PROGRÈS ET PREMIERS ÉCHECS DE L'INSURRECTION
Dés que les musulmans furent entrés dans l'insurrection, elle prit un caractère de férocité qu'on n'y avait pas remarqué jusqu'alors. Les chefs n'ignoraient pas qu'un certain nombre d'Européens, qui n'étaient point parvenus i s'échapper de Delhi pendant la Journée
jlu i i , étaient encore cachés dans la ville; et des perquisitions ftirent commencées dés le lendemain, à Tinstigation des musulmans, dan$ toutes les maisons où l'on pouvait supposer qu'ils, avaient trouvé un refuge, pour les arrêter et les mettre à çnort. Lair §ort était le plus souvent partagé par ceux qui leur avaient donné un asile.
. Une drconstance que nous devons mentionner, parce» qu'elle fait honneur au vieux roi de Delhi, c'est que presque tous ces malheureux, au non^bre de gtiarantehuit, avaient çherdié sa protectipn, et étaient effectivement cachés dans son psdais. C'étaient surtout des employés subalternes de l'administration, du trésor, des entrepreneurs du chemin de fer, tous ceux qui n'avaient eu à leur disposition ni un cheval ni une voiture pour s'échapper. 11 y avait cependant aussi, dans le nombre, quelques dames avec leurs enfants, et notamment un missionnaiie et sa fille, qui montrèrent jusqu'à la fin une résignation digne des martyrs. Pendant deux Jours entiers, le roi fivait trouvé moyen de les nourrir en cachette de sa i»*opre main, et de dérober leur asile aux recherches de son entourage acharné à les poursuivre. Mais la trahison d'un palefrenier fit tout découvrir, et la populace, exaspérée, lâche et sanguinaire comme toutes les populaces, vint assiéger le palais et réclamer h grands cris ses victimes *. :Aprés une longue résistance, le monarque sans défense fut obligé de céder aux menaces
* n est pénible de voir la presse anglaise i son tour demander a grands cris le supplice de ce pauvre roi, dès qu^il sera tombé entre les mains des vainqueurs. Un pareil haUaii n*est pas digne d une nalian généreuse ^land il s'agît d'un viÀllard cpii a été plus malheureux que coupable.
$48 l'INOE ANGLAISE
des conjurés; et ces quak^ante-huit personnes furent massacrées avec des circonstances d'une atrocité réToKaiHe^ Ces scènes, trop souvent décrites par une presse avide d'émotions, excitèrent chez les Ar^lais une soif insatiable de vengeance. Et dès ce moment commencèrent des deux cdtés d'effiroyables boucheries, sous prétexte de représailles : le sang appelait le sang; mais nous constatons avec regret que, dans cette terrible liitte à qui rendrait le plus vite coup pour coup, la civilisation fut souvent encore plus cruelle que la baii>arie.
Mais ne devâinçons point lès événements. Les autorités anglaises dans le Pendjab, aussitôt qu'elles furaii instruites, par les dépèches dont nous avons déjà parié, des événements de Mirât et de Delhi, comprirent, avec un tact remarquable, que le salut de l'empire britannique dans l'Inde dépendait des deux divisions anglaises cantonnées sur les bords de l'Indus. C'était là seulement que les bataillons européens étaient groupés en masses assez imposantes pour pouvoir prendre l'offensive contre les insiu^ès de Delhi; mais cette offensive b'était possible qu à la condition qu'on ne serait point obligé de lutter contre les régiments indigènes qui se trouvaient aussi en assez grand nonibre dans le Pendjab, ni contre la population sikhe, fort turbulente de sa nature. Il fallait que, dans cette région au moins, la tranquillité fût maintenue à tout prix, et, pour cela, on devait user à la fois de ruse et d'audace en mettant de côté tout scrupule. 11 fallait surtout se hâter d'a^r avant que les èvénemenjts de Delhi fussent connus de la population et des cipayes.
* Sous l'inspiriition de sir Jolm La\^Tence, commissaire ;in,is'lais dans le Pendjab, un conseil de guerre ûit immè«
KTk^l £T APRè» L'INSURRECTION. ^4»
éÊÊàOÊftA rèvuA à f&bémer ptr le général Reid S qui coBBDHidMi la di^snon. Ce conseil, formé des géné^mx Cotton et ChandKrUm, deneoloiiete Edwmiesel NîdiolgOD, déckb que lew les réghnenis erigHHnres du B^igale, qui étsôeDt cantoimés dans le Pend^, seraient imfliédiâteinent désarmés, et ranplaeés par des régkn^ts sikhs, qui seraient immédiatemait lerés parmi les popnlati^w au imtieu desquelles on se trouvait, popidatiwis eissaHidlement guanïéres, paiement hostiles aux Hiildans et aux musulmans, et tmijours prêtes à se battre pour de Fargent. On tenta ces dernières par Tappât d'une solde éncHme^ et, en moins de deux jours, tcnis les hommes valides furent «urôlés.
La seconde partie du programme, celle du désarmement génèrd des dpayes, était moins facile à exécuter à cause de leur éparpiU^nent et offrait Uen quelques dangers. Pour conjurer ces dangers, on organisa inmiédiatement, sous les ordres d'officiers d*un rare m^e, tels que Nicholson et Chamberlain, deux ecrimules mobi^ les, composées de troupes sikhes et anglsôses, ayant leur quartier général. Tune à Jhelum, l'autre à Raoïd-Pmdî, et on les fit mouvoir avec tant de raj^dké et d*à-propos, que toute résistance devint impossible. C'est ainsi que, le 15 mai, les trois régiments indigènes (i6^ 26* et 46*) en garnison à Labore furent désarmés dans leur cantonnement de Mian-mir, sans qu'cm eût à tir^ un cmÉp de fusil, et que quati'e autres r^im^its d^infanterie (les 21% 24% 27* et 50*) et le 5« régimait de cavalerie r^ulière du Bengale eurent le m^ne sort, qu^pies jours après, à Peshawer, sans TeiAision d'une goutte de sang.
* Il est mort plus tjird du eholéra derant peUii, eommaManl on vM l'armée de sîége^
— Sur deux ou trois points seulement, notamment à Ferozepouret à Ambala, on rencontra une faible opposition, qui fut immédiatement écrasée, et les fusils enlevés aux cipayes étaient aussitôt distribués [aux régiments sikhes de nouvjelle formation.
Du moment que le Pendjab ne se joignait pas Jr Unsurrection,.la puissance anglaise dansFlnde était sauvée; parce que, du moment que le Pendjab cessait d*être un danger, c'était une mine inépuisable de ressources de toute nature : homn^s, vivres,, bètes de somme, tout y abondait. Non-seulement la population valide s'enrôlait tout entière, fournissant de;» niilliers. d'admirables soldats (dont un grand nombre avaient été formés à l'école des. officiers français de Rendjit-Sing, MM. AUard, Court, Ventura),. et, ce qui était surtout précieux pour les Anglais, des milliers de pionniers infatigables, travaillant sous le feu dans les tranchées, bons à tout et ne oraignant rien, en un. mot, rivalisant avec les soldais européens; mais tout ce qui restait dans les villages, prenant fait et causé pour les Anglais, traquait les malheureux déserteurs dans la campagne, aux gués de toutes les rivières, et, pour une faible prime, les ramenait pieds et poings liés pour les livrer à la vengeance des cours prévôtales, qui en faisaient d'horribles boucheries.
