CHAPITRE II
Marche de l'iiisurreclioH ; pi*oîçi'ès el ccliecs; siège de Delhi.
Cependant les chefs de Tarmée, pensant cpie les régiments éloignés de Barrackpour ne seraient peut-être point infectés du même esprit, ordonnèi^ent de distribuer les malencontreuses cartouches aux troupes indigènes dans toutes les stations du Bengale et du Nord- Ouest, en conmiençant par Hirat, Amballa, Dellû, etc. Mais, pour aller progressivement et pour laisser aux im-' pressions fâcheuses le temps de s'émousser, on ne devait pas demander aux cipayes d'en faire usage immédiatement, mais seulement de les recevoir dans \em» gibernes. Ce subterfuge n'eut aucun succès : les cipayes n'étaient point dupeâ et savaient à quoi s'en tenir; aussi manifestèrent-ils leur mécontentement en allumant chaque nuit des incendies qui consumaient les bâtiménfî* publics : c'étaient un jour une caserne, le lendemain un
L'INDE ANGLAISE AVaNT Et APJtÈS LiNSUHRECTION. é-lj
hôpital, puis des maisons isolées. Les incendiaires n etaient jamais découverts, et les troupes chargées d'éteindre le feu n'arrivaient jamais à temps, on manifestaient toute la mauvaise volonté possible.
Les choses étaient ainsi arrivées à une crise où il falfait absolument prendre un parti. Or le parti le plus sage était évidemment de faire changer les cartouches, et le gouverneur général, lord Canning, esprit juste et cœur honnête, penchait très-fort pour cet avis; mais il était débordé par l'entourage du commandant en* chef. Déjà il avait été furieusement attaqué par les saints et par une partie de la presse coloniale, pour avoir sévi contre le colonel Wheeler en lui faisgjrt retirer son commandement. Le Friend.ofIndia, entre autres journaux, avait publié un article extrêmement violent, intitulé Patria carOy carior libertas, qui contenait ce passage : « L'a conduite du colonel Wheeler n'est que la conséquence logique de la liberté religieuse, et il n'y a point de milieu : si c'est un devoir de travailler à la conversion des Hindous, c'est un devoir de commencer par la conversion de ceux qui exercent le plus d'influence sur leurs coreligionnaires. — Si c'est un devoir pour chaque individu d'énoncer ouvertement son opinion religieuse, c'est également un devoir pour un miUlaire, quand même il serait dans la position vétilleuse d'un commandant. — De tous lés arguments que Ton présente aujourd'hui, il n'en est pas un dont on ne se soit déjà servi contre les premiers missionnaires envoyés dans l'Inde. Alors, comme aujourd'hui, on disait que les Hindous étaient attachés à leur caste d'une manière inébranlable; alors, comme aujourd'hui, on disait que les prédications des missionnaires nous attireraient la haine des Indiens; alors,
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comme aujourdliUi, on nous prédisait une insui'rectiou générale, si nous avions la présomption de nous heurter eonii'c les préjugés de nos sujets. Et, nonobstant ces fâcheuses prévisions, le peuple anglais, tout en croyant à rimminence du danger, n'hésita pas à risquer lâ sûreté de son empire plutôt que de souffrir la moindre entrave à la liberté des prédicateurs de l^Évangile... Punir le colonel Wheeler pour avoir prêché, c'est le punir d'avoir été chrétien. Nous ne discuterons point la question de savoir si ces prédications ont été pour quelque chose dans les révoltes qui tiennent d'éclater. Quand le fait nous serait parfaitement prouvé, tout en regrettant qu'il en fût ainsi, notice opinibn serait la même. Si fiotis ne pouvons pas consener notre empire sans faire tm ctime à un soldat de se montrer chrétien ^ périsse plutôt notre empire, mais sachons le risqvsr! quil grandisse ou succombe avec la foi à laquelle nous avons la prétention d'appartenir.
Il n'y avait rien à faire, en présence d'un enthousiasme aussi sublime et aussi absurde , lorsqu'il était l'expression du sentiment national britannique tant en Europe que dans la colonie. Il fut donc décidé qu'on tenterait l'expérience jusqu'au bout et n'importe à quel prix. Pour le faire^avec le moins de danger possible, on choisit, bien loin de Barrackpour, la ville de Mirât, où se trouvait une division considérable de troupes européennes ; et, les régiments de cavalerie indigène n'ayant encore manifesté aucune ûritation, on résolut de s'adresser de préférence au 3« régiment de cette arme, pour lui faire faire l'exerrice à feu avec les nouvelles Cartouches.
Effectivement, la veille du jour ûxèy un lieutenant iu- ♦Hj-énc (lu 3° de cavalerie régulière du Ben^^nlo , acc(»ni-
pagné de trois soldais du même corps dont on avait sondô les bonnes dispositions, se placèrent au milieu de ce régiment formé en carré , et donnèrent une longue explication SIM» la nouvelle manière de cliai'ger les armes avec les nouvelles cartouches sans déchirer ces cartouches avec les dents. Joignant la pratique à la théorie, ils chaînèrent et déchargèrent plusieurs fois leurs carabines. Pendant tout le temps que dura cette instruction, le régiment resta grave et silencieux, puis il se retira saqs aucune manifestation.
