TOTAL GENERAL
Pour un bataillon en Europe, les compagnies se réduisent à quatre sergents et soixante caporaux el soldats. De mon temps, la 10" compagnie restait en dépôt à Chatham, et servait à former les
raernes qu*on envoyaîi aux compagnies de aenrice à mesure que leurs cadres se vidaient» mais cet usage vient d*étre aboli et tout est maintenant sons les drapeaux.
La discipline militaire ches les Anglais est en tout point différente de la discipline française. Quant aux corps d'officiers, au lieu d'être une mo^ narchie absolue dont le colonel est le despote , c'est une république avec une hiérarchie et une charte constitutionnelle dont les lois sont écrites et immuables. Gette hiérarchie n'existe que sous les a^es, devant Tennemi , sur le champ de manœuvre ou au conseil de guerre ; partout ailleurs il y a égalité parfaite entre tous les officiers, depuis le sous-lieuteoant jusqu'au lieutenant*colonel. Ils sont tous égaux à titre de gentlemen» car l'uniforme anoblit, et le titre de gentilhomme est justement considéré comme le premier de tous. Un officier est amené devant un conseil de guerre pour avoir oublié sa qualité de gentilhomme, comme pour avoir manqué à ses devoirs militaires.
Pour créer et entretenir les sentiments d'égalité ei de fraternité, il est ordonné par les règlements militaires que tous les officiers d'un même corps qui ne sont point mariés, ou dont les femmes n'habitent pas la garnison, depuis le lieutenant-colonel jusqu'au sous-lieutenant, auront un cercle et
une seule table d*hAte en commun (fA^ mess), que je traduirai dorénavant par la masse, sur le système d'un fonds perdu appartenant à la communauté.
Cette masse est un capital flottant, fondé depuis ■nombre d'années et alimenté de la manière suivante : Tout officier, en entrant au régiment avec le grade de sous-lieutenant, doit commencer par verser dans la caisse commune une somme équivalente à son premier mois de solde. Il paye en outre sa pension de chaque mois à la table d'hôte : cette pension est la même pour tous les officiers , quel que soit leur rang ; elle est déterminée, pour ce qui a rapport à la nourriture, par la consommation générale divisée par le nombre des convives ; et quant aux vins et liqueurs , par la consommation individuelle , plus une taxe de 12 p. 7» au profit de la masse. Chaque fois qu'un officier est promu à un grade supérieur, il subit encore une fois une retenue semblable d'un mois de solde du nouveau grade , toujours pour enrichir cette masse. En cas de mort, c'est la communauté qui hérite ; il en est de même si l'officier permute d'un corps à un autre : les sommes données ne sont jamais rendues, et il devra verser dans la caisse du nouveau corps un mois de solde du grade avec lequel il y entrera ; enfin, tout officier présent au
corps, en congé ou détaché, subit encore une retenue mensuelle d'un jour de solde.
Gomme le gouyernement exige un certain luxe et une certaine hospitalité de chaque corps d'officiers ( par exemple deux grands dtners par an aux généraux chargés des inspections semestrielles, dîners où toutes les autorités de Ta localité doivent être invitées), il souscrit aussi annuellement à la masse, soit en Angleterre, soit dans Tlnde, pour 25 livres sterling par compagnie, ou 250 livres par régiment. On conçoit que ce fonds social pourra s'accumuler rapidement, et c'est ce qui arrive le plus souvent, mais il peut se rencontrer aussi des causes de diminution, telles qu'une mauvaise administration des capitaux, ce qui est fort rare, des pertes de bagages en temps de guerre, les changements de garnison, le transport du matériel du cercle exclusivement à la charge de la masse. Enfin , sans compter le chapitre des accidents, il y a les dépenses ordinaires, telles que l'entretien d'une magnifique argenterie pour quatre-vingts ou cent couverts, du linge, de la faïence, de la porcelaine, des cristaux et de la coutellerie en proportion; le loyer d'un bâtiment assez vaste peur contenir d'abord la table d'hôte , plus un salon de lecture et généralement une salle de billard.
— as.