^oit la cramte de laisser des ennemis derrière eux, soit cet horrible instinct que l'homme partage avec la béte féroce, et qui fait que la vue et Todeur du sang nous enivre, ce qu'il y a de certain, c'est que, de la part des Anglais, dans toutes les stations du Pendjab, et, plus tard, successivement, dans tous leurs cantonnements du Bengale, les exécutions commencèrent sur une échelle inouïe dans l'histoire d'aucun pays. L'on inventait même de
nouveaux supplices, fânquante) soixante, quelquefois cent hommes par jour étaient pendus, fusilles vëcartelés par explosion à la bouche des canons» sous le plus léger prétexte, pour un mot, un geste, une simple lettre airivée par la poste et adressée poi* un insurgé à un cipaye. C'était la terrible Im des suspects avec tout son cortège id*injustices et d'horreurs.
La terreur même produite par ces exécutions rendait de nouvelles exécutions toujours nécessaires. Les cipayes, convaincus que leur extermination complète était ivsolue, qu'ils y passeraient tous l'un api^ l'autre, et que ce n'était qu'une question de temps, 3e laissaient idlerà chaque instant à des paniques bien naturelles ; et, quoiqu'ils fussent désarmés et certains d'être traqués comme des bétes feuvespar les paysans sikhes, se sauvaient en masse, et étaient aussitôt poursuivis. Les sikhes jouaient dans cette chasse ù Thomme le rôle du chien du sang employé à la poursuite des esclaves en Amérique r et la poursuite était continuée jusqu'à ce que l'on se fiH assuré que pas un homme n'avait réussi à passer la frontière. A mesure que ces malheureux étaient ramenés, ils étaient pendus, fusiUés ou écartelés (suivant leurs grades), on les comptait comme un troupeau de moutons dans im abattoir. Et ce système n'a pas été l'exagération momentanée de rigueurs nécessaires ; il s'est prolongé pendant quatre mois, il diu»e encore au moment où nous écrivons. — Le général Cotton, écrivant de Peshawer, le 28 août dernier, dit que, a sur huit cent soixante et om-e hommes qui composaient le^\^ régiment du Bengale (et dont le seul crime était do s'être sauvés par peur après avoir été désarmés depuis deux mois), il en a déjà pendu et fusillé sept cent qmtre-vingt'dnq. Il absente quil lui en.man-
i]m encore quatre-vingt'SiXy mais quil sera bientôt an amplet, attendu que le restant continue à lui être amené par escouades de deux ou trois à là fois par les paysans et la police sikhe. » H y a des régiments de cipayes, tels que le 26* et le 46* S qui ont été aimi exterminés jusqu'au dernier homme.
Détournons nos yeux de ces terribles scènes, justifiées jusqu'à un certain point, en politique, par la terriMe loi du salut public, pour suivre, de Taulre côté, les progrès de rinsiirrection. Le premier régiment qui se joignit au mouvement après ceux de Mirât et de Delhi fut le 3' d'infanterie, à Phillour, sur la frontière du Pendjab, la plus rapprochée du Bengale. Ce fut le i2 mai, au moment où un détachement européen, trop peu nombreux, arrivait pour le désarmer. Les cipayes se sauvèrent en tirant quelques coups de fusil et allèrent se joindre aux insurgés, mais sans avoir massacré aucun de leurs officiers.
Le 15 mai, six compagnies du génie, commandées pour marcher contre les insurgés et arrivées de Rourkio à Mirât, en apprenant dans cette dernière ville les scènes qui s'y étaient passées, se révoltèrent immédiatement, tuèrent leur commandant, le capitaine Fraser, et, bien qu'elles ne comptassent que six cents hommes, et qu'on mit aussitôt à leur poursuite la cavalerie et l'infanterie européennes, parvinrent à gagner Delhi avec une perte de cinquante hommes. — Le 18, les trois autres compagnies
* Le 46* avait tué quatre officiers, dont un colonel d'artillerie, le brigadier Brind; mais une moitié de ce régiment avait sauvé les autres oificiers et protégé les femmes et les enfants. Ils avaient même sollicité quelques-uns de leurs officiers de rester à leur léte pour diriger Vinnurrection, Jusqu'à ce, que satisfaction fût ûmnéè ù leurs ffrieflt.
AVANT ET APRÈS VlNSrURECTION. 2.V»
du même bataillon s'insurgèi^nt à Rourkic ci aUèi^nt rejoindre leurs camarades.
Le 22 mai, quelques sowars (cavaliers) du 3* régiment de cavalerie indigène arrivèrent de Delhi à Allyghur. L'un d'eux, arrêté au milieu des lignes du 9* régiment d'infanterie du Bengale au moment où il appelait ouvertement ses coreligionnaires à se joindre à l'insurrection , fut jugé immédiatement par un conseil de guerre, condamné et aussitôt pendu devant tout ce régiment formé en carré. Le cadavre n'était point encore descendu de la potence, quand un autre cavalier du 5* régiment s'élance dans le carré, en disant : «r Voilà un premier martyr! Vous en faut-il un second? Me voici; mais honte et malheur aux cipayes qui ne savent point mourir pour leur religion! » — Une réaction instantanée se produisit chez les cipayes comme par une commotion électrique. Sortant des rangs avec des sanglots, non-seulement ils ne permirent point qu'oiî arrêtât le second cavalier, mais, coupant la corde du pendu, ils rendirent en toute pompe à celui qu'ils considéraient maintenant comme un martyr les derniers honneurs. Les officiers ne purent s'y opposer; mais ils ne furent ni tués ni maltraités, et, le lendemain, le régiment tout entier prit la route de Delhi sous le commandement de ses ofOciers indigènes.
Le 23 mai, le 5* et le 60* régiments d'infanterie du Bengale furent désarmés à Ambala, pour avoir refusé de marcher contre les insurgés de Delhi. La nuit suivante, la plus grande partie de ces corps déserta sans armes et alla rejoindre l'insurrection .
Le 25 mai, le 55* régiment d'infanterie indigène, qui avait été désarmé à Murdân, dans lé Pendjab, essaya de
25i L'INDE ANGLAISE
déserter; mais, poursuivi et traqué dans la campagne pendant plusieurs mois, il périt tout entier sans , qu'un seul homme eût pu passer la frontière. — Ce régiment n'avait point maltraité ses officiers, dont pas. un ri a péri, SI ce n'est le lieutenant Spottiswood, qui s'estmicidè.
Le 29 mai, à Nassirabad, le 15® et le 30® régimeiils d'infanterie du Bengale, avec une compagnie d'artillerie, s'insurgèrent en déclarant leur intention de marcher sur Delhi. Us ne se portèrent, à aucun excès contre leurs propres officiers, dont pas un n'a péri; mais, attaqués par le i« régiment de cavalerie de Bombay, ils se défendirent et tuèrent trois officiers de cette cavalerie, qui sucrombèfent pendant ou après le combat.