Le lendemain, quand le 3' régiment de cavalerie fut réuni sur le champ de manœuvre, le colonel fitavancer lai "compagnie, et lui ordonna de charger ses armes pour un tira la cible . Hais le malheur voulut que cet officier supérieur fût encore un de ce&p*édicants insupportables qui ont manqué leur vocation en entrant dans l'armée, tandis que tous leurs penchants les portent à faire le métier de missionnaii^s. 11 n'en fallut pas davantage pour irriter les cipayes , et, sur 90 hommes dont se composait la compagnie, 85 refusèrent d'obéir. Ces derniers forent immédiatement arrêtés et traduits devant un conseil de guerre, qui les condamna à dix ans de fers et de travaux forcés. Cette condamnation paraît tellement sévère, que, si ce n'était l'intérêt immense que les Anglais doivent avoir au maintien de la tranquillité dans l'Inde, on serait tenté de croiro qu'ils cherchaient à provoquer une insurrection.
Ce fut le 9 mai 1857 que cette sentence dut recevoir son exécution devant toutes les troupes assemblées. Pour ôter aux cipayes toute tentation de résister, on eut recours à un déploiement de force extraordinaire et aux démonstrations les plus terribles. Le 3* régiment de cavîderie du Bengale, ayant été placé en ligne entre deux
régiments (les li* et 20*) d'infanterie indigène, vit se former en face de lai une seconde ligne, composée du 60' régiment d'infanterie européenne (armé de carabines de grande précision), le 6* des dragons de la garde (européens), et enfin un bataillon d'artillerie européenne, qui arrivait avec ses pièces chargées et ses mèches allumées. L'infanterie européenne reçut eh môme temps Tordre de charger ses armes.
Lecture ayant été faite de Tarrêt rendu par la cour martiale, on procéda aussitôt à la cruelle opération de la pose des fers aux pieds et aux mains des 85 cavaliers condamnés. Ces malheureux avaient espéré jusqu'au dernier moment que la sentence ne serait point confirmée par le commandant en chef. Ils poussèrent alors des cris déchirants : Aman! aman! Grâce! grâce! ce n* est pas nmis qui vous avojis désobéi; cest notre religion qui nous défend, ce que vous exigea. Quelques officiers européens de ce régiment, en voyant des hommes (auxquels on n'avait jamais rien eu à reprocher et porteurs de médailles attestant leur courage ou leur bonne conduite) réduits à cet affreux désespoir, versèrent eux-mêmes des larmes. Plusieurs d'entre eux, notamment un capitaine, dont nous raconterons tout à l'heure les aventures et les dangers, avaient vainement intercédé auprès du colonel pour qu'il intervint en leur faveur. Mais, hélas \aleajacta est, on leur avait répondu que la discipline européenne serait maintenue à tout prix. Les prisonniers défilèrent enchaînés devant leurs camarades et devant les deux autres régiments indigènes. Ceux-ci, sombres, consternés, se disaient naturellement : a Voilà le sort qui nous attend demain,' après -demain, dans quelques jours ou dans quelques heures ; nous pasvserons tous par ce laminoir,
et nous en sortirons écrasés, déshonorés, parias, — chrétiens. 1 Mais protester à la gueule des canons prêts à vomir la mitraille ! Ils n'y étaient pas encore préparés. Tout ce qui était Indien se retira donc en silence, la rage dans4e cœur.
Le lendemain, iO mai, était un dimanche. Avec le dédain de l'Européen pour l'indigène, on n'avait pris aucune précaution extraordinaire. La geôle qui contenait les prisonniers n'avait que sa garde accoutumée, et la colonie, oublieuse, ne songeait plus qu'aux loisirs et aux offices du jour consacré à Dieu, quand tout à coup, à sept heures du soir, des huriements ailreux se font entendre, et les trois régiments indigènes, sortant à la fois de leurs cantomiements, se précipitent vers la prison en massacrant tous les Européens qu'ils rencontrent sur leur chemin. En im instant les prisonniers sont délivrés, on brise leurs fers, on les met à cheval, et des milUers de voix.leur crient de toutes parts : « Delhi ! Delhi ! » C'était à la fois le mot d'ordre et de ralliement.
Tous les journaux ont donné le récit de ces nouvelles Vêpres siciliennes. H est incontestable que pendant cette nuit la civilisation retrouva toutes ses vertus, la barbarie se rua dans tous ses excès. Jamais les Anglais ne furent plus beaux ; dans le danger ils i*feparurent héroïques; aucun peuple ne sait mieux mourir! Il y eut, du côté des Indiens, quelques crimes abominables, crimes qui se reproduisirent à Delhi, à Cawnpour, à Allahabad*; le
^ Disons tout de suite qu'il est aujourd'hui constaté que ces atrocités, en ce qui concerne le massacre des femmes et des enfauts, tant à Mirât qu'à Delhi, n'ont point été commises par les cipaye? ; — mais par les forçats échappés des prisons. C'était surtout dans les prisons de Mirât, de Delhi, Agra et Allaliabad que se trouvaient en-
monde entier les a maudits. Mais on n'a pas dit, on n'n pas assez dit, et il est grandement temps de le dire quand rheure des représailles va sonner, qu'il y a eu aussi de la part de ces Indiens d'admirables dévouements; el nous n'en voulons pas d'autre témoignage que celui d'une charmante femme, d'une noble dame anglaise, dont le mari était précisément capitaine dsms le 3* régiment de cavalerie du Bengale, c'est-à-dire dans celui-là même qui a donné à l'insurrection ses premiers chefs et ses premières victimes, et qui est signalé entre tous à la vin<» dicte européenne.