Lft BUMte est ttoi-setlement recoimoe comme la bourse Gommaoe, la propriélé inaliéiiable ei ÎMCOntéstable du plos jeane officier comme de son oommandânl , mais radministration de cette fortane est élective et doit se renouveler chaque année. Tout le corps d'officiers, réuni en conseil, choisit parmi ses membres un président de masse (qui ne devra jamais être le commandant) et deux secrétaires. Ce président est responsable sur sa fortune privée du placement des capitaux et de la gestion des propriétés mobilières et immobilières appartenant au cercle. Les secrétaires partagent cette responsabilité, mais seulement pour ce qui a rapport à la table dliôte : l'un ayant le département des vins et liqueurs ; l'autre , de rargenterie, bijouterie , lingerie, etc. Tous les six mois ce comité devra présenter ses comptes au corps d'officiers régulièrement assemblé, qui nommera un comité d'examen pour les vérifier. Toute dépense importante, tout projet d'acquisition ou de vente, au delà d'une somme fort minime, exige un nouveau conseil général , et chaque question est décidée à la majorité des votes, chaque officier n'ayant qu'une voix de même valeur. Celui des membres qui est nommé par ses camarades à la charge de président de masse n'est point libre de refuser cette responsabilité.
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La uUa dliM est eomidérée comme me fMrade mîKtairedonl «nciifi officier ne peut s'abieater, à moine qu'il ne certifie snr rhonnenr qu'il e*esl rendu à une ivritatioa paniculiére pour diner dehors, ou pour euuse de maladie. Deux ufficitre par eeraaine eoni chargés ^ tour de rMe deafono* tione de {Nréaideut de table ^ de tice-préeideni ; ils ne peurent e'abaenter aous uuam préteite H siègent «UK deux extrémitéa de h laUe. JLie fieeprésîdent d'une semaine devient le président de la semaine suiymte. €lm<pie ottcîer à sou leur doit subir les inooAféineute de «e WUê, «ommençaut par les deux ^trémitéa de la hiérarehie, c'est* à-dire le plus jeune sous-lieutenant siëgeaui «ree le plus ancien <Aeier sopériewr ( après le cm»mandant qui seid en est exempté ).
Les fonctions de présideH de table ^mi^ très* délicates, d'une grande rs n p e nsa bilité , et propres k former rapidement le jugement et faplomb d'un jeune homme. C'est hti ipii est chargé du bmi or* dre el de la diaciplioe morale des oanriues; il a seul le 4roit atec le Tice-président de donner «des ordres aux nombreux domestiques; il est ^ ^n devoir d'interdire toute conTeraalaon qui pourrait interrompre k bonne harmonie; enfin il m te droit de mettre aux arrêts tout oficier , quel fne oott son grade, même supérieur au sien, qui lotrodHi-
rait le désordre ^ qui proposerait un duel, ou qui refuserait de se conformer à quelque règlement de la communauté. Je me rappelle avpir eu occasion, n'étant qu'un très-jeune lieutenant, d'envoyer chez eux, aux arrêts, un capitaine et un chef de bataillon qui s'étaient donné un démenti en ma présence pendant que j'étais président de la table. Je fis ensuite mon rapport au lieutenantcolonel qui m'approuva et réussit à arranger l'affaire.
On conçoit que l'institution de cette table d'hôle devra avoir d'immenses résultats pour le bien-être physique et moral, les relations amicales, l'esprit de corps du régiment, pour y entretenir les sentiments les plus libéraux, les plus civilisés , et en même temps les plus chevaleresques, c On est so- » lidaire de l'honneur des gens avec lesquels on f s'assied à table chaque jour; on n'y souffrirait » pas un fripon : la moindre faute contre l'hon- » neur , commise par un officier de l'armée royale, » est punie le soir même à table par un outrage » unanime de ses camarades et de ses chefs , le » refus de boire avec lui (i) ; il est dès ce moment expulsé et n'a plus d'autre alternative que d'eu appeler au jugement d'un conseil de guerre ou de se résigner à quitter le service.
(1) Jacquemont.
