‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 208 sur 268 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE V. aiiS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE V. aiiS

nent quelquefois les empires sur le bord de l'abîme : je veux parler d'Hira-Sing, fils de Dhyan. Ses talens sont du premier ordre et il est digne à tous égards de succéder à la position de son père ; mais il n'a que vingt-cinq ans, et il peut trouver des obstacles insurmontables dans des rivalités d'ambition de la part de ses oncles. L'avenir de l'empire des Sikhs dépend donc de ce triumvirat et il ne sera pas sans intérêt pour le lecteur d'avoir une idée exacte des personnages qui le composent.

Voici leurs portraits assez ressemblans : ils m'ont été fournis par un Anglais qui avait vécu quelque temps dans leur intimité.

i"" Goolab-Singy frère aîné de Dhyan, est un homme d'un tempérament lourd, au front et au regard sinistre, possédant toute la bravoure chevaleresque de l'ancien ministre, mais dépourvu de ses talens. Il serait toutà-fait nul s'il n'était persévérant et obstiné. Il a le faible de tous les Sikhs, celui d'aimer à se couvrir de bijoux de mauvais goût. Ses manières vis-à-vis des Européens sont excessivement réservées: il semble les voir d'un œil de haine et de jalousie. Sa cruauté lui a valu une triste célébrité ; mais dans sa position et avec son énergie il ne peut manquer d'exercer une grande influence bonne ou mauvaise sur les destinées du Punjab.

a«» Soucheyt-Sing, deuxième frère de Dhyan, n'était connu que par son faste et le luxe de sa toilette. Le soin de son costume semblait l'affaire la plus importante de sa vie; cependant sa vanité pourrait mûrir et s'élever jusqu'à Tambition. Il est d'une superbe fi-

guremaisqui n'antiôtice point d'intelligenceietil est impossible de juger de ses moyens par ses dis* courS) attendu qu'il bégaie au point d'en être presque fnaet.

Eh6n le dernier et le pliis important de ces persoti* nages (pst !iira*Sing fils de Dhyah et neveu des pi*cédetts. De figure il ressemble singulièrement à son père, mais en diffère complètement pour l« manières , le ton et le costume. Il faut lui reconnaître une intelligence supérieure. Sous des dehors affecta de frivolité et de pétulance i! cache une singulière finesiie et une grande aptitude aux affaires. L*étoû^ derie étudiée de son langage et la botthomie apparente de 6^ ïnôeurs lui permettent de dire bien des choses d'une haute portée sOus un air d'inso\!iciance. Aprà cela saura-t-îl à vingt-cinq ans lutter avec les difficu^ tés qui l'entourent? suffira-t-il aui besoins de l'époque? C'est plus que nous ne saurions affirmer: ce sont detix questions que le temps seul pourra pJ* sôudre ; mais i^ott père et même Runjtt*-$ing comp* taient beaucoup sur lui et il a été élevé de bonne heure sous les plus habiles maîtres de TOrient en fcit de diplomatie.

On me demalidera peut-être si les Anglais lui pe^ mettront de consolider son influence? Je répondrai: oui, sHI veut accepter leur protection. Je crois <j«e ïi ks Sikhs parvenaieïit à s'acconder entre eut pour choisir un gom'^mement quelconque qui se subo^ donnât au système politique et militaire de la Compagnie, die hésiteraitquant à présent à s'engager dans nne nouvelle gueme pour le renvrt^er. A toutévénemeïïf,

DBUXIÊBIE PAETIE.— CHAPITRE Y. aa?

ce n'test pas dam Pintérèt de la pcdssance anglaise de reculer d'ici à bien des années sa frontière jusqu'à llndus supérieur : ce serait créer de nouveaux points de contact avec les Affghans et risquer de se voir entraîner avec ces peuples gucrrriers à de nouveaux conflits dans lesquels on n'aurait rien à gagner et tout à perdre. Si Hira-Sing parvenait donc à s'entendre avec sa famille et à échapper à une soldatesque qui rappelle par ses émeutes et ses masMcres périodiques les excès de la garde prétorienne) il ne serait pas impossible de voir se reconstituer l'empire de Runjit- Sing moins son indépendance , c'est-à-dire sous la «uerakieté de la Compagnie et avec une force subsidiaire.

Si enfio l'on me proposait cette dernière question : Dans le cas où l'An^terre voudrait ajouler le Punjab à ses domaines, Tarmée sikhe est «die capable de défendre ses foyers? Je r^|M>ndrais à l'instant : oertai* nement non , i "" parce que c'est une «miée indienne; a° parce que cette armée n'a qu'un très petit nombre d'officiers européens qui passeraient immédiatement aux Anglais; 3*" et enfin parce que son ébauche de discipline à la française, loin d'être un avantage^ ne ferait que livrer en un monstent sur un petit espace toutes les ressources militaires du pays à la supério* rite numérique des eonquérans. Du moment que le Puniab sera attaqué par l'Angleterre il est perdu ; son existence sera terminée en une seule batuile qui ne durera pas une heure.

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