Après avoir raconté qu'au premier signal d'alanné son mari Tavàit quittée pour couiir aux casernes, où il n avait plus trouvé le régiment, et de là à la prison, où il pensait bien que les insurgés avaient dû se porter pour délivrer leurs camarades, elle dit: « Les premiers insurgés qu'il rencontra étaient précisément les prisonniers de la veille qui venaient d'être mis en liberté. Ils étaient à cheval et en uniforme. Leurs camarades avaient nonseulement brisé leurs fers, mais leur avaient donné leurs propres montures, et ils s'enfuyaient du côté de Ddhi. Ils étaient ime. trentaine, M mon mari était seul. Lorsqu'ils rencontrènent Hâiri, ils s'arrêtèrent pour le saluer et pour lui envoyer leurs bénédictions. L'un d'eux s'ap-
fermés (au nombre de pkis <le dix mUle scélérats) les principales bandes de Thugs et de Phansigars, étrangleurs, assassins et malfaiteurs de toute e:pèce, qui ne manquèrent pas de profiter de leur liberté pour cxtenAinertous les Européens qui leur tombaient sous la main, arec des raffinements de cruauté inouïe. Mais, dans les oodimencements de Tinsurrection, les cipayes étaient complètement étrangers à ces horreurs. Plus tard, il est vrai, des représailles qui ne s'adressaient pas aux rrais coupables augmentèrent leur exasp<^ k'alion.
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procha vivement de mon maiî, et lui dit d'une voix tremblante d*émotion : « Je suis libre, monseigneur ! « Mon bon capitaine, laissez-moi vous presser sur mon tt cœur avant de nous quitter pour toujours ! » Il le fit comme il l'avait dit; et, après cette accolade, toute la troupe partit au galop avec un dernier cri de i Dieu vous protège! En vérité, mon mari était leur ami; et^si on avait voulu V écouter , toutes ces Iwrreurs ne seraient jamais arrivées. »
« Bien des heures se passèrent avant que Henri revînt ; et cependant nous entendions une horrible fusillade et des cris affreux, et l'on brûlait toutes* les maisons autour de nous. Toutes celles que nous pouvions voir de nos fenêtres (il y en avait neuf ou dix) étaient en flammes, et nous tremblions de tous nos membres, Ëlisa et moi, mais nous n'osions sortir sans mon mari. Enfin, quelques cavaUers indigènes entrèrent dans le jardin. Je reconnus l'uniforme du régiment. Venez, verrez, leur criai-je, sauvez-moi, sauvez-nous ! Et la pauvre Élisa joignait ses cris aux miens. « Ne craignez rien, me dit celui « qui s'avançait le premier, personne ne vous fera le « moindre mal (no one shall injure you)*. » Oh î comme
^ Ce récit est tellement touchant, qu'on nous saura sans doute gré de reproduire Foriginal.
Oh l how I thanked them and in a minute they were with us in thc upper room. And I tried to take Iheir hands in mine, but tliey laid themselves at my feet, touching them with Iheir foreheads. They were unknown to me, — thèse four, — but the first whb spoke, Madho, ï can nevcr forget ! They implored me to keep inside, but oh ! how io do that, when I was waiting for my husband. ^- Alfred joined us first, safe, and reporting Henri the same. And then our cavaln guard kept dashing throughthe compound, forcing back parties who rushfd in to fire thc hoqse. Thepislol shols rang on every side, and
je les ai remerciés ! Et une minute après ils étaient avec nous au salon du premier étage. Et j'essayai de prendre leurs mains (^ans les miennes ; mais ils se couchèrent à mes pieds et ne voulurent les toucher qu'avec leurs fronts. Ces quatre honunes, ils m'étaient inconnus, mats le premier qui m'a parlé, appelé Hadlio, je ne l'oublierai ja<mais.
. « Ils me suppliaient de ne pas me montrer hors de la maison ; mais, oh ! ce n'était pas possible quand c'était mon époux dont je guettais le retour ! Alfred nous rejoignit d'abord, m'aimonçant que Henri était sain et sauf. Et nos quatre défenseurs couraient à chaque instant dans le jardin pour repousser les groupes qui se précipitaient pour venir mettre le feu à la maison. Puis des coups de pistolet retentirent dans toutes les directions, et ce fut alors que mon mari arriva enfin, dans une agonie d'in* quiétude à notre sujet. Il nous fit aussitôt quitter la mai* son, de peur qu'elle ne fût entourée.
now my husband arrivcd in speechless agony ou uur nccount, and madc us leave the honse fearing it might be surrounded.