Ce qui fait encore mieux ressortir les avantages de ce système, c'est la comparaison avec les établissements militaires où il n'existe pas; on a bien essayé d'introduire une oi^anisation à .peu près semblable dans l'armée de la compagnie ; mais un si grand nombre des officiers de cette armée est marié ou détaché dans les états-majors , les régiments sont d'ailleurs si souvent fractionnés que l'institution de la masse, quand elle n'est pas annulée de fait, y est restée très-imparfaite. Il est très^rarerque ces régiments puissent établir une table commune, le nombre des pensionnaires ne suffisant pas aux frais de l'établissement. Dès lors rien n'oblige ceux qui ne désirent pas se voir à se rencontrer, si ce n'est sous les armes, aux heures de service. La vie de chacun n'est pas surveillée par l'honneur jaloux des autres. Mais qu'en résulte-t-il en dernier lieu? une succession de cours martiales que je vois sans cesse convoquées pour juger non des soldats, mais des officiers prévenus d'escroquerie et quelquefois de crimes honteux dont l'isolement et l'oisiveté ont été les premières causes. Ce scandale est presque inconnu dans l'armée royale.
Une autre conséquence nécessaire du régime que nous venons d'exposer , c'est qu'aucune hostilité entre deux officiers ne peut être de longue
* 3. L'iNDB àlVGLMSE. 3
durée. Ëffectivemeat, il faill vider immédiatemeni la qiiei'elle ou l'oublier , car il est impossible de se trouver tous les jours dînant à la même table» mêlés dans la ihéme ^nversation générale ^ oblî» gés de se rencontrer à chaque moment de la journée, et de persister longtemps à se bouder : ce serait un supplice insupportable pour les deux parties*
Entre autres i^gles prescrites dans le code d'in-^ strudtions pour le président de la table, il faut en observer une asseï remarquable : il doit interdire tout suj^ de conversation ayant rapport à Cé&ok^ c'est-ÀMiire aux détails pratiques ou lieux omimuns du métier militaire^ La conversatien doit rester celle d*uji salon, comme il convient à des gentilshommes réunis, c'est-À-dire Mondaine oti littéraire, sur les arts ou Thistoire; c'est tout au pl«s si Ton peut effleurer le» grandes décries de la profettsioui. Il s'ensuit que chaque offîcier étudie pour briller à la massé, et pr^re souvent smi éloquence du jourv II s'ensuit ausû que chacun y gagne sous le ra^^rt du ton » de l'instimction et des manières. C'est une causerie du grand monde^ pleine de gaieté franche , piquante, spiritueUe^ animée.
Je fus immédiatement frappé du contraste 4e ces relatiofis presque fraaçaittes par l^r âisanee
-.fret leur boDb(Mni6, âveo celles de la aodéié mêlée que nous reneoBtrions dans le monde. Li je retrouvais tous les défauts du earactère national partout et toujours également détestable par sa vanité» sa roideur, son plat esclavage de la mode. Les qualités eitériourest les dehors physiques recevant et absorbant tous les hommages, tandis que Tesprit, le mérite ne peuvent s*y faire jour. Les jeunes gens traitent les vieillards sor le pied d*une égalité parfaite que tout le moude ap-* prouve; on justifie ainsi une présomption inouïe. Un polisson échappé du collège porte dans le monde Tassurance d'un homme s*il en a la taille. Ne lui demandez ni naturel pi modestie» il en serait honteux comme d'un aveu tacite dlnfériorite. Il ricane avec Fâge mûr et la vieillesse, et s*indigneraît de leur tutelle délicate et éclairée. Tous ces vices du tempérament national et de la société anglaise disparaissent au creuset mili^ taire. La camaraderie fait justice de la présomption, la vie intime bannit la morgue» Tesprit chevaleresque met un frein à Tinsolence. Ainsi constitué, avec des lois si sages» cb^quf f»orps< d*oiBciers forme une société d*élitfi^ école de mcQors et de talents, serre cbaod^ de vives et , tendres amitiés capables de résister aux assauts et aux orages du monde. C'est un système simple
dans son action, admirable dans ses résultais, auquel je ne trouve rien à comparer. Il n*en est plus de même quand nous venons à parler des rangs secondaires et des relations entre Tofficier et le soldat, c G*est un phénomème étrange dans 1 le monde moral, qu*une armée anglaise : la ma- » jorité, courageuse, violente et dédaignée, se » soumettant silencieusement à une faible mîno- 1 rite, qui semble prétendre à ne lui commander » que par la force (1).
