CHAPITRÉ XXIII
Onerre de Coorg. — Desrription des Gbaites. — Premiers eombals. Confortable du service milliaire dans l^Inde. ^ La masse an camp.
Avant d'entrer dans les détails de cette courte campagne dont les résultats furent si avantageux pour lu Compagnie anglaise et où, en dépit de toutes les fautes qu'il était possible de commettre, un bonheur si obstiné s'attacha à ses armes, il serait bon d'apprc*cier exactement la situation des choses dans la présidence de Madras, les causes apparentes de la guerre et les forces mises en mouvement pour en assurer le succès.
Nous avons déjà dit qu'un levain toujours actif de fennentation et de haine contre les dominateurs étrangers et des souvenirs d'attachement patriotique pour la race déchue n'avaient jamais cessé d'exister dans le Maissore et ses dépendances. Ces sentimens prédomi-
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naient surtout dans cette partie du royaume qui longe la chaîne des Ghattes occidentaux. Nous avons vu que la désaffection qui s'était déjà révélée à Cuddapah par le massacre du collecteur avait en 1 833, un an seulement avant l'époque dont nous parlons, gagné même une portion des troupes indigènes en garnison à Bangalore ; une vaste conspiration avait été préparée, mûrie, découverte et arrêtée au moment de l'exécution. Il avait été facile de se saisir et de faire un exemple des chefs de ce mouvement qui se trouvaient dans les rangs de l'armée et n'avaient aucun refuge ailleurs. Mais grand nombre de conspirateurs isolés, travaillant dans l'ombre sous mille déguisemens divers, ayant leurs terriers dans le pays et une connaissance parfiaiite des localités, trouvaient toujours , en cas de poursuites trop vives après une tentative infructueuse , une retraite assurée dans les gorges impénétrables et les vastes forêts vierges de cette longue chaîne de montagnes qui longe la côte Malabar depuis le Cap Comorin jusqu'au Nerbuddah. Quelques portions de cette série appartenaient bien à la Compagnie, du moins nominalement, mais Inaction de la police toujours difficile à exercer vu la nature sauvage du pays et les préjugés des habilans, devenait nulle et impossible tant qu'un seul anneau lui échappait. Il devenait donc de premièw nécessité, pour la tranquillité du gouvernement, d'amener la chaîne tout entière sous son autorité directe afin qu'aucun obstacle ne limitât ou n'entravât sa surveillance. Mais la Compagnie se trouvait empêchée dans ce développement très désirable, par
PREMIERS PARTIE. — CHAPITRE XXm. 3
l'existence d*ui) petit état indépendant, envers lequel on se trouvait lié par le souvenir d'anciens services et qui situé entre les latitudes parallèles de Manga« lore et de Cannanore, occupait précisément toutes les plus hautes crêtes de la chaîne. C'était le petit royaume de Coorg (i) qui avait joué un rôle très important^ dans la catastrophe finale duMaïssore.Le rajah de ce pays, tributaire de Tippoo, avait trahi son maître en son plus grand besoin et embrassé l'alliance anglaise, espérant établir son indépendance sur le désastre du sultan; il avait ouvert ses défilés à l'armée de Bombay sous les ordres du général Stuart qui était venu s'y embusquer pour couper toute retraite à Tippoo sur ses provinces maritimes. Cette trahison fut fatale au malheureux prince qui , repoussé de ce côté et rejeté sur le plateau ouvert du Maïssore, ne vit plus d'autre parti à pt^ndre que de s'enterrer sous les ruines de S^ingapatam.
Le rajah fut récompensé comme il l'avait espéré, par l'érection de son fief en principauté indépendante, mais la punition, comme toujours, devait at* teindre sa race. Il avait laissé en mourant im fils et une fille : le fils, selon l'ordre naturel et la coutume du pays, devait hériter du trône. Il y monta effectivement sans aucun obstacle; mais la fille, mariée à un homme de quelque importance dans le pays, s'ensuit bientôt après sur le territoire de la Compagnie, et commença une série d'intrigues auprès du gouver* , nemenl de Madras, pour détourner la succession en
(0 Ce pays a soixante miHes de long sur soixante de large, et une surface de deux mille cent soixante-cinq milles carrés.
sa faveur. Entre autres accusations qu elle avançait conti*e son frère, elle prétendit qu'il la poursuivait d'un amour incestueux. La moralité de la Compagnie s'en émut ; elle fit des remontrances auxquelles le rajah répondit avec mépris. On pensa dès-lors sérieusement à l'avantage de s'emparer de son territoire et surtout de son trésor que Ton croyait très riche. Il ne manquait qu'un prétexte qui ne fut pas longà trouver. Effectivement, sur ces entrefaites^ une discussion s'éleva tout d'un coup entre le ministre du rajah et le chargé d'affaires anglais au Maîssore, au sujet de quelques réfugiés politiques, enti'e autres le fameux Coungol-Naig polygar de Terrykerry, qui avaient trouvé un asile dans les états de Coorg. Le résident anglais voulait exiger qu'on livrât les coupables à la vindicte anglaise ; mais les lois de l'honneur sont très sévères à cet égard chez les Indiens : tout prince qui violerait à ce point les droits de l'hospitalité perdrait moralement sa caste aux yeux de ses sujets. Le rajah et son ministre répondirent naturellement par im refus. Ce refus fut considéré comme une rébellion contre la suzeraineté de l'Angleterre et la guerre fut aussitôt déclarée.
Cependant le moment était mal choisi : on était déjà à la fin de février et la mousson, c'est-à-dire la saison pluvieuse, envahit toute la côte malabare dès la première quinzaine de mai. Dès le premier orage qui signale son arrivée, tout déploiement de troupes, tout mouvement militaire devient impossible. Ce n'est pas une de ces pluies bénignes que dispense notre ciel gris^ « à petit bniit tombant des