Wrapped in the black stable blankets, to hide our light dreFSos in the glare of the flaming station, he took us to hide under trecs in the garden, but movcd us afîerwards in a HtUe temple that stands on our grounds. It is vcry thick walled, and having only onc narrow door, was a good place for shelter. We sat whispering for hoUrs, listening to the noises, as crowds came near or fell away- Stiil no one attackcd us, and more of the cavalry troops wcre continually joining us, vowing to live or die for us. A bànd of armed thicves now broke in to the house, but two of them were shot and tho others fled. The fourth standard was now brought in by Rtiomon-
Sing, our poor old acquaintancc, and eolonel 's TÎctim. He nevcr
left us again. — Henri only waited till about dawn to drive us away; but the nicn looked yery bkink at the ideao laking us to llic Euix>pean Unes. Ail the stable servants had fled, so Henri liad to find ail the .harness and himself put it on the horses. Eiiza and I got inlo
a Enveloppées dans les housses noires de nos écuries, afin de cacher nos légers vêtements de feminè, dont la couleur aurait été remarquée à la lueur des incendies, il nous conduisit d'abord dans un endroit caché par les arbres de notre jardin, puis un peu plus tard dans un petit kiosque à l'extrémité de la propriété. Les murs de ce petit édifice étaient trés-épais, et, comme il n'y avait qu'une seule porte fort étroite, on y était passablement à l'abri. Nous passâmes là plusieurs heures, assis, nous parlant à voix basse, prêtant l'oreille à tous les bnrits,suivant que la foule s'approchait ou s'éloignait. Ccpen dant personne ne nous attaquait, et d'autres de nos cavaliers venaient à chaque instant se joindre à notre escorte, jurant de donner leurs vies pour nous. Une bande de brigands armés se précipita une fois dans la maison, mais deux d'entre eux furent immédiatement tués et le reste prit la fuite. Ce fut en ce moment que le quatrième étendard du régiment nous fut apporté par Rhomon-Sing (un djemadar), notre pauvre vieil ami, une des victimefi du colonel. Il ne nous a plus quitté un seul instant.
a Henri attendait le premier crépuscule du jour pour nous conduire aux casernes européennes^ cependant les cavaliers tremblaient à l'idée de nous suivre de ce côté. Tous nos palefreniers s'étaient sauvés, de sorte que Henri fut obligé d'aller harnacher les chevaux et de les mettre lui-même à la voiture. Élisa et moi, nous montâmes dans
the carriage, one of ihe sawars acting as driver; Henri and Alfred musicred ail thc ;troopcrs round us and wc drove. off. Wc had i9 of the 3d régiment remaining with us, including thc Djemadar of o»r li*oop. Ono of the prisoners) had corne to us, offering io stay and défend us; but my hus^And told him he must give him up ngain if he did. So Ihe poor fellow rode rode offqnite dijcried.
}a calèche, un de nos cavaliers servant de cocher; Henri et Alfred rassemblèrent tous les troupiers autour de nous, et nous partîmes au galop. Dix-neuf soldats du 3' régiment de cavalerie nous accompagnaient, ayant à leur tète le djemadar (Rhomon^Sing) de notre compagnie. Uu des prisonniers qui était venu à nous s'offrit aussi de nous accompagner pour nous protéger; mais mon mari lui dit quMl serait obligé de le faire ceinéttre en prison s'il nous suivait, desorte que ie pauvre gaeçons'en alla tout désolé.
<( Chemin faisant, nous reocontrâmes un carabinier (du 6« di^agons de la garde), poursuivi par plusieurs cipayes ; il était à pied, sans armes et déjà couvert de sang, blessé à la tête et aux bras. Mon mari 'tua d'un coup de pistolet Tun des assaillants, et fit monter le carabinier dans la voiture. Pendant ce temps nos. cavaliers tenaient les autres cipayes à distance, mais sans faire usage de leurs armes. Évidemment ils partageaient leur aversion pour le soldat européen. Arrivés en vue des casenies européennes, lorsque nous fûmes hors de tout danger, une douzaine de nos cavaliers resta avec nous, le reste alla rejoindre les insurgés. »
Pour compléter cette histoire de la conduite du 3* ré. giment de cavalerie indigène à l'égard de ses officiers européens, nous nous empressons d'ajouter que jios un officier de ce corps, pas mïhm le colûnel, bien qiCil fût exécré, ne périt de là main de ses soldats. Depuis le commencement de l'insurrection, ce régiment n'a encore perdu que trois officiers, savoir : son chirurgien (aide-major), docteur Christie, son vétérinaire Philipps, et un sous-lieutenant nommé Mac-Nab, tués tous les trois dans la nuit du 10 mai, par des cipayes du IP régiment d'infanterie indigène.
Voilà les lionimes sur lesquels s'est déchaînée toute la pi'emière fureur des saints, et sur lesquels (sur tous indistinctement) on n'a cessé d'appeler les plus terribles supplices. Certainement plusieurs d'entre eux ont commis plus tard des crimes odieux, épouvantables ; mais il est incontestable que dans cette première explosion le bon droit et même le beau rôle était de leur côté.