Entre Tofficier et le soldat, il y a une démarcation terrible, un abîme infranchissable : Tofficier est un gentleman, le soldat ne Test pas ; Tua tient à Taristocratie, Tautre à la fange de la populace; Fun est le brahmane et Tautre le paria. Pas un mot de consolation, d'encouragement, d'intérêt ne s'échange entre ces deux classes, c Les » officiers s'étudient à paraître n'avoir rien de » commun avec les hommes auxquels ils com- » mandent. Ils les éloignent p^r une affectation » sans relâche de froideur cruelle, la plus insul- » tante que je connaisse, i Celte hauteur fait même partie de la discipline. J'ai vu un souslieutenant cassé par un conseil de guerre pour avoir invité et reçu deux sous-officiers à souper avec lui. /
(1) Jacquemont,
Un soldat ne doit jamais sous 4iucun prétexte adresser la parole à un officier ou s*entretenir avec lui que la main au shako, accodaplissant le salut militaire, ou debout à la position du soldat sans armes. De son côté, l'officier, quelle que soit son origine, quand même il se serait élevé des rangs (ce qui est extrêmement rare, car il n'y a que deux postes que le sous-officier puisse atteindre : celui d'adjudant,. c'est-à-dire lieutenant instructeur, ou de quartier-maître), l'officier, dis-je, ne peat un seul instant se départir de sa roideur avec un inférieur, pas même avec son frère, dans le cas que nous venons de supposer. Il serait réprimandé, puni, s'il lui serrait la main en public, s'il lui permettait le moindre témoignage de familiarité. Il s'ensuit que peu de sous-officiers désirent parvenir : ce titre de gentleman qui accompagne le grade d'officier leur est trop pesant; il leur faut renoncer à tous leurs anciens camarades, à leurs amitiés de caserne, et qu'obtiennent-ils en échange? une froide politesse de leurs associés aristocrates, qui froisse incessamment leur vanité et leur brise le cœur. S'approchent-ils d'un groupe animé où la conversation paraît gaie et spirituelle, où l'on rit aux éclats, à l'instant le sourire abandonne les lèvres, la conversation tombe, on essaye d'en recommencer une autre, plus à portée peut-
être de leur instruction, mais elle est froide, languissante, et le groupe finit bientôt par se dissoudre. Il n'est point dans le monde de gens dans une position plus fausse, plus isolée, plus malheureuse.
CaraeUreetpooHioii àa loldat daiigrarméeP9yaleapgliiîH(l)i système 4« recrutement, ^ J-e soldat anf^lais le mieux nourri, le n^ieux soigné, le mieux armé, le mieux discipliné dans le monde ; système d'avancement parmi les officiers ) solde des différents grades.
Ce qu'il y a de singulier , c'est que le soldat accepte sa position de paria sans un murmure et sans un regret. Non^seulement il ne s*en trouve pas humilié, mais il se battrait ayec un camarade qui l'accuserait de raffinement ou de vouloir faire le gentleman. Le soldat anglais est une béte brute et s'en glorifie, c'est Técume de la société, ce qui n*est pas étonnant d'après la manière dont il est
(1) On verra plus loin que le service dans Tlnde est fait par deux armées complètement distinctes, et soumises à des régimes tout à fait différents. L'une estParmée royale anglaise* Tautre Tarroée de la compagnie.
rooruté. Il en sera de même dans tout pnyi qui maintiendra nne armée permanente lana le régime de la conscription » et dont les lois n'appellent pas également tous iet eitoyfsns à la défense du territoire. Partent où le recrutement sera to^ lontaire, le besoin de sujets obligera de reeonrir à un système d'embauebage qui remplirai les cadres de tout ce qu'il y a de plus grossier, de plus vil et de plus corrompu dans ta population. Telle était U composition des armées de TEurope du temps des eompagnies franebes, véritables brigands soldés qui ravageaient le pays qnand on ne pouvait les employer au dehors» Ces e^oès ne se reproduisent pas d^ nos jours, en temps de paix, dans Ibb armées anglaises admirablement soldées, qui n'éprouvent jamais aucun besoin, et soumises à une discipline des plus sévères; mais sttivea-les dans une retraite, voyesrles après un assaut entrer dans une ville en vainqueurs, et les exploits de Giudad<- Rodrigo, de Badajô^ et de SaintrSébastien effaceront les brutalités et les orgies des bandes de Duguesclin et du Sanglier des Ardennes.