Le 51 mai, ce fut le tour de la garnison de Lucknao de s'insurger, malgré les énergiques efforts de sir Henry Lawrence, qui fit tout ce qu'on pouvait attendre d'un homme d'un courage et d'qn talent éprouvés, et de plus trèsaimé des indigènes pour son caractère essentiellement généreux et conciUant. Mais ici musulmans et Hindous étaient depuis longtemps unanimes, et devaient se joindre avec enthousiasme à une révolution qui leur donnait l'espoir de replacer sur le trône d'Aoude l'héritier de leurs anciens rois, un prince débonnaire, tout récemment dépouillé par la plus horrible ingratitude. Les i S**, 48«, 71' d'infanterie indigène, et le 7* régiment de cavalerie régulière se soulevèrent au milieu de la nuit; et, comme sir Henry Lawrence était sur ses gardes, il y eut un combat où périrent plusieurs officiers, entre autres le général HandSçombe.
Déjà, à partir du i** mai, dix jours avant l'explosion de Mirât, il avait fallu désarmer les régiments irréguliers d'Aoude, ce qui témoignait de l'irritation générale de ce
AVANT ET APRÈS l/INSURRECTION. 255
i^oyauine en particulier et en dehors des préoccupations religieuses qui fermentaient dans les provinces voisines. Mais, dès ce momait j l'insurrection devint générale, nonseulement dans Tarmée, mais dans la population, qui se leva en masse. De. Lucknao à Bareilly, dans toute la longueur des États d*Aoude, il n'y eut plus une bourgade qui reconnût l'autorité anglaise ; et, comme l'exaspération y était plus grande que dans les Ëtats de la Compagnie, il y a des régiments dont pas un ofllcier n*a reparu : tout ce magnifique état-major européen ayant péri plus encore sous les fourches des rayots que par la main de leurs soldats.
Le 2 juin, k Bareilly, les 18*^ et 68"" régiments d'infanterie indigène, le 8* de cavalerie irrégulière et six compagnies d'artillerie indigène se soulevèrent à leur tour. Ce jn'onuneiamento se ressentit du voisinage de la frontière d'Aoude. Des atrocités^' furent commises , et le 18* régiment notamment perdit un grand nombre d'oificiers.
. Jusqu'alors, à part les deux grandes erreurs qui avaient motivé ^insurrection, c'est-à-dire la confiscation du royaume d'Aoude et l'affaire des cartouches, les autorités locides n*avaient aucun reproche à se faire h légard de ces explosions successives. Une faute ou phitôt une maladresse énorme allait bientôt aggraver la position ot rendre les officiers anglais odieux, même dans les régiments dont la fidélité n'avait pas encore été ébranlèo rt dans ceux-là mêmes qui, quelques jours auparavant ^ avaient ofTèrt en toute sincérité de cœur de marcher contre leurs camarades révoltés. Nous voulons parler de rnflaire de Benarès, que nous allons expliquer d'après les attestations d'officiers anglais présents sur les lieux, et en
âSC riNDE ANtiliAlSE
nous appuyant sur la déposition du général Lloyd (commandant la division de Dinapour), déposition qu'il a fait publier récemment et insérer dans tous les journaux. Voici ce qui était arrivé :
Le 3 juin, le i7* régiment d'infanterie indigène, en garnison à Azimghar, s'était insurgé dans l'infention d'aller grossir le parti national, qui s'étail armé pour la restauration du royaume d' Aoude ; mais, bien qu'un de ses officiers (le quartier-maitre interprète) eût péri de la main d'un soldat qui avait formellement à s'en plaindre, ce régi* ment avait non-seulement épargné tous les autres offi< ciers, mais, dans la crainte que ces derniers ne fussent massacrés par la populace après le départ de la troupe, il s'était détourné de son chemin pour les escorter jusqu'à Gliazipour. Malheureusement le fait de la mort du quar*. tier-msJlre et celle de Tenlèvement du trésor, dont les insurgés s'étaient emparés, furent les deux seules circonstances de cette affaire qui arrivèrent le même soir à la connaissance des autorités à Benarès. Aucun renseignement n'étant arrivé sur le sort des autres officiers du 17% on cnit qu'ils avaient tous été inassacrés, et cette supposition produisit une panique qui fit prendre brusquement la résohitiou intempestive de désarmer le 57' régiment d'infanterie indigène, alors en garnison à Benarès, régiment auquel on n'avait encore rien à reprocher, mais dont on ne connaissait pas bien les dispositions.
Suivant le système généralement adopté pour ces désannements, on ordonna à toutes les troupes de se rendre en armes sur le terrain de manœuvres. IjC 37* régiment, rangé en ligne, formait la base d'un rectangle, ayant » sa droile un régiment sikhe, h sa gauche le 13* régiment de cavalerie irréguliére, et en ftice un détachement di»
AVAKT Et Al»Ufes L'iNsUhREOTION. 457
tiOO lioiiiiiies du i 0*^ de ligne anglais avec une compagnie d artillerie. Tous les indigènes présents furent égalaneni surpris en voyant arriver les cauonniei*s avec canons chaînés; mais on sut bientôt à quoi s*en tenir quand le biîgadier commandant la place donna Tordre au 37' de livrer ses armes. Les cipayes> quoique froissés d'une pareille humiliation, n*hésitérent pas à obéir, et les fusils é^aient déjà déposés dans le petit magasin où ils devaient rester enfermés, quand Texaltation de quelques soldais européens amena une scène épouvantable. Les récits qu*on leur faisait journellement des massacres de Delhi leur avaient monté la tète; ils ne voyaient plus que des traîtres dans tous les indigènes revêtus du costume des cipayesy s*étonnaient qu*ou ne les exterminât pas depuis: le premier jusqu'au dernier, et, tout d'un coup, sans aucun ordre, ils commencèrent une fusillade sur les cipayes désarmés. Ceux-ci se précipitèrent sur le petit magasin pour reprendre leurs armes, et Tétonnement du régiment sikhe et du régiment de cavalerie qui étaient présents fut tel, que, dans leur surprise mêlée d'indignation, ils répondirent au feu des Européens et tirèrent sur leurs propres ofOcicrs. L'artillerie tira alors à mitraille sur tout le monde, et il s'ensuivit une confusion épouvantable, à la suite de laquelle les indigènes de touU^b armes prirent la fuite, laissant le petit groupe d'Euro- |)éens maitiv du champ de bataille.
Mais cet événement *eut des suites incalculables : ainsi, non-seulement il amena la défection immédiate du 57' régiment d'infanterie et du 1 5* de cavalerie irrégulière, qui n'avaient pas eu jusqu'alors la moindre intention de s'insiu^ger, mais ceux-ci, dans leur fuite, ayant fait savoir dans les stations voisines, telles que Allahbad
ï!58 L'INDE AKliLAlSt
et Cawnpour, Tespècc de guet-ap»^iis dont ils se croyaieni victimes, Findignation des cipayes fut si grande, qu'il y eut immédiatement une révolte générale. Ainsi le 0" régiment d*infaiiterie indigène, en garnison à ÂUaliabad; qui, quelques jours auparavant, avait offert de marcher contre Delhi, s'insurgea dès le même soir (4 juin) et massacra toiis ges officiers. comme ils sortaient de la table d'hote, •
Une tragédie presque aussi sanglante eut lieu à Cawnpour quatre jours après, aussitôt qu'on y apprit ce qu'on appelait Vassassinat de Benarès ; et lé général hir H. Wheeler sévit abandonner, le 8 juin, de tous les corps indigènes dans sa division, c'est-à-dii*e des* \^% 55* et 56^ d'infanterie, du 2« de cavalerie et de deux compagnies d'artillerie. Il ne lui resta plus alors pour se défendre contre la population tout entière, qui partageait cette fois Tirrilation des cipayes, que le petit noyau d'Européens avec lequel il périt plus tard après une résistance héroïquement prolongée.
