‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 150 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE. ^CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. ^CHAPITRE XXIV

queJques pages du roman que j'avais rêvé , mais triste comme la vie réelle. Je prétais aussi l'oreille aux quUvive des sentinelles ou aux sons rassurans et sonores du aWs tcell (tout va bien) qui retentissaient de quart d'heure en quart d'heure. Une ou deux fois l'approche d'un maraudeur ou d'iuie patrouille nous fit sauter sur nos pieds conune un seul homme. Mon sabre était attaché à mon poignet , et chacun avait saisi son mousquet par un mouvement instinctif; enfin, vers le matin, je succombai à tant de fatigues et m'endormis. Le soleil était levé depuis long-temps et commençait à nous bràler quand je fus réveillé par l'arrivée de la nouvelle garde qui venait nous relever. Tout mon monde était debout depuis long-temps , mais sans se livrer à la turbulence habituelle d'un corps-de-garde, et le brave Irlandais qui me servait d'oreiller n'avait osé bouger de peur d'interrompre mon sommeil. Pauvres gens! que de bonhomie^ de patience et d'attachement dans ces natures ignorantes et à moitié sauvages.

Je n'ai appuyé sur tous ces faits où j'ai été entraîné à parler de moi plus que je n'aurais voulu, que pour prouver d'une part mon entière impartialité; pour rendre la justice qui leur est due aux grandes qualités, à l'intrépidité, au dévoùment,»à l'inébranlable fermeté des troupes nationales de la Grande-Bretagne et pour en déduire d'autre part une conclusion désormais évidente, une solution incontestable de cette grande question d'avenir : Quelle est la valeur réelle des troupes indigènes dans l'armée anglo-indienne? Cette solution la voici : Dans les circonstances actuelles,

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ces troupes remplissent par&iteroent leur but qui est d'imposer par leur nombre et par leur tenue aui peuplades de l'Inde dont elles sont sorties, égale* ment timides, plus ignorantes et moins bien armées, privées d'ailleurs des avantages de la discipline et de chefs intelligens. — Dans les petites guerres de courses et d'escarmouches , celles qui se représentent le plus souvent , contre les fugitifs guérillas des montagnes, les bandes de Thugs etdePindarisqui infestent les plaines, ou les chétifs soulèvemens de la péninsule, ces troupes suffisent et suffiront toujours pour terminer toutes les questions à l'avantage de la Compagnie. Elles ont aussi cette utilité qu'en temps de paix elles épargnent aux troupes européennes toutes les fatigues, tout le frottement du service; ce sont les manœuvres, les ilotes, les bétes de somme de la véritable armée. Elles permettent de réserver pour les jours de bataille les soldats de la métropole , les seuls sur lesquels on puisse compter; elles fournissent tou* tes les corvées et tiennent garnison dans leâ parties malsaines du territoire; elles transportent le matériel, le trésor, les ambulances : ce sont les jambes de l'armée, tandis que les Européens sont les bras, la tête et le cœur. Un pareil résultat est déjà quelque chose. Mais quand les, Anglais ont voulu prétendre qu'ils avaient obtenu davantage, c'est une imposture (je ne dis pas un aveuglement) que le patriotisme seul peut feire excuser. Quand ils osent les comparer aux troupes {non britanniques) de l'Europe, ils rougissent eux-mêmes au fond de leur cœur d'un outrage H la vérité, aussi palpable et aussi prémédité, et les

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cipayes en somme totale sont méprisés de leurs propres officiers. Je ne nie pas quelques traits de bra^ Youre individuelle, il s'en trouvera partout, même chez des femmes; mais chez l'Indien, ce n'est jamais qu'une bravoure d'un jour, d'un moment. Sous l'œil de l'officier qui le connaît personnellement, le naik se battra pour devenir djemmadar, le (Ijemmadarpour devenir soubadar, le cipaye pour devenir naik; mais que l'officier vienne à périr, ce courage calculé, cesse aussitôt* Je dis qu'en face des plus mauvaises troupes du nord, les cipayes ne tiendraient pas un instant; ils supporteraient une fusillade, im siège, un bombardement, mais la baïou'^ nette jamais. S'il en fallait des preuves, je les trouverais sans remonter bien loin. Voici peut-être la plus remarquable :

Sous l'administration de sir Georges Barlow au mois d'août 1809, l'armée entière de Madras reçut de ses officiers anglais l'ordre de s'insurger pour rérsister aux vexations dont ce» messieurs croyaient avoir à se plaindre. Les cipayes de cette présidence, au nombre de 45,ooo hommes, massés en corps d'armée à Hyderabad* à Seringapatam, à Chitteldroug, se trouvaient commandés par leurs chefs les plus distingués dans toutes les armes, tels que le général Doveton, le colonel Bell de l'artillerie, le major de Havilland du génie et une infinité d'autres. 1 Is avaient conservé jusque dans cette insurrection contre le gouvernement tous les avantages de la plus parfaite discipline et de la plus admirable subordination vis-à-vis de leurs officiers, ne faisant dans le fait que leur obéir aveuglément sans

comprendre la question qui bouleversait la province; l'artillerie européenne et native se joignit presque tout entière aux insurgés. Et pourtant quels furent les résultats d'un mouvement si imposant et si unanime? Le gouverneur qui avait apprécié les cipayes à leur juste valeur, s'appuya sur les sept bataillons et les trois escadrons de l'armée royale qu'il avait à sa disposition et jeta son défi aux insurgés. Ces bataillons royaux étaient cependant isolés et éparpillés sur toute la surface du Dekhan , et néanmoins le succès justifia son audace. Les quarante-cinq mille cipayes réunis par masses vinrent se briser contre les cinq mille Européens dispersés. Après quelques combats qui coûtèrent la vie à un grand nombre d'indigènes et à quelques officiers anglais , quand un bataillon de cipayes en carré eût été sabré par les dragons et deux ou trois autres exterminés par les détachemens royaux , tout dut rentrer dans Tordre; il fallut avant un mois se soumettre sans condition; et le gouvernement se trouva tellement fort qu'il put amnistier les chefs de l'insurrection qui font encore en ce moment partie des cadres de l'armée. Selon l'expression anglaise ihese factê are stubbom thinffs. Ces faits sont des argumens entêtés, irrésistibles qui ne se laissent pas contredire. Ils sont authentiques, leur date est récente et ceux qui y ont figuré vivent encore. Arrière donc tous ces contes de Croquemitaine, ces insolentes fanfaronnades que l'Angleterre voudrait faire accepter au monde comme un épouvantail pour éloigner de nouveaux concurrens des bords de l'Indus ; et que les cipayes redescendent de-

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