‹ L'Inde anglaise avant et après l'insurrection de 1857, Volume 2Chapitre 22 sur 28 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Contilluntion Ac h liillfi enlrfi lord Ganninp: H les saints.

Voyons maintenant ce qui se passait pendant cet intervalle à Calcutta, et dans celles des provinces du Bengale où Ton obéissait encore à la Compagnie des Indes, dans les localités où les cipayes étaient encore fidèles et avaient résisté jusque-là aux appels de leurs camarades et aux murmures de leur conscience. Toutes les correspondances s^accordent pour nous le dire, toutes les versions sont identiques : les instruments de supplice sont en permanence, la terreur est à Tordre du Jour. Dans chaque station civile, dans chaque cantonnement militaire (excepté à Calcutta même, où ces exécutions rencontrent la désapprobation énergique du gouverneur général, qui n est pas toujours le maître de les empêcher), c'est toujours le même spectacle : d'innombrables potences qui fonctionnent toujours sans trêve, sans relâche. Aussitôt

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(f ue les cadavres sont froids, on les descend pour les remplacer par de nouvelles victimes humaines. C'est une longue Suint-Barthélemy qui s'exerce indîstinctenien! sur les Hindous et les musulmans. A Allahabad, à Benarès, • à Dinapour, les potences se succèdent tout le long des routes, il y a des kilomètres de ces horribles trophées. La peur et le fanatisme ne raisonnent plus, on frappe en aveugle, au hasard, sans examen, sans jugement. Tout Em*opéen se considère comme un juge sans appel , et irhèsite pas plus à lancer une âme dans réternité , ou à brûler un village , qu'à tuer une bête fauve ou à enfumer un terrier. S*il est un saint, loin de s'en faire le moindre scrupule, d'en éprouver le moindre remords, if lèvera les yeux au ciel pour remercier Dieu de l'avoir fait si bo7i, si pimXj si juste, et il croira avoir travaillé à la propagation du christianisme par l'extermination des païens. Il écrira à ses amis en Angleterre des lettres comme celleci (nous copions textuellement) : « Some Ihihg glorious must come of ail this ; it will be such a blow to heathe nism. No one can think christianity is to be owerthrown in India , and if not what may we not expect ? The onlv comfort in it ail is the belief that our blessed lord's Kingdom is to be greatly extended by thèse and such Jike events. » (Quelque chose de {ilorieux doit sortir de tout ceci : ce sera un si terrible coup porté au paganisme ! Personne ne peut supposer que les chrétiens auront le dessous dans Vlnde, et, s'ils ne peuvent être ImncuSy quelles espérances ne pouvons nous pas former ! Le seul soulagement que Von épreuve dans tout ceci, c'est la confiance que le royaume de noire divin Sauveur gagnera immensément en étendue par des événements tels que ceux-ci.

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Si, obéissant au cri de la nature, quelque àine moins i'uilement trempée s'altendrit un instant ; si un prêli'e, un magistrat, un gouverneur général veut oauvei* au moins les innocents , ceux qui n*ont été pour rien dans Uv> massacres ni même dans la révolte , c'est contre ce , cœur pusillanime, cet impie, ce traître, une explosion de cris et de haines ; bien heureux quand sa vie n'est pas menacée.Un général a couru des dangers sérieux et a perdu sa popularité pour avoir voulu sauvw des mains de quelques soldats anglais, des 10® et 78*^ régiments, de pauvres cipayes qui, syprès avoir refusé de s'insurger, après être restés fidèles au péril de leur vie, se rendaient au poste où les envoyait rautorité. LordCanning, pour avoir voulu sauver rhonnew de son pays, compromis par ces horribles raassaores d'une population sans défense, massacres dont riiistoire d'aucun pays n'a jamais fourni d'exemple (du moins sur une échelle aussi colossale et |)endant une aussi longue démenée), a été insullé par les journaux, danmé par les saints, désavoué par les princes i;l par les minisires de son pays, et sera probablement sacrifié aux fanatiques qui. signent des pétitions et qui ont organisé une ligue (the reform league] contre lui it contre la Compagnie des hldes. Mais, s'il en est ainsi, le monde entier répétera avep nous : Honte à l'Angleterre et lionneur à lord Ganning 1 homieur au généreux défenseur l'e riiumanité M

S'il fallait des témoignages en faveur du plus, doux, du

* Nous, n'ignorons pas que lord Palmertlon a, on dernier lieu, «ecordé à lord Canning quelques tardifs et timides éloges; mais cette réparation est bien insaffieante pour les outrages dont cet lionuuc honorable n'a cessé^ d'être accablé de tous côtés en Angleterre et dans VIndc.

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plus sage, du plus honnêle gouverneur qui ail jamais présidé aux destinées de l'Inde, nous n*en chei^cherions pas d'aiitre que la circulaire dont on lui a fait un si grand crime, circulaire qu'il avait envoyée sous forme de pro* clamation à tous les fonctionnaires civils et militaires sous son autorité, contenant ses instructions, ses^ motifs, ses re<iommandations,pour tâcher d'arrêter l'inutile et désastreuse effusion du sang humain. C'est pour avoir cherché à persuader à ses compatriotes que ce n'élait point par les massacres que l'on arriverait à faire aimer le christianisme aux Hindous et aux musulmans, ni en brûlant les villages queVon éviterait la famine, ni en exlenninant les cipayes restés fidèles que Ton arrêterait le développement de rinsmTeclion , ni enfin en dépeuplant l'Inde que l'on enrichirait la colonie et la mère patrie ; c'est pour avoii' rempli ce devoir de bon citoyen, de bon adminis- Iralcur, de bon chrétien, qu'il a été mis au ban de l'opinion et qu'il sera probablement renvoyé de son poste comme un fonctionnaire lâche et imbécile , incapable d'èlre écouté désormais dans les conseils de son gouvernement. — Eh bien, nous allons reproduire cette pièce qui a soulevé une si vive indignation, et le monde entier pourra juger de quel côté se trouvent la dignité, la raison, le courage et l'esprit chrétien.

Pour tous les paragraphes qui ont été leplus critiqués , luus donnerons le texte anglais en regard.

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