Nous avons dit que nos renseignements sur cotte af* faire étaient puisés à des sources anglaises et authenti* ques. Ëlfectivement^ nous trouvons dans une letti*e de Benarès, en date du 9 juin (cinq jours après l'affaire), et écrite par M. Spencer (junior) : « Many of tlie offîcers are furious; and say we hâve been shedding innocent blood; and the whole tliing \Vas a blunder : » « ï/n grand nom* bre (Tofliciers sont furieux; ils disent que nom avons versé un sang innocent, et toute i affaire est une énorme sottise, » —Et le général Lloyd, écrivant le 5 septembre (trois mois plus tard, après tontes les enquêtes), a fait la déposition suivante, publiée dans le Dayly-News : «On the 4th of june, witliout any apparent reason (except it
A\AM ET APftK>> L'INSlUHECTlOiN. 2^)0
bc that tlie i7lh régiment at Azimgliar tiad desertécl wliiih ttieir arins, atter shooling Ihe quarter-masler only, tlioûgh tliey had ail the rest of their oflflcers m their power, escorting them in safety to Ghazipour) it seenis to hâve been determined by the niilitary autlioiities at Benarès to disarni the 3?th N. I., and ultimately tbis was atteinpted, but in such a monner that thougii Ihe nten of the 57th had lodged their arins in their bells of anns, they were ilrei on wilh grape and uiusketry. Tlic Siklis présent and most of Ihe 15th irregular cavahy, joined them in resisting this attack, and it was every» where stîgmatised a? feringhi-ka-dagM ; il causcd the instant revoU of tlie 6th régiment at Allahabad : » « L^ 4 jttm, sam aucun motif qu'on ait pu produire {si es n'est nue le 17« régiment, à Aûmghar, avait déserté avec ses armes f après avoir tué le quartier-maître seulement, bien qm tous les autres ofliciers fussent restés au pouvoir de leurs soldats, et après avoir reconduit ces officiers en smW^ jusqu'à Gliazipour), il paraît que les autmtés militaires à Benarès s'étaient arrêtées à la résolution de désarmer le 57*; et effectivement on en fit la tentative, mais dune manière si étrange, qu'après que les cipayes eurent déposé leurs armes dans leurs magasins spéciaux , on leur tira dessus avec la mousqueterie et la mitraille. Les Sikhs qui étaient présents et la plus grande partie de la cavalerie irrégulière se joignirent aux cipayes pour repousser cette attaque; et cette affaire fut stigmatisée en tous lieux sous le nom de Feringhika<lagh (le guet-apens, la tache sanglante des Anglais). Enfin elle eut pour résultat instantané la révolte du 0" régiment à Allahabad. »
Celte afi'a rc de Bonai'cs, en s'ébriiitant, cul encore
"SSi) LINDE ANGLAISE
deux autres coiiti'e-coiips non uipins graves : 1' la révolte de Haiisi, où le 12'' régiment d'infanterie indigène et le 14'' de cavalerie irréguliére massacrèrent, le 5 juin, toute la colonie européemie; et 2'' la révolte de tout le contingent de Gwalior, au nombre de plus de dix mille liommes avec une excellente artillerie, le 8 juin.
Presque simultanément au midi, à Touest, au nord, on apprenait les révoltes : 1® de Neemucb, le 5 juin, où se trouvaient le 72* régiment d 'infanterie indigène, le 1" régiment de cavalerie de Gwalior, et le 7® d'infanterie de Gwalior, avec une compagnie d'artillerie ; 2"" à Jhansi, le i juin, le bataillon d'Hurrianah et le 4' régiment de cavalerie irrégulière; 5** à Shabjehanpour, le 8 juin, le 28' l'égiment d'infanterie, qui massacrait presque tous ses officiers. Il était aisé de voir que le bruit des hécatombes du Pendjab donnait un nouvel aliment à la haine des révoltés et amenait de sanglantes représailles.
Cependant on observe encore de généreuses exceptions : ainsi à Horadabad, le 29' d'infanterie indigène se révolte sans répandre le sang, il prévient ses officiers de s'éloigner et leur donne deux heures d'avance pour le l'aire, de uiatiière quHls eussent le temps de se mettre en sûreté dans la forteresse deNynie-Thal avec leui-s femmes et leurs enfants. Aussi pas un officier de ce corps n*a péri jusqu'à ce jour. — Et à Fyzabad, sur la frontière d'Âoude, le 6** d'infanterie irrégulière d'Aoudc et le 22' régiment d'infanterie indigène du Bengale font plus encore : non-seulement ils protègent la vie de leurs officiers, mais ils leur remettent une sonune d'argent pour subvenu* aux besoins de leur fuite, et ils les traitent avec le plus grand respect, tout en leur déclarant que l'Inde.
AVANT Et APRES L'iNSlUKECTION. tîGl
lasse de 1 adminislration anglaise, allait se replacer sous le gouvernement de ses anciens maîtres, les rois d*Aoudc et de Delhi. Il n'est que trop vrai pourtant que presque tous les officiers européens du 22'' régiment périrent subséquemmént ; mais ce ne fut pas de la main de leurs cipayes. Les rayols, qui s'étaient armés dans toute Tétendue du pays d'Aoude, les traquaient à leur tour, comme oii traquait les cipayes (originaires (VAonde) dans ioni le Pendjab; et cinq officiers du 22' flirent massacrés par le» paysans d'un seul village.
Nous arrivons enfin à Thomble drame de Cawiipoiu*, dont les principales péripéties sont déjà connues du monde entier. Mais bien des* détails horribles ou touchants n'ont pas encore été révélés, et on nous saura gré de les mettre en relief. — Nous avons déjà dit qu'à la daté du 8 juin toutes les troupes indigènes de la division de Cawnpour, en apprenant l'événement de Bena* rès, que la nimeur publique attribuait à la malveillance des saints à l'égard des cipayes, s'étaient l'évoltées et avaient quitté leurs cantonnements avec l'intention d'aller à Delhi rallier le quartier général des insurgés. Elles avaient renvoyé leurs officiers européens ; mais, avec la mansuétude ordinaire des Hindous, elles s'étaient abstenues de répandre le sang. — Lorsque les trois régiments d'infanterie (1«S 53* et 56* du Bengale) et le 2" de cavo Icrie régulière avec deux compagnies d'artillerie arrivèrent à leur première étape de Kallianpour (à cinq milles à l'ouest de CaAvnpour), il y avait eu quelques coups de fusil tirés en repoussant les soldats européens, mais pas un officier des régiments révoltés n'avait péri par la main d'un assassin. Malheureusement les choses ne devaient pas continuer ainsi. Un monstre à figure humaine allait intcr-
Ȕ-> L'INDE ANGLAISE
venir pour souffler à ces natures impressioiuiables et à ces esprits crédules les plus mauvaises pensées et îes plus détestables passions.
