PREMIÈRE PARTIE. ^ CHAPITRE XXVI
qui produisirent encore une somme assez considérable^ puisque je reçus deux ans après , pour ma part de prises, un dividende de 6,000 francs en proportion de mon grade, les capitaines recevant 10,000 et le général Lindsay i4o,ooo. Dans ces partages la part du simple soldat est considérée comme Tunité ; le caporal reçoit deux parts, le sergent quatre, le sergent-major huit, le sous-lieutenant seize, et ainsi de suite en remontant l'échelle des grades; mais la progression pour les officiers supérieurs n'est plus aussi régulière.
Quant au territoire, il fut réuni sans plus de formalités à celui de la Compagnie; mais comme on avait pu apprécier la bravoure et le savoir-faire de ces montagnards dans la guerre de guérillas, la politique conseillait de se les attacher. On y parvint en faisant spécialement en leur faveur une réduction considérable des impôts, et en les taxant seulement à la moitié de ce qu'ils payaient à leur souverain légitime , ou de ce que leurs voisins payaient à la Compagnie. De cette manière, ce petit peuple de bûcherons et de chasseurs, à mœurs fortement trempées, endurci à la fatigue et dont l'énergie aurait pu devenir dangereuse, trouva son intérêt matériel à passer sous la domination anglaise ; cette considération étant toujours décisive avec les races mercenaires de llnde , non-seulement on n'avait plus à craindre aucune insurrection en faveur de l'ancien état de choses, mais on était sûr que si le prince reparaissait , ses propres sujets prendraient les armes contre lui. On s'assurait aussi par cette disposition d'un point d'appui
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et d'une base d'opérations au centre de la région moqtagneuse toujours mal soumise aux Anglais, et à laquelle on n'avait pas accordé les mêmes avantages. C'était le système de Machiavel : Dividê et imptra.
Les résultats de cette politique habile dont tout le mérite doit revenir au colonel Fraser dépassèrent toutes les espérances ; et d'abord on put retirer immédiatement et impunément toutes les troupes du pays, à l'exception d'une demi-compagnie d'artillerie et d'un bataillon d'infanterie native pour servir de gendarmerie plutôt que de garnison.
Ces arrangemens terminés, la première chose a faire était d'expédier le plus vite possible rancien possesseur de ces domaines en lieu de sûreté, en attendant qu^on pût l'acheminer vers Benarès; la s^ oonde était de soustraire au plus tôt Farmée expéditionnaire à la mousson qui s'annonçait déjà par de fréquens orages. On s'occupa donc d'abord de la composition de l'escorte et il fut décidé que l'armée s'ébranlerait vers ses cantonnemens du moment que le prince aurait passé la frontière!
Il avait été généralement reconnu que le 55*" régiment de l'armée royale avait le plus souffert et jour le rôle le plus brillant dans la courte campagne que nous venons d'esquisaer. Cette considération lui valut l'honneur d'être choisi entre tous les autres pour escorter le Bajah comme prisonnier d'état depuis Mercara jusqu'à Bangalore d'où il devait être transféré plus tard à Madras et en dernier lieu au Bengale. £u outre du 55' qui était spécialement responsable de la personne du prince, la division d'escorte se compo-
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sait de deux régimens d'infanterie native et devait marcher sous les ordres du brigadier Stewart qui avait commandé durant les opérations la colonne du sud. — Le a4 avril était le jour fixé pour le départ, La personne du Rajah devait nous être remise à une heure après-midi et la colonne devait s ébranler à l'instant même. Par une exagération de discipline orr dinaire en pareil cas, trois quarts d'heure avant le moment indiqué nous étions déjà rangés en bataille et en costume de route devant la porte du château) mais une heure , deux heures , trois heures se pas* sèrent soua un soleil foudroyant, siins qu'aucun mou"> vement dans la cour du palais annonçât l'arrivée du prisonnier. Les soldats commençaient à murmurer, et les officiers eux-mêmes pouvaient à peine contenir leur impatience : on ne savait plus à quoi attribuer un retard qui pouvait devenir fatal à l'escorte^ car à chaque instant quelque individu tombait dans les rangs frappé d'apoplexie ou atteint d'un coup de so« leil, On sut enfin qu'une scène des plus déchirantes se passait dans F intérieur de cette demeure royale : le malheureux prince ne s'était rendu et n'avait or* donné à ses troupes victorieuses de nous livrer les passages qui conduisaient à sa capitale que dans l'espérance, on ajoutait même sous la promesse formelle, que ses erreurs seraient pardonnées et qu'on ne le dépouillerait pas entièrement de ses états. Il s'attendait bien qu'on ne lui laisserait qu'un vain simulacre de royauté comme on l'avait fait pour tant d'autres, mais au moins il respirerait encore l'air du pays natal, il vivrait entouré de ^u harem, il mourrait où ses
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ancêtres avaient vécu : sans cette condition, il aurait résisté jusqu'à la fin et c'en était fait de nous. Toutefois, sur quelque autorité qu'il eût basé son espérance, elle l'avait déçu : le gouverneur-général , lord William Bentinck, avait prononcé sa déchéance. La nouvelle ne lui en avait été communiquée que le jour même qui devait l'arracher à ses foyers; alors sa douleur , sa rage, ses regrets d'avoir cru à la générosité anglaise ne connurent plus de bornes : il se roulait dans des convulsions horribles, s' arrachant les cheveux, se tordant les msûns, déchirant ses vêtemens. Pendant long-temps il ne put se décider à mettre le pied dans le magnifique palanquin doré, dernier signe de sa puissance, qui devait le transporter à sa prison lointaine. Ses femmes au nombre de vingtcinq jetaient des cris déchirans et achevaient de bouleverser son âme en embrassant ses genoux, en lui prodiguant leurs caresses et en jurant de partager sa captivité.
Cependant les troupes et le plénipotentiaire s'impatientaient; on menaçait d'em(Uoyer la force. Le malheureux Rajah retrouva au dernier moment le sentiment de sa dignité : il ne devait point s'exposer au contact brutal de la soldatesque et prenant enfin sa résolution, il se jeta dans son palanquin où il s'enferma quelque temps pendant qu'on préparait le départ de ses femmes auxquelles on avait permis de le suivre. Leurs litières, au nombre de vingt-cinq furent ajoutées à l'ambulance et formèrent partie de l'arriéregarde dont on donna le commandement à un gros officier nommé Hay, que le Rajah avait spécialement