Un sergent suivi d'une couple de soldats, tout chamarrés de galons et de rubans, arrive dans un village; il s'enquiert des mauvais sujets, s'en fait désigner un, parvient à l'isoler et à l'entraîner
au cabaret. On lui parle d'une vie aisée, paresseuse» bien nourrie, aux frais de l*État; on le flatte, en cas de guerre, d'une perspective de butin, de pillage, de fiHes violées; on Tenivre peu à peu, et quand sa tète est échauffée, on lui propose de Tenrôler ; c'est à peine s'il comprend ce qu'on lui fait faire, mais on lui ofi're un schelling qu'il accepte; c'est le gage, les arrhes de son enrôlement; le marché se trouve ainsi conclu devant témoins et devient irrévocable; ce guet-apens le condamne à servir toute sa vie! L'orgie terminée, on le transporte ivre-mort au corps de garde, d'où il ne sort plus que pour joindre le dépôt où l'attend la férule du sergent instructeur. Le village est débarrassé d'un mauvais sujet et le pays compte un défenser de plus.
L'armée se trouve donc comme un port de sau^ vetage sur la route de Botany-Bay. D'enrôlements volontaii^es prdprements dits il n'y en a pas dix sur cent, et de ce nombre la moitié se compose des enfants de troupe; les neuf autres dixièmes sont amenés dans les rangs par la débauche, l'ivrognerie et la misère. Comment avec de pareils éléments est-on parvenu à former une machine si compacte, si réglée, si flexible? ce doit être un probSènie pour quiconque ne connaît pas le caractère anglais. Ce caractère explique tout : aucun
être n*a plus rinstinci de son bien-itre matériel qae FÂDglais et de Tayantage de Tordre poar en jouir. Le secret consiste ici en ce que le soldat est bien payé» bien nourri, bien vêtu, et que s'il marche de travers il a le choix d*étre fouetté, déporté ou pendu. Il est rare qu'il soit chassé du service, et ce n'est jamais que poar le crime de vol avec récidive; mais dans ce cas, sa paroisse n'est plus obligée de l'assister; il meurt de faim, se livre au brigandage et finit par se faire pendre. C'est le raisonnement, c'est un calcul, c'est son intérêt bien entendu qui finissent par faire du soldat anglais l'instrument le mieux discipliné et le plus obéissant dans le monde. Sa longue éducation sous les drapeaux devra aussi lui implanter à la fin des idées d'ordre, de justice, de religion (car on le conduit régulièrement au prêche chaque dimanche) ; et si dans sa vieillesse il retourne ^ dans son village avec sa pension d'invalide, ce sera avec des habitudes acquises d'une vie réglée et d'exactitude militaire. Mais ne lai parlez jamais d'honneur, ce n'est pas par un fil si délicat que vous le conduirez, il éclatera d'un rire brutal, et vous demandera un verre d'eau-de-vie : c'est, ditil, la seule récompense qu'il apprécie. Ne lui parlez pas même de gloire, il sait bien qu'elle ne descendra pas jusqu^à lui ; elle.est aristocrate dans
Tarmëa âDgltise el ne plaae qmê sar ka officiers fviipérieiirf*
Si nous comparons maintenaiit lo soldat d*iii« fanterie anglaise sous les armes, a?ee celui de tout autre pays, nous serons obligés de reoon* natlre son immense supériorité physique. G*est le mieux nourri, le mieux soigné, le mieux armé, le mieux exercé. Comparé au soldat français, sa taille moyenne est beaucoup supérieure, ses membres sont plus gros et plus forts, son poids est d'un tiers en sus, sa force est gigantesque et toujours en proportion de son poids.