Nana-Wioundun-Pant, fils adoptif du dernier Peschwa, Uaji-Rao, nourrissait contre les Anglais une haine implacable, d'autant plus ardente, qu'il avait été obligé de la concentrer et de la dissimuler pendant de longues années. En voici le motif : D'après les traditions inunémoriales des Oiientaux, Hindous ou musulmans, le filsadop* tif jouit devant la loi, par le seul fait de celte adoption, de droits aussi imprescriptibles que ceux qu'il aurait revm de la nature» Suivant les anciennes lois du pays, lois qui avaient été maintenues par les Anglais lors de la conquête, et encore pendant le premier tiers de ce siècle, Nana-lMioundun-Pant aurait par conséquent dû hériter, il y a quatre ou cinq ans, de toute l'immense fortune du Peschwa et d'une pension princière de 125,000 roupies (500,000 livres) de rente. Mais, d'après un nouveau système de législation récemment introduit, le gouveiiiemcnt anglais avait décidé qu'il ne reconnaîtrait plus les adoptions; et, quand Nana-Saliib s'était présenté pour faire valoir ses prétentions, l'honorable Compagnie des Indes lui avait répondu : <( C'est nous qui sommes les héritiers de Baji-Rao Pesch^va, nous ne vous devons rien. »
Cependant Nana-Sahib n'était pas homme à abandonner si facilement la partie ; et, comme il ne manque pas de gens de loi en Angleterre, toujours en quête d'une affaire qui peut produire de l'argent et du scandale, la Compagnie, pour s'en débarrasser, finit par abandonner à Nana-Saliib, sur la fortune laissée*, par le Peschwa, une somme assez importante et la propriété de Bithour, cha-
AVANT ET APUÈS L'INSURIIECTION. 20r.
Icau fort situé but le Gange, à environ dix milles de Cawnpour. Si Nana-Sahib était loin d'être satisfait, il feignit du moins de l'être, et, son éducation ayant été parfaitement soignée, il rechercha la société des Européens, parmi lesquels il finit par être très-bien accueilli. Il était débutes les parties de chasse, de toutes les fêtes, de tous lés bals ; et sa fortune, fort belle pour un simple particulier, lui permettait de rendre aux Européens les politesses qu'il en recevait. Ce fut lui, dit-on, qui donna le dernier grand bal de la dernière saii^on ; et presque toutes cellea qui devaient être ses viclimes dansèrent sous les yeux, quelques-unes dans l'étreinte voluptoeuse de celui qui devait être leur bourreau. Sensuel au suprême degré, la b^uté des dames anglaises lui avait toujours inspiré une ardente convoitise. L'insurrection qui semblait devoir renverser la puissance anglaise dans l'Inde allait peutêtre lui faire réaliser les deux rêves passionnés de sa vie, savoir : la restauration à son profit du trêne des Peschwa, et un sérail peuplé de belles Anglaises.
Aussitôt qu'il apprit le mouvement de Cawnpour, Nana-Saliib quitta son palais deBithour, et se rendit le même soir, ou plutôt dans la nuit du 8 juin, au camp des insurgés à Kallianpour. Réunissant autour de lui tous les états-majors indigènes, il les harangua avec une habileté consommée. Traitant de faiblesse leur compassion pour leurs offiders, leur exposant qu'avec ces demimesures ils ne réussiraient qu'à se faire écraser ; quo Foccasion, une fois perdue, ne se retrouverait plus; que, s'ils étaient réellement décidés à défendre leur religion et à reconquérir les royaumes de leurs pères, il fallait, quand la fortune leur livrait leurs ennemis, savoir étouffer toute pitié et massacrer le vieillard et le jeune homme,
264 i;iNDE ANGLAISE
la fcinme et Tenfant, en un mot, exterminer cette race maudite qui leur donnait l'exemple du carnage: « Â quoi pensez-vous, ajoutait -il, d'aller à Delhi^ quand vous laissez derrière vous des ennemis qu'il est si facile de détruire et qui vous poursuivront plus tard comme des limiers? C'est à Cawnpour qu'il faut retourner pour frapper un coup terrible à la puissance anglaise ; en brisant le Herpentpar le milieu, vous sauverez vos frères de Delhi quil se p'épare à dévorer. » Ces conseils perfides trouvèrent des oreilles attentives ; les cipayes finirent par .' pprouver ses paroles et choisirent Nana-Sahib pour lem' rhef.
Le lendemain, les cinq ou six cents Européens qui s'étaient retranchés à Cawnpour dans! l'hôpital nouvellement construit furent consternés en voyant les cipayes, qu'ils croyaient partis pour Delhi, rangés en bataille visà-vis deux, interceptant toutes leâ communications, dressant des batteries, et s*apprèlant à ouvrir un siège en règle contre une position qui n'aurait pas tenu un quart d'heure devant des troupes européennes, et qui, pour comble de malheur, était encombrée de femmes et d'enfants.
Nana-Sahib avait commencé par se porter sur la ville même de Cawnpour, où il. avait fait main basse sur le trésor, brisé les portes de la prison, et délivré quatre cents malfaiteur qui allaient fournir à ses vengeances de redoutables instruments. — « Alors, dit un témoin oculaire, dans le style imagé de l'Orient, ce fut dans la ville <le Cawnpour comme si le jour du jugement fût venu ; et, lorsque les cipayes de Tinfanterie et les soldats de la cavalerie, avec leiirs sabres retentissant dans leurs fourreaux, passinrent avec des canons de tout calibre par le
AVANT ET APRÈS L INSURRECTION. 2(»r>
Gwât-Tola, qui fait partie cjes faubourgs de Cawiipour, vers le camp retranché, moi, Tauteur de ce journal, j'étais présent, et j'^i vu de mes yeux et entendu de mes oreilles, Hindous et mu$ulmans, qui criaient, d'un côté : « Victoire au Raja-Rain-Chund ! et, de Tautre : Élève ta voix, armée fidèle, Allah a détruit les Kafirs \ ))
Hais les Kafirs n'étaient pas faciles à dé'rutrc* Il y avait dans ce chétif hôpital un énergique vieillard et de superbes jeunes gens, comme TAngleterre en a toujours à môntiw à ses amis et à ses ennemis. Après le premier moment'de surprise passé, ils attendirent de pied ferme ces hordes méprisables qu'ils regardaient de toute la hauteur de leur dédain. Pendant près de trois semaines^ du 9 au 25 juin, ils soutinrent cette lutte inégale au nombre d'environ deux cent cinquante combattants contre plus de douze mille adversaires, car Nana*Sahib avait été rallié par de nombreuses bandes de pillards. — Des pièces de 12, de 18, de 24, tiraient continuellement sur rhôpital, qui était presque entièrement à découvert, les tranchées n'ayant pu être terminées en temps utile. Les Anglais n'avaient, pour répondre à ce feu, que trois petites jMèces d'artillerie, qui, chargées à mitraille, firent peudant longtemps d'aifreux ravages parmi leurs eunomis. L'hôpital fut traversé -de part en part par plus de quatre cents boulets : une partie de la toiture s'écroula, et les assiégés curent à souffrir d'un soleil foudroyant auquel vinrent s'ajouter plus tard les tortures delà iàim. Leur dévouement des uns à l'égard des autres, des hommes à l'égard des femmes, des mères pour leurs enfittits, fut admirable ; mais c'était ce que l'on peut attendre en tous pays d'ames fortement trempées. Ce qui fut plus remarquable, et ce qui caractéinsc par excellence les An-
glats entre toutes les nations, c'est la résignation chrétienne, le calme silencieux et digne qui ne les abandonna pas un instant, à peine interrompu par quelques i»anglots de femmes promptement réprimés. Des Français en pa* réille position auraient montré autant dlntrépidité, peutêtre plus de ressources, certainement plus de vivacité ; ^-un sourire, une chanson auraient quelquefois charmé les longues heures; — plus impressionnables, ils auraient passé du rire aux larmes, de la gaieté à la fureur, d'une espérance fiévreuse à un sombre abattement. Mais cette dignité caTme du héros chrétien attendant la mort pour son pays, comme si son pays tout entier était là pour le regarder et pour applaudir au sacrifice^ la mort du Romain sur sa chaise curule, ce n'est plus que chez leâ Anglais qu'il faut la chercher. — Il y avait surtout chaque jour une heure sainte, une heure sublime entre toutes, c'était celle où le petit groupe de ceux qui se reposaient du combat se réunissait pour la prière du soir autour du; dbapelain vénérable. Les paroles du pasteur étaient qiielqixerols interrompues par le boiilet qui, déchirant la muraille, emportait quelque assistant agenouillé. Le klé$»é; c'était souvent une femme ou un enfant, était emporté dans la pièce voisine, et la prière continuait 80^ cours jusqu'à* la dernière recommandation ^ Dieu : « For dur dear brethren hère departed » Pour nos chers' frères et sœurs qui viennent de mourir. Et puis, chacun saluant le prêtre, — morituri te saiutani, retournait à son poste, les hommes aux retranchements, les femmes près des enfants et des blessés. Oh ! la noble nation anglaise ! qu'elle est grande par sa piété, même à côté des écarts violents ou ridicules du puritanisme ! On ne peut que s'incliner devant ces sérieux courages. Voilà
cc qui constitue les nations invincibles ! voilà les driipeaux qui ne reculent jamais !