Nous avons dit que les troupes européennes à Mirât, ^au nombre de 2,000 hommes, se composaient d'artillerie, du 60*» carabiniers à pied, et du 6* dragons (carabiniers) de la garde. On a beaucoup reproché au général Hewit, qui commandait la division, de n'avoir point tiré paili de forces aussi considérables pouf anéantir immédiatement les insurgés par une poursuite rapide. Mais nous observerons que les premiers coups de fusil n'avaient été tirés qu'après le coucher du soleil, vers sept heures et demie du soir, lorsque les officiers étaient presque tous à l'église. A huit heures, il fait nuit noire. Les cantonnements de Mirât sont tellement étendus et éparpillés, qu'il était près de dix heures avant que les troupes européennes fussent rassemblées; et, toute la po^ pulation des bazars a'étant soulevée pour incendier et piller les maisons, la première préoccupation avait été naturellement de sauver les femmes et les enfants dispersés dans toutes les parties de la ville, les hôpitaux et les magasins. Enfin, on voit par le récit que nous venons de citer que le (crépuscule du matin avait déjà paru avant que la fusillade eût cessé, si ce n'est contre les insiii^és, au moins contre les pillards.
L'INDE ÀNGLAiSt^
INSUIIRECTION DE DELUI.
Le lundi, 11 mai, à neuf heures du matin, les senlinelles du poste sur le pont de bateaux construit sur la Djumna, devant la porte nord-est de Delhi, virent arriver, par la route de Mirât S ti^ente cavaliers portant l'uniforme du 3" régiment de cavalerie indigène du Bengale. Hommes et chevaux étaient trempés de sueur et parais- • saient fatigués d*une longue marche. On les laissa passer sans concevoir aucun soupçon. Mais à peine avaient-ils franchi le pont, qu'ils se saisirent du poste et tuèrent le seul officier anglais qui le commandait. Puis, réunissant les cipayes autour d'eux, ils leur racontèrent avec une extrême animation les scènes du samedi et du dimanche à Mirât, montrant à leurs jambes les meurtrissures des fers qu'on y avait attachés, et appelant leurs coreligionnaires à combattre avec eux pour leurs castes et leur religion. Tout le poste leur répondit par un cri d'indignation et de sympathie, et s'engagea à donner la main aux autres insurgés, à mesure qu'ils arriveraient de Mirât.
Les trente vengeurs se mettent en marche en prenant la direction du palais. La première personne qu'ils rencontrent est précisément M, fraser (le résident anglais auprès du Grand Hogol), qui se rendait au derbar (à la séance royale) dans son cabriolet. Ils le massacrent avec son premier assistant (le capitaine Douglas) et son pre*
* Oïl se rappelle que, duns la relation citée plus Imut d^uiie daiiic unglaise de Mirât, il est question de ces trente caTaliers délivres de leur prison, qui s'étaient trouvés les premiers sur le chemin du c«ilaine S , comme ils s'enfuyaient vers Delhi.
iniei^ secrétaire.(H. Nixon). Âpres celte exécution, ils continuent à sabrer tous les Européens qui se trouvent sur leur chemin.
Quelques fuyards allèrent avertir le général commandant la station, qui se hâta d'opposer à ces forcenés, qu'il croyait beaucoup plus nombreux, le 54' régiment d*infanterie indigène, appuyé de deux pièces d*artillerie de la batterie indigène du capitaine de Tessier. Ces troupes débouchent effectivement sur la place du palais, parfaitement disposées à faire lem* devoir; mais, au cri deDin ! din! (Pour la religion, pour la religion!) répété par le petit groupe de cavaUers, et sur les explications qui leur sont rapidement données par quelques cipayes du 54% ap« partenant au poste déjà insurgé du pont de bateaux, le 54*, au lieu de faire feu sur les rebelles, comme il en avait reçu Tordre, ouvre ses rangs à droite et à gauche, sur les deux côtés du chemin, laissant tous ses officiers au milieu de la voie; et il assiste avec une horrible impassibilité à la scène de carnage qui se passe aussitôt sous ses yeux. Les trente cavaliers, s'élançant aussitôt dans l'espace resté libre, tuent successivement à coups de pistolet tous les officiers (alors présents) du 54', qui, paralysés par la surprise et n'ayant poiu-se défendre que leurs sabres d'infanterie, ne firent, à ce qu'il paraît, aucune résistance, si ce n'est le colonel Ripley, qui tua, dit-on, deux des assaillants de deux coups de pistolet qu'il avait sur lui. Après cette boucherie, les cavaliers descendirent de cheval et parcoururent les rangs des cipayes en leur serrant la main et en les remerciant de leur abstention. Ici encore on voit que, des officiers du 54% pas un ne périt de la main de ses soldats, qui se contentèrent de ne point les défendre contre les vengeurs de la religion outragée. Il, jj
Par une bizarrerie de l'administration anglaise, que Ton ne peut expliquer que par l'insalubrité du climai de Delhi, cette ville, quoiqu'une des positions stratégiques les plus importantes de llnde, et un centre d'appro* visionnements militaires colossal, n'avait pour toute garnison que trois régiments d'infanterie indigène* et une compagnie d'artillerie indigène. Il ne s'y trouvait pas le plus petit noyau, pas une compagnie, pas un dépôt, pas un détachement de soldats européens. Cette énorme faute allait coûter cher.