Prenei au hasard sur une ligne d'avant-postes la première sentinelle française et la première sentinelle anglaise que tous rencontrèrent : supposes Tune et Tautre seus les mêmes conditions d'instruction, dix contre un à parier que vous ^ aurez les résultats suivants : le Français sera admirable de feu et de vivacité, sa physionomie pétillera d'intelligence» vous admireres sa taille souple et dégagée, son air éminemment martial, rehaussé peutrétre encore par une barbe et une moustache épaisses* L'autre sera \6 plus bel animal dans la création, il ne lui manquera que le feu de Prométhée pour illuminer cette superbe figure, quelques cheveux de plus pour diminuer la fadeur de cette peau blanche qui semble cacher
cks irniD^vra froides; ses AiMl>r66 soni €e«x é'nû géant ; fi'il panrienl à saisir son aigl« adfersaird^ il lyi fera subir U sort d^Antée, il râoaff^ra dsos ses brM Henreux. Je préférerais le premier peHfr assaillir une brèèhe ou pour la guerre de moiiiagnes^ partoul où il faudrait de Télan ; nais dans uoe lutte eu plaine» à la baïonnette, je préférerais, je creis, rinianterie aog^ise^ surtout an cem* mencemeut d*uiie eampagne*
Geue iuférierité tient à la misérable nourriture qu*ea domie à nos soldats, également insuffisante en quantité et en qualité. Quelle force peu¥ent4U tirer de cette soupe insipide et ndfée, oft viande et léguâies doirent être péchés en plengeam et rappellent tristement ce vers latin :
Rari naaks in gur^ ite v«8t0?
LeseUat anglais, au contraire, est nourri selon sa faim et en proportion de ses &ugues , de fitres sains ^ abondants et substantiels. Voici les règlements militaires à ce sujet; je me contenterai de les ciier c
c Les soldats casernes ou en quartier dans la Grande-Breti^ne recevront trois quarts de viande et une livre de pain par bomme et par jour, dont k prixeeca pajé au moyen d*ane retenue sur la aolde
journalière qui n'excédera pas 6 pence on 60 centimes, c'est-à-dire la moitié de la solde du plus simple soldat d'infanterie. Si le prix de ces deux denrées excédait cette somme, le surplus serait acquitté par l'État.
» Les troupes^n marche en Angleterre et logées dans les auberges , recevront chaque jour des aubergistes un repas chaud qui consistera en une livre et un quart de viande pesée avant la cuisson, une livre de pain , une livre de pommes de terre ou l'équivalent en légumes, deux pintes de petite bière avec le sel , le poivre et le vinaigre nécessaires. Cette dépense sera acquittée aux aubergistes d'après de certains tarifs, et les fonds seront remboursés aux régiments par l'État, i
Dans leurs campagnes en Europe, dans leurs marches et leurs campagnes dans l'Inde, la ration de pain et de viande est toujours la même. Ici le riz est substitué aux autres légumes, Teau-de-vie ou l'arack à la bière : mais, dans aucun cas, Von n'économise aux dépens de la vie ou de la santé du soldat, c La' nourriture est tout l'homme, i est un ancien adage dont le gouvernement anglais a eu la sagesse de profiter.
J'ai dit que le soldai anglais était le mieux soigné. Tout ceux qui se rappellent les campagnes d'Espagne du temps de l'empire ou qui voudront
comparer aujourd^hai les guerres d*Âlger et d'Afghanistan, n'auront qu'une voix pour confirmer ce que j'avance. Règle générale, on peut dire que le soldat anglais ne bi vaque jamais; je n'ai bivaqué dans l'Inde que trois fois, en vedette ou après une déroute. Il en était généralement de même dans les guerres d'Espagne ; il en est encore de même dans les armées de Caboul et de Gandahar. Une armée anglaise traîne toujours à sa suite un commissariat immense ; quelque argent qu'il en puisse coûter au gouvernement , les troupes ne doivent souffrir aucune privation. On verra toujours à leur suite un énorme matériel de campement pour protéger le soldat contre les intempéries de l'air, d'amples approvisionnements si le pays n'offre pas les ressources suffisantes, un enchaînement admirable d'hôpitaux et d'ambulances pour recueillir les malades et les blessés. Un général anglais, le duc de Wellington en est un exemple, s'inquiétera peu de la rapidité de ses mouvements pourvu qu'il amène son corps d'armée frais, sain et repu en présence de l'ennemi. Ceci est de plus d'importance pour une armée anglaise que pour toute autre. Que le soldat ait bien déjeuné ou bien dîné avant le premier coup de canon , et on peut s'en fier à lui pour le reste; il s'acquittera de son rôle comme un ouvrier auquel on a tracé son ouvrage