Selon le même témoin que nous avons déjà cité*, il momut pendant le siège, dans rintérieur de cet hôpital converti en forteresse, environ cent cinquante personnes (en majeure partie des femmes et des enfants), de blessures ou de maladies, ou par la chute des murailles. — Cependant toutes les attaques des assiégeants étaient toujours repoussëes, et les insurgés commençaient à pe^ lire courage et parlaient encore une fois de reprendre le chemin de Delhi, lorsqu'une nouvelle catastrophe pour les Anglais founut à Nana-Sahib Toccasion d'un ignoble et facile triomphe qui fit prolonger le siège jusqu'à la destruction du général Wheeler et de ses héroïques compagnons.
V(Hci ce qui était arrivé : la garnison indigène de Fulteghar, suivant l'exemple donné par les autres troupes du Bengale, s'était insurgée sans répandre le sang de ses officiers ou des Européens dans la station, et leur avait procuré, pour eux, leurs femmes et leurs enfants, trois barques qui devaient leur suffira pour descendre le €ange jusqu'à Calcutta. Ces malheureux, arrivés à la hauteur de Bithour, mmiquant de vivres et comptant sur l'amitié de Nana^ahib, abordèrent pour acheter des provisions. Des courriers allèrent immédiatement prévenir Nana-Sahib, qui se hâta d'envoyer une troupe de cavalerie et deux compagnies d'infanterie pour arrêter les fugitifs qui étaient venus réclamer son hospitalité. Cent trentesix Européens, dont un grand nombre de femmes et
* Un domestique indigène donl la déposition jiffée fut reçue ^ Calcul^ devant le conseil d^enquête.
d^enfantSy furent ainsi ramenés el conduits devant Nana- Sahib, qui ordonna de les mettre tous à mort. Les officiers indigènes firent de vains efforts pour l'-en détourner. Le monstre avait autour de lui une troupe de malfaiteurs qu'il avait dressés à tuer à son premier signe toutes les victimes qu'il leur désignait. Quelques jours auparavant, il avait déjà fait sabrer une dame anglaise et ses deux jeunes filles qui n'avaient point voulu se détacher des bras de leur mère. — Parmi les» prisonniers se trouvait, cette fois, une jeune dame, la fille d'un général, qui, parlant à Nana-Sahib avec un admirable courage, lui prédit le sort qui, il faut l'espérer, l'atteindra tôt ou tard. « Vous am*ez beau faire, Nana, lui dit-elle, vous n'exterminerez pas la race entière des Anglais, et ceux qui nous survivront seront nos vengeurs. Vous expierez alors vos crimes; car il n'est pas une religion dans le monde qui approuve le massacre des femmes et des enfants. » •
Cependant la faim, cette terrible nécessité qui triomphe des plus nobles courages, faisait d'affreux ravages dans l'intérieur de l'hôpital, et Nana-Sahib apprit (par quelques domestiques fugitifs qui avaient sauté par-dessus les retranchements, préférant la chance d'une mort immédiate à la prolongation de pareilles tortures) l'état de détresse où en étaient réduits les assiégés. Il écrivit au général Wheeler pour lui offrir de le laisser sortir avec tous les honneurs de la guerre, à la seule condition de rendre Cawnpour.
Bien qu'on ignorât, dans l'intérieur de l'hôpital, le sort des fugitifs de Fulteghar, les avis furent partagés sur cette proposition : non pas que l'on ne fût d'accord sur rhnpossibilité de se maintenir à Cawnpour, mais une
défiance assez bien fondée de la mauvaise foi des Asiatiques en général faisait préférer l'idée de se frayer un chemin à travers les insurgés le sabre à la main. Le gé- < néral DVheeler, qui avait avec lui ses deux filles, pensait aux femmes et aux enf^ts, dont la plus grande partie ne pouvait manquer de périr dans une tentative aussi désespérée. Il voulut avoir une entrevue avec Nana- Sahib.
Effectivement, le jour suivant, 36 juin, le feu ayant été suspendu des deux côtés, Nana-Sahib, accompagné de son frère Baber-Dutt et de ses neveux, suivis d'une nombreuse escorte, s'approcha des retranchements ù une portée de fusil, et le général. Wheeler, quoique blessé à la jambe, alla à leur rencontre. LeNanaluifit les plus belles protestations, en disant : « Emmenez tout votre monde à Allahabad, je vous fournirai des bateaux. Nous tiendrons notre parole, comptez sur nous, j» — lie général Wheeler lui répondit: « Faites-en serment selon votre coiitume, et moi je ferai serment sur la Bible de quitter les retranchements. » Le Nana fit tous les serments qu'on lui demandait, en ajoutant : « Dieii me jugera et me punira si j'y manque. Fiez-vous à moi, je ne veux pas vous tromper. »
Le Nana rassembla alors une flottille de vingt barques, et, quand elles furent prêtes, il le fit savoir au généralWheeler* en ajoutant : « Vous déjeunerez à bord, à dix heures du matin, et vous évacuerez les retranchements complète^ ment à huit heures. » — Eflectivement, à sept heures du matin, le ^7 juin, les messagers de Naha-Sahib arrivèrent aux retranchements, en disant : « Venez aux barques, tout est prêt. » Les dames et les enfants furent transportas au ))ord du (leuvo sur des éléphants, et les Iwmuios
86 mirent en marche vers le même ^idroit el s'embarquèrent. « Lorsque les Européens virent qu'on leur avait préparé le déjeuner, et que tout avait été bien arrangé, ils se réjouirent^. »
« Mais tout d'un coup un canon a retenti du bord oppo9éy et on a tiré sur eux à mitraille. Ce canon et d'autres étaient masqués. Une barque a pris feu, et quatre autres barques ont été atteintes; alors, ceux qui n'avaient pas été blessés se sont jetés dans le fleuve. Les cipayes firent feu sur eux; les sovrars entrèrent dans l'eau à cheval et en sabrèrent un grand nombue.