Après la mort de ses oflBciers, le 54" d'infanterie indigène se joignit avec enthousiasme à l'insurrection. Rallié bientôt par le 7i', et toujours conduit par les cavalieis vengeurs, il marcha à l'attaque du petit arsenal', qui n'avait pour tous défenseurs que deux jeunes officiers et quelques sous-officiers européens d'artillerie. Après plusieurs heures d'une lutte inégale, le lieutenant WîQoughby, voyant que l'arsenal allait défmitivement tomber au pouvoir des insurgés, mit le feu au magasin à poudre, qui sauta avec une explosion épouvantable, détruisant environ cinq cents persomies, tant de la ville que des insurgés.
11 était alors quatre heures du soir. Le brigadier (co^ lonel) Graves avait réuni dans la tour du Pavillon (flagstalTj un grand nombre de dames avec leurs enfants et presque tous les hommes de la population européenne qui avaient échappé au premier massacre. U comptait
* Ces trois régiments étaient le 38% le 54* et le 74». La yille de Delhi contenait deux arsenaux. Ce fut le plus petit, où se trouvaient les fusils, les sabres, les cartouches pour l'infanterie et environ un tiers dcfapproviïiouncments en poudre, qui tomba le premier au pouvoir des insurgés. L'autre était plus spécialcoicul pour l^artillcrie et contenait un pai'c innneuse.
AVANT ET Al»nES l/I NSUU HECTlON. iôU
8 y maintenir avec Taide dn 38^ régiment, dont la (idêlilê n*avaii pas encore été ébranlée. Hais, au momeiU de Texplosion du magasin, de fortes colonnes de poussière s*étant soulevées tout à coup, quelques cipayes se mirent à crier que les Européens les trahissaient et voulaient les faire périr tous pour n'avoir plus rien A craindre. Les compagnies du 58* s'élancèrent aussitôt mw leurs armes, et se mirent à fusiller au hasard les groupes réfugiés sur la tour du Pavillon. Ce ftil alore un sauve-qui-peut général, tant à cheval qu'en cabriolet (les officiers mariés surtout ayant eu soin de tenir sous la main les moyens de sauver leurs familles); il y eut encore quelques victimes, mais le plus grand nombre parvint à s'échapper.
Ici encore nous devons constater le même fait que nous avons déjà signalé dans le récit de la première joiimée de l'insurrection, savoir que jusque-là, môme à Delhi, pas un oflicier européen n'avait péri de la main des soldats de son propre régiment. Bien plus, la compagnie d'artillerie du capitaine de Tessier (la seule de cette arme a Delhi) ne se rétmit aux insurgés que sous la condition formellement stipulée que ses officiers et leurs familles ne courraient aucun danger; et, afin de s'assurer dt» l'exécution de cette convention, les artilleui's escortèrent eux-mêmes leurs officiers jusqu'à une certaine distance hors de la ville. Effectivement, le seul oWicier appartenant à l'artillerie de Delhi qui périt dans les premiers jours de l'insurrection fut le heutenant Willoughby, qui, blessé d'abord par l'explosion du magasin à poudre, et se traînant avec peine, fut massacré queU|Ues jours après par les paysans d'un villa^re oii il s'ctiût réfugié, à plus de vinjit milles de Delhi.
240 L'INDt ANGLAlSL
ntSTAlHATION DE L'EMPIRÉ MOGOL.
rendant toule la journée du lundi, les régiments insurgés de Mirai étaient arrivés d'heure en heure par forls détachements ; et, traversant sans rencontrer d*oj)positionlepontsiu* laDjumna, pénétraient dans Tenceinte de Dellii et en occupaient successivement toutes les positions stratégiques : les remparts, la citadelle, le grand arsenal. Au lieu de se livrer au pillage, comme on les en a accusés, et comme les Européens en pareille position n'auraient pas manqué de le faire, ils ouvrirent immédiatement des conférences avec les insurgés de Dellii pour arrêter en commun et après mûre réflexion leurs projets pour l'avenir. Les officiers indigènes de tous les Corps, réunis en une espèce de parlement militaire, montrèrent un cahne et une sagesse auxquels on n'aurait jamais pu s'attendre de la part de gens aussi incultes et dans un pardi moment d'effervescence. L'explication la plus naturelle de ce phénomène est dans le système de promotion géûéralement adopté pour Tannée du Bengale, où l'avancement dans le corps des officiers indigènes est presque invariablement donné à ranciennetc. H en résulte que tous les officiers supérieurs, les sotibadars, les plus anciens Ajemadars sont toiis des hommes mûrs, âgés même, quelquefois des vieillards décrépits qui sont plus gênants qu'utiles devant un ennemi un pou actif. Mais, dans les délibérations dont nous parlons, cotic cii'conslance était d'un avantage incalculable.
