine si l'on peut les considcler comme chrétiens, malgré toute leur bonne volonté. Ils vont à relise, mais, au fond de leiu* cœur, dans leurs terreurs et leurs superstitions secrètes, la plupart sont encore païens : même les images des saints qu'ils emportent dans leurs domiciles deviennent pour eux des idoles. Ils conservent encore jusqu'à un certain point leurs anciens préjugés de castes, se marient rarement en dehors des anciennes, reâtrictions, et souvent ne voudraient pas manger ensemble, bien qu'ils doivent se considérer frères eu Jésus-Glu'ist et s'agenouiller ensemble à la sainte table. Il faut chercher la cause de ce peu de progrès dans la fausse position, dans la misère et la déplorable ignorance du clergé catholiqne, qui, à l'exception d'un très-petit nombre de jésuites de Pondichéry et une centaine de prêtres iiiandais, se compose de pauvres noii^ ou mulâtres portugais élevés à Goa, où ils ont appris à répéter machinalement quelques mots de latin, mais non à comprendre le culte sublime dont ils doivent être les missionnaires ou les pasteurs. Le gouvernement qui administre ce pays pour la magnifique Angleterre n'a pas honte de limiter le traitement de ces pauvres curés indigènes à 30 roupies (75 fr.) par mois, sur lesquels ils doivent encore en(retenir leurs églises. On leur ôte ainsi l'instrument le plus puissant pour toucher ei
AVANT ET AI»UÈS L'IKSl nUECTlON. 187
coiivi rlir les âmes, Texeiriple de celle charité qu'ils prêchent, puisqu'ils u*ont rien à donner aux malheureux que des jjrières. Et encore ce clergé, si misérablement rétri bué, si misérablement instruit, n*esl pas même suffisant sous le rapport du nombre. Quelquefois le même padri (curé) est appelé à desservir quatre églises à vingt cosses (vingt grandes lieues de pays) Tune de Tautre. Est-il honorable pour un gouvernement chrétien de contempler avec une si froide indifférence le retour possible au paganisme de ses sujets cathoUques, faute des premiers subsides pour leurs pasteurs? Et les droits du clergé catholique à la bienveillance de la métropole ne sont-ils pas au moins égaux a ceux des mouUalis et des pundits, si largement rétribués dans les écoles de Calcutta et de Benarès, dans les mosquées d'Âgra et de Delhi, ou dans le temple de Jagarnath?
Le nombre des catholiques, dans la présidence de Madras, est à peu près le même que dans celle de Bombay. Je n'en connais pas le chiffre pour la présidence du Bengale, mais je le croirais, par rapport au chiffre de Madras, au moins en proportion de l'étendue. Plusieurs princes de THindoustan septentrional ont favorisé l'Église romaine et l'ont aidée de leurs donations, entre autres la begum Sumroo, reine de Sirdannah, qui avait embrassé le catholicisme de fort bonne heure, et qui a laissé des fonds pour l'établissement de plusieurs couvents jcatholi(iues, entre autres un établissement des sœurs de la Docirinc chrétienne (françaises).
Si nous en venons enfin aux Hindous [)rotestants, il faudra reconnaître que les efforts des niissionnaires, malgré leurs talents incontestables, la protection du gouvernement et les immenses ressources mises à leur
188 L'INDE ANiiLAISE AVANT ET APRÈS L'INSllUHtCTION.
disposition par le zèle, la charité et les souscriptions an- ]iuelles de la métropole; que leurs efforts, dis-je, pour répandre quelqu'une des sectes réformées, peu leur importe laquelle, presbytérienne, anglicane ou anabaptiste, sont encore plus infructueux. Us sont parvenus à attirer dans leurs écoles primaires, au Bengale, environ cinquante mille élèves, mais ce sont lés arts mécaniques ot les sciences, et non la religion, que ceux-ci viennent chercher; et je suis sûr qu'il n'y a pas soixante mille hidigènes protestants dans tout le Bengale, à peine la moitié de ce nombre dans toute fadministration de Madras, et moins encore à Bombay *.
On trouve enfm des juifs blancs et noirs répandus dans les populations, mais ils sont tellement éparpillés, qu il est tout à fait impossible de calculer leur nombre.
* Nous sommes bien. loin de dire que le peu de suwès des mîssionnaireâ protestants tient à leur manque de zèle. Tout au con* Iraire, nous dirions que ce zèle est trop ardent et trop cassant; cl puis ce qui nuit beaucoup aux convcr:?ions, c'est que tout le monde s'en mêle et explique la Bible à sa façon. Les militaires, les employés civils, les femmes même, tout le monde veut prccber. Un colonel qui ne partage pas tout à fait la manière de voir de son pasleur établit une concurrence, et monte en cbairc, sinon dans une église, au moins sous le péristyle de sa maison ou dans sa tente. — LHnditTérence du gouvernement et sa jalousie du culte catholique, rindustriali>.me des missionnaires protestants, et Tardcur présomptueuse des coteries laïques, voilî les véritables causes du peu do progrès que fait le cluistiaiii^me dans ces contrées.