« Quinze embarcations pleines d'Anglais^urent ce sort; sur ces barques, cent huit femmes et enfants échappèrent au massacre, mais beaucoup étaient blessés. Le Nanadit : « Ne tvezpas ceux-cU mette^ea en prison, » Une dernière barque, où se trouvait le général Wheeler avec une de ses flUes, s'éloigna à force de rames. Sa seconde fille, tombée au pouvoir des insurgés, fut emportée par un sowar dans le but d'en faire une esclave; il la cacha dans sa maison, avec sa femme, près de Téghse. La fille resta dans la maison jusqu'à la nuit, et, lorsque le sowar fut rentré ivre et s'endormit, elle prit un sabre ot lui coupa la tête; elle en fit autant à sa mère, à sa femme et i ses deux enfants; puis elle sortit, et, ayant j^encontré des sowars, elle leur dit : « Allez voir colnme « j'ai bieil ft*ôtté les pieds à votre ressaldar (officier). » Us entrèrent et virent ce qu'elle avait fait. Ensuite, elle est est allée se jeter dans un puits. »
^ Quant au sort de la dernière barque, on a le récit <lii
* Noos filons ici tcxtiiclU'mcnl la (lé|iosition du rlomostiqiio imlis:^ne. EUo n Mé nrrepU'n «^inme aiilhpnliqiie.
AVANT ET AIMIÈS L'INSUURECTIUN. 271
lieutenant Delafosse, un des quatre individus (ies seuls) qui échappèrent au désastre. Voici comment il a raconte sa fuite : f Nous n'avions maintenant que cette seule barque pleine de blessés. Les indigènes nous poursuivirent avec deux canons pendant toute la journée, et Tiufanterie tira sur nous pendant toute la nuit. Le deuxième jour, un autre canon ouvrit le feu sur nous à Nuzzufghar» et rinfanterie nous suivait encore des deux côtés du fleuve.
« Le troisième jour, la barque n'était plus bonne à rien; elle échoua. Les cipayes tiraient sur nous à leur aise; il ne nous restait d'autre ressource que de les charger à la baïonnette; nous réussîmes, au nombre de quatorze, à gagner la terre; Alors ils se retirèrent; mais, voyant que nous allions être entourés, il nous fallut marcher parallèlement au fleuve, jusqu'à un temple où nous nous sommes réfugiés, un des nôtres ayant été tué et un autre blessé.
« De la porte du temple, nous tirâmes sur ies insurgés. Ceux-ci, voyant qu'ils ne pouvaient rien faire contre nous, ramassèrent du bois et y mirent le feu. Ne pouvant phis rester dedans à cause de la fumée, nous nous sommes déshabillés, et, traversant les flammes le fusil à la main, nous avons chargé les insurgés:
« Nous gagnâmes Teau au nombre de sept; mais bientôt deux d'entre nous furent tués; les insurgés nous poursuivaient constanunent en tirant sur nous. Après avoir fait environ trois milles en nageant, un des nôtres, un aitilleur, fatigué, s'est tourné sur le dos en faisan la planche pour se reposer; mais, comme dans cette po bilion il ne pouvait pas voir où il allait, le courant l'om* porta vers le bord, où il fu« tué.
27> l'iNDE ÀNGlAtSË
« Au bout de six iniUes, on cessa de nous pou^uivre; quelques villageois, nous ayant aperçus, nous appelèrent et nous dirent de monter au rivage; ils promirent de nous conduire chez leur rajali, qui était ami des Anglais. En effet, après six milles de marche, nous arrivâmes chez le rajah, qui nous donna des habits et nous traita fort bien. Nous restâmes chez lui un mois environ, et, dès que les chemins furent libres, il nous envoya cliez un zemindar, qui nous procura une voiture pour Alla» habad. Mais, en chemin, nous avons rencontré un détachement du 84®, sous les ordres du lieutenant Woodhouse, et nous sommes retournés avec lui à Cawnpour. »
Mais, pour en revenir au bateau du général Wheeler, tes différentes versions s'accordent à dire qu'il contenait encore, au moment de tomber entre les mains des insurgés, cinquante hommes, vingt-cinq femmes et trois enfants. Tous ceux qui se trouvaient à bord furent faits prisonniers et amenés, les bras attachés, à Nana-Sahib. Parmi eux se trouvaient le général Wheeler, M. Reed, M. Thomas Greenway, M. Kirkpatriek, le capitaine Mackerisie et le docteur Harris. — Le Nana ordonna alors que les femmes fussent séparées des hommes, et que ceux-ci fussent fusillés parle l'^' régiment d'infanterie; mais ce régiment refusa en disant : * Notis ne tuerons ]Ms le géti&ral Wlieeler, qui a rendu notre nom célèbre, et dont le fils est notre quartier-maure^ et nous ne tuerons pas non plus les antres sahibs; qu'on les mette en prison. » Alors les autres indigènes répondirent : « Quel est ce langage? Nous les tuerotts tous ! » Ainsi, les Anglais furent placés à terre, et les Indiens se mirent en face, pi'êts a ftiire feu. Toutes les femmes furent éloignées de
AVANT ET Al»I\ES L INSURRECTION. 273
force par les cipayes, excepté ceïïe du docteur, qui fut fusillée arec son mari.
Après que le diapelain eut récité quelques prières, les Angtais se donnèrent la niain, et les Indiens firent feu. Les victimes roulèrent dans tous les sens, mais elles n'étaient que blessées, et elles furent achevées à coups de sabre. Après cela, toutes les femmes et les enfants, y compris ceux qui avaient été pris sur les premiers bateaux, en tout cent vingt-deux, furent conduits au bâtiment de riiôpital, où ils furent d'abord traités avec rigueur. Mais, après en avoir reçu Tinjonction formelle de Delhi, Nana-Sâhib leur donna des vêtements propres et une meilleure nourriture. Il ne paraît pas qu'aucune femme ait été déshonorée.
Plus lard, lorsqu'on rapporta à Nana- qu'une force considérable s'avançait contre lui, sous les ordres du général Havelock, et n'était plus qu'à une journée de marche, son naturel féroce reprenant le dessus, il ordonna le massacre des prisonniers. Ceux-ci paraissent avoir deviné leur sort, car ils déchirèrent leurs vêtements et s'en servirent pour attacher les portes; mais elles furent forcées, et ce fut le signal de la boucherie. Les cris des femmes étaient navrants, mais peu à peu ils cessèrent et firent place à un silence horrible. Toutes les victimes furent laissées pour mortes, et les misérables n'examinèrent pas les corps pour voir si la vie était com* plétement éteinte. Le lendemain, il se trouva que vingtcinq personnes n'étaient que blessées, et les morts et les mourants furent entassés ensemble dans un puits et recouverts de terre.
2Ti L'INDE ANGLAISE
AULDE. — LUCK.NAÔ.