Toutes ces têtes vénérables, à barbe grise, envisagèrent
froidement la situation et n'eurent pas de peine à se inetlrc d'accord. Pour lutter contre la puissance anglaise, contre Torganisation, la science, Thomogénéité européenne, ce n'étaitpas trop de toutes les forces de Tlnde, et il n'était possible de réussir qu'à la condition de réunir sous un même drapeau Hindous et musulmans. Or h ffuerelle n'était jusqu'à ce moment qv^'un pranunciamenio brahminique pour la défense des castes ; les musulmans y étaient complètement étrangers. Pour les y rallier, il n'y avait qu'un moyen : se ranger sous l'étendard du croissant et relever le trône de Delhi. La proposition fut votée à l'unanimité; et l'exécution de ce plan était d'autant plus facile, que, par un hasard qui semblait providentiel, le premier effort de l'insurrection avait fait tomber en son pouvoir la ville sainte de Delhi et la personne duGrandMogol.il ne restait donc plus qu'à obtenir le consentement de ce prince et les sympathies de ce qui restait encore de noblesse musulmane répandue dans le pays.
Le comité supérieur, délégué par le parlement militaire, se rendit le soir même du lundi au palais, où il trouva le Grand Mogol appesanti par l'âge et terrifié par les événements, au point de ne pouvoir d'abord rien comprendre, 4t ensuite de ne vouloir rien écouter. Les délégués furent obligés d'avoir recours aux menaces. On lui donna à entendre que, s'il refusait les offres qui liri étaient faites, il ne fallait qu'un cordon pour l'étrangler, ce qui permettrait d'offrir la couronne à son fils aîné ou, en cas de refus de l'héritier présomptif, au fils cadet, ou au troisième, jusqu'à ce qu'on trouvât un prince qui voulût bien l'accepter, après qu'on aurait massacré les autres. Bref, il était libre de choisir entre le trône de Delhi avec tout son ancien éclat et son ancien prestige, ou la mort, Ta
queslioli, ainsi posée, ne pouvait manquer d*ètre bientôt résolue. Hais jamais prince détrôné ne reprit les insignes du pouvoir avec plus de regret et d'appréhension. Le vieux roi était convaincu du triomphe définitif des Anglais et craignait de perdre sa pension» S'il avait été libre, il se serait sauvé volontiers ^ Calcutta pour y jeu'rr tranquillement jusqu'à la fin de ses jours de Taumône qu'on voulait bien lui faire. Hais la destinée était plus forte que sa volonté, et il dut se résigner à Jeter pour la dernière fois dans la mêlée l'étendard impérial. Une proclamation rédigée séance tenante et revêtue du grand sceau de la famille de Timour fut répandue dans, toute la ville et expédiée dans les provinces. Elle amionçait à tous les peuples qui composaient autrefois le vaste empire du Mogvrf que h domintUion de TAiigleterre ne seraft pbu désormais tolérée; die appelait nuisulmans et HindoHs à se réunir dans un vaste effort pour jeter dans la mer l'odieux envahisseur; enfin^ comme gage d'alliance entre les deux races qui allaient fraterniser, elle déclarait qu'il ne serait plus permis de ttier des vaches dans toute l'étendue de l'empire, cet animal étant un objet de vénération toute particulière pour les Hindous.
Le mardi, dans la matinée, le vieux roi, accompagné de ses fils et entouré de ses principaux nobles et des soubadars des régiments insurgés, fut promené à cheval dans toute la Tille, faisant ainsi acte de sa nouvelle souveraineté; — - et le parti musulman partagea, dès ce moment, la responsabilité de l'insurrection dont il n'était nullement l'auteur. Cette fusion était un événement de la plus haute importance.
Nous en avons assez dit pour fau^e voir que, si, dans la matinée du lundi, il s'était trouvé à Delhi une seule
AVANT ET APRÈS L'INSURRECTION. i43
compagnie d'Ëuropéâns, riasurrectioa eût été écrasée d'emblée, et l^explosion de Mirât serait restée une affaire ifiotée, sans ramification musulmane (en dehors des États d'Aonde), et, par conséquent, sans ccmséquences sérieuses, sans avenir;, tandis que,, par une réunion de eireonstanoe» eitraordinaires, elle était devenue une puissance politique de premier ordre, avecnne grande ville fortifiée pour première base d'opérations , des ressources militaires en abondance ^ des trésors con* sidérables, et enfin un roi, portant un grand nom historique, qui était allié aux plus grands souvenirs et aux traditions, les plus vénérées.
Effectivement, la ville de Delhi était non-seulement la plus belle et la frius riche vttlede Flnde, la capitale du commerce aidais dans le Nord-Ouest, pres<|ue la seule grande place de guerre dont les fortifications eussent été enti^etenues avec soin et à grands frais par la Gompaffàe^ mais c'était le plus giràid ttrseiial militaire qu'on pût trouver dans .toutes les. possessions .anglaises, et qu'il ne jserait possible de comparer» au point de vue des ressoiMTces qui y a^ientété réunies,, qu'à Sébastopol, de prodigieuse mémoire. Persuadés 4|ue le seul danger qui pût menacer leur puissance dans Tlnde ne pouvait venir que ùfi la Russie dans sa ];narche progressive vers rOrient, les Anglais avaient choisi la position de Delhi, comme étant éminemt»ent favorable, pour y concentrer un matériel énorme, suffisant pour répondre à tous les besoûm, voire même pour réparer tous les désas* très de la guerre la plus longue et la plus terrible. Les deux arsenaux de- Delhi, outre un approvisionnement de toute nature pour plus de cent mille hommes, contenaient environ treize cent s [Mèces d'artillerie, doux grands
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équipages de siège, des manutentions parCûtement organisées, des outils, des ateliers, des moyens de transport. Le trésor était un des plus riches dépdts de la Compagnie, et, il faut le dire à l'honneur des insurgés, ce trésor ne M point pillé, mais réservé par eux, et remis intact entre les mains duGrandMogoI pour subvenir àuxfrais de la guerre. Jamais, certainement, un grand mouve^ ment national pour secouer un joug étranger ne débuta dans des conditions plus favorables et sous de plus heureux auspices.
