‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 104 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE CHAPITRE XVIÏ · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE CHAPITRE XVIÏ

bile d'environ quatre mille hommes, dont douze cents Européens prêts à se porter en avant partout où besoin sera. C'est cette petite colonne qui a décidé toutes les querelles sur le territoire de Madras depuis i8a5 ; c'est elle qui a dissous toutes les conspirations, réprimé tous les soulèvemens dans un rayon considérable, sur les territoires du Canara et du Maïssore et jusque dans celui de Bombay et tenu en échec les Mahratles et le Nizam. Enfin c'est encore elle aujourd'hui qui se porte en avant dans la présidence de Bombay pour remplacer les troupes employées dans le Scinde. Le service civil se compose : i^D'un collecteur aux appoinlemens de 65,ooo francs, chargé de la haute administration, des affaires politiques, des travaux publics , des finances , de la répartition des impôts et de la perception des revenus. Il passe sa vie sous la tente , changeant constamment de localité et visitant successivement toutes les parties de son département , jugeant , redressant , imposant , en un mot régnant dans toute son étendue.

2"^ De quatre adjoints au premier , aux appointemens de a5 à 3o,ooo francs, chargés spécialement de la justice de paix dans les campagnes et de l'enquête en première instance de toutes les affaires et discussions qui concernent le revenu. Ils doivent renvoyer ces affaires ainsi préparées au collecteur qui prononce en dernier ressort. A l'époque des récoltes, ils ont aussi chacun leur tournée à faire, mais, simples satellites de leur chef, ils se meuvent dans un orbite plus circonscrit.

3* D'un juge aux appointemens de 40,000 fr., qui

préside un tribunal de première instance civile et criminelle dont les membres sont des indigènes.

4" D'un greffier au traitement de a5,ooo fr.

Enfin la justice de paix dans l'intérieur des cantonnemens entre le militaire et les camp foUowers est attribuée, au-dessous de certaines sommes et de certaines pénalités, à l'officier chargé de l'intendance militaire.

Ma position d'interprète m' ayant souvent mis en contact avec les juges de ces différens ressorts , j'ai pu vérifier par moi-même la justice des nombreuses accusations d'indolence et de négligence dans leurs fonctions, portées contre ces messieurs. J'ai vu quelquefois jusqu^à six mille causes en arrière, et aucun des juges, à moins d'y avoir un intérêt personnel , n'aurait fait une course d'une demi-heure en palanquin pour s'assurer d'un fait discuté devant son tribunal, bien qu'il se fût passé à sa portée et quelle qu'en pût être l'importance pour les plaideurs. .Cette nonchalance est d'autant plus condamnable qu'il n'y a peut-être pas de pays au monde où la justice soit plus difficile à rendre , tout dépourvu qu'il est d'avocats pour embrouiller les causes. Il est impossible de croire à aucun témoignage, et le plaideur qui a le bon droit de son côté enrôlera presque autant de faux témoins que son adversaire. On serait tenté de condamner les deux parties aux dépens et de les punir Tune et l'autre. L'Indien semble prendre plaisir à défigurer la vérité la plus indifférente : l'exposer tout simplement lui paraîtrait un défaut d'imagination, une espèce d'incapacité; mais il ne ment ainsi que pour

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