Après le drame sanglant de Cawnpour, 1 epûsude le plus important dans le cours de cette insurrection est^ sans contredit, celui deLucknao, sur lequel il nousi^este quelques explications à donner.
Lors de V annexation du royaume d'Aoude, inesun? aussi impolitique qu'injuste, à laquelle sir Henri Lawrence, en sa qualité de chargé d affaires auprès du roi d'Âoude, s'était opposé de toutes ses forces, il avait prévu que rirritation qu'elle ne pouvait manquer de pr^uire amènerait prochainement une explosion. Aussi, afin de pourvoir à sa propre sûreté et à celle des Eiiropéens qui pourraient se trouver à Lucknao dans le moment périlleux, il construisit tout près de Lucknao une espèce de château Ibrt capable de contenir six ou sept cents personnes. Comme il était lui-même officier supérieur d'artillerie, et fort habile dans sa partie, cette petite forteresse présen-^ tait les meilleures conditions possibles pour résister à une attaque ; et il avait soin d'y entre! enir en tout temps des vivres et dejj munitions en quantité suffismite pour parer à toutes les éventualités. Grâce à ces précautions, lorsque Taiinée et la population tout entière se soulevèrent à la suite de l'insurrection militaire du o\ mai, à Lucknao, sir Henri Lawrence trouva dans sa petite forteresse un reftige pour lui-même, pour tout le personnel de son administration, et enfin pour le 52® régiment anglais, qui prit le service de la garnison.
Pendant un mois, a la tête de cette petite troupe, il
AVANT ET APRÈS L INSURRECTlOiN. 275
Uni en respect tout le pays à deux lieues à la roncje, faisant de vigoureuses sorties jusque dans la ville même de Lucknao, toutes les fois qu'il avait besoin d'y poursuivre un ennemi ou d y renouveler ses provisions. Malheureusen>ent il n'avait avec hii, en fait d artillerie, qu'une compagnie indigène, dont la fidélité sembla, il est vrai, longtemps inébranlable. C'était le résultatde l'affection qu'il avait le rare privilège d'inspirer à tout ce qui l'entourait. Mais les appels réitérés faits à leurs sentiments religieux triomphèrent enfin de l'attachement tout personnel que lui portaient ses artiUeurs, — et, dans une dernière sortie, le 2 juillet, la compagnie tout entière passa à l'ennemi. Sir Henri Lawrence, ainsi abandonné, combattit comme un lion, et, à la tête d'un faible détachement du 32* anglais, se fraya un passage à travers des milh^^s d'ennemis. Mais, dans cette retraite désastreuse, il fut grièvement blessé et mourut deux jours après du tétanos.
Cette perte était doublement malheureuse pour les Anglais, car elle arrivait au moment où ils^ auraient eu le plus grand besoin des talents et de l'influence personnelle exercée par sir Henri Lawrence. Le peuple d'Aoude, perdant tout e.^poir de déUvrer leur roi, prisonnier dans les donjons de Calcutta, venait de prendre un parti énergique : un fils naturel du roi, âgé de dix ans, avait été placé sur le trône, soit à titre intérimaire, soit à titre délii:ilif, sui\îmt que les circonstances en décideraient;. et on lui avait composé un ministère parfaitement capable de diriger le pays au milieu des circonstances difficiles que l'on allait avoir à traverser. Ce ministère a aujourd hui pour chef le Nawab Issamat-oudDowlah, chargé de la direction de l'intérieur et de la présidence du conseil; lin tiutre musulman, nommé Ali-Uizza, a le titixî de gon-
i'76 LMNOE ANGLAISli
MMniour de Liicknao, et oiifiji un rajiiout nommé Maiin* Sing est nommé commandant en chef de Tarmée d'Aoude.
Le premier acte du jeune roi, d'après le conseil de ses ministres, a été de déclarer qu aucun impôt territorial ne serait payé pendant Tespace de trois ans, et que remise pleine et entière en était faite aux cultivateui^s pour les aider à supporter les maux de la guerre. Cette démonstration est fort habile et ne peut manquer d'avoir le double effet d'augmenter rattachement des habitants pour la famille royale d'Aoude et de léguer de cruels embarras aux Anglîiis après leur triomphe éventuel.
Aussi cet état de choses n'a pas peu contribué à augmenter les regrets très-légitimes des Anglais pour la perte de sir Henri Lawrence, et lord Canning, si bien fait pour ('omprendre ïin si noble caractère, vient encore de domier une nouvelle expression à ces regrets dans un panégyrique que nous serions heureux de reproduire comme un sincère hommage à l'un et à l'autre ; mais nous nous bornerons à en citer ce passage, dont nous pouvons constater l'exactitude : « There is not, lam sure, an englishman in India who does not regard the loss of sir H. Lawrence in the présent circumstances of the country, as one of the heaviest of public calamities. There is not, I believc, a native of the provinces where he bas held authority wlio does not remember his name as that of a friend and gênerons benefactor to the races of India. » (H lïy a pas, fen suis sûr, un Anglais dans l'Inde qui ne regarde la perte de sir Henri Lawrence, dans les circonstances actuelles du pays, comme un des plus grands malheurs publics qui pût arriver. Et il ny a pas, jen suis persuadé, un indigène des provinces ou il a exercé iautoiilé qui ne se rappelle son nom comme celui d'un ami et
AVANT ET APRÈS ï/INSUnRECTION. 277
(Tun bienfaiteu7' généreux, potir les races de Vlnde. Hélas \ ce grand homme n est plus; mais il a été remplacé par de vaillants soldats. La petite citadelle tient encore contre toute une nation soulevée, comme un rocher de granit au milieu des flots irrités de TOcéan, Un seul bataillon du 32*^ est là, tellement diminué par les combats, que c'est à peine si on l'aperçoit derrière les plis de son drapeau ; mais ce sont toujours les soldats d'Inkermann, et derrière chaque homme qui tombe se dresse toujours un vengeur. Nous, qui les avons vus à l'œuvre, qui avons eu l'honneur de combattre à leurs côtés, nous savons qu'il en serait ainsi jusqu'au dernier. Mais, Dieu merci ! l'heure de leur délivrance approche. Voyez-vous poindre à l'horizon cette petite ligne rouge, que l'on prendrait pour un nuage sous les premiers rayons du soleil; entendez-vous le son lointain du canon, c'est Havelock et ses deux mille cinq cents braves qui ont passé sur le corps à toute une armée, à tout un peuple. Courage, amis î quelques jours, quelques heures encore, et vous entendrez sous vos remparts le hourra britannique. Et vos femmes, qui ont partagé vos dangers, après tant de souffrances et tant de veilles, dans leur joie et leur reconnaissance, élèveront alors vos enfants sur leurs bras, et tourneront vers le ciel leurs yeux mouillés de larmes. Heureux Anglais, qui ne vous envierait les sensations d'un pareil moment^ !
* Noire prédiction, nos vœux, se sont accomplis. Pendant que notre travail est sous presse, nous apprenons que les p^cncraux Oiitram et Havelock sont effectivement parvenus à ravitailler la petite citadelle de Lucknao; et, bien que leur position soit encore précaire, il y a tout lieu d'espérer la délivrance définitive dos assiégés. L'armée, sous les ordres d'Havelock, se composait, uni" octobre 1857, do deux brigades d'infanterie et d'une brigade d'artillerie, savoir :