Si nous examinons, au contraire, la position des An* glais au point de vue de la défense de leur suzeraineté attaquée, il est impossible de trouver dies conditions plus défavorables. Leurs régiments européens, les seuls sur lesquels on eût le droit de compter, étaiait distribués de la manière la plus malheureuse aux deux extrémités de lempire : dans les nouvelles provinces conquises stu* les Birmans, qui n'absorbaient pas moins de trois régiments, et tout le long de l'Indus, sur la frontière nordouest. Là guerre que l'on venait d'entreprendre contre la Perse pouvant présenter des éventualités dangereuses (comme, par exemple, une intervention de la Russie), qui auraient obligé l'Angleterre à porter toutes ses forces dans l'Asie centrale, on avait dégarni les deux présidences de Bombay et de Madras, et même tout l'intérieur de la présidence du Bengale, pour mass^ toutes les troupes européennes le long de l'Indus. — Ainsi trois régiments européens, avec la majeure partie de l'artillerie, étaient dans la vallée de Peshawer; un quatrième (\ Altock, un autre à chacune des stations de Lahore, Sealkote, Ferozepour, Jallander et Ambala; trois autres, appartenant aux divisions de la même frontière, étaient
en réserve dans les montagnes de Simla, dont le climat, favorable à la santé des Européens, devait conserver ces troupes toutes fraîches^, avec leur vigueur et leur activité intactes; enfin, presque toute Tartillerie européenne était cantonnée dans le Pendjab. — Tandis que dans le pays d*Ao(Ude, que Ton venait A*ahnexer, et dont les populations étaient irritées par une grande injustice qui était en même temps une odieuse ingratitude, on n'avait quH/n seul régiment européen détaché de la division de Çawnpour ; et dans toutes les immenses et turbulentes provinces du Nord-Ouest, il n'y avait, en fait d'Européens, que le régiment de dragons de Mirât, et deux bataillons d'infanterie, l'un à Mirât, l'autre à Âgra. Enfin, on n'avait en réserve d^ns toute la division du Bengale que deux bataillons européens, dont l'un à Dinapore et l'autre à Calcutta. — Les positions importantes de Cawnpour, Allahabad, Benarès, étaient confiées à des troupes indigènes avec seulement quelques artilleurs européens (pour la plupart des recrues). Certainement l'insurrection ne pouvait pas avoir plus beau jeu; et la défense avait contre elle tous les obstacles : le climat, les pluies qui allaient commencer, la difficulté des communications et les distances.
Ce qui sauva la puissance anglaise ainsi compromise, ce fut d'abord la grande invention moderne de la télégraphie électrique. Le H mai, on avait reçu, à f.ahore, Agra, Cawnpour, Benarès, Calcutta et Bombay, des dépêches télégraphiques qui se succédaient d'heure en heure, puis de minute en minute, qui disaient : « Les imurgés de Mirât sont sur nous. — On nous attaque. — V arsenal est pris. — On nous égorge, — Et enfin, je naiphui que le temps de me sauver. » Celle-ci était la
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(leraièi^e, mais elle était suffisamment significative. — Alors les Anglais, 'avec lem* calme proverbial dans le danger, se recueillirent avant d*agir. Ils avaient d ailleuis tout le temps de se mettre en gai*de contre de nouvelies siu'prises; car, malgré fs^plitude des courriers indiens mis. courses forcées les plus prolongées, malgré le dévouement religieux des Hindous et leurs efforts prodigieux, les relais d'hommes et de chevaux courant jour et nuit de village en village, fappel aux armes ne se transmettait que par des moyens humains limités par le temps ^t l'espace, tandis que la science moderne avait réalisé pour l'Européen (eripuii ccdo fulmen) l'ubiquité de Dieu. Et puis les Anglais, avec leur fortune et leur habileté ordinaire, se trouvèrent avoir, partout où. le besoin en était le plus pressant, de ces hommes intelligents, héroïques, patriotes avant tout, sachant sacrifier leur vie, leur fortune, souvent même l'hirnianité et Thonneur quand il s'agit des intérêts de leur pays. C'étaient sir H. Wheeler à Cawnpour, Reid , Nicholson , Chamberlain dans le Pendjab, et surtout ces trois admirables frères auxquels l'Angleterre reconnaissante devrait élevar des statues, les trois Lawrence, à Lucknao, à Peshawer, à Nassirabad.