DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE V. aa i
le général Ventura sollicita de Shere^ing la permission de l'entretenir en particulier. Le Maha-Bajah lui ayant accordé cette faveur, le général avertit le prince que les sirdars Dhyan-Sing j Soucheyt-Sing , Hira* Sing j Ajit-Sing conspiraient contre Sa Majesté et s'étaient réunis la veille secrètement dans la maison de la mère de Dhulip-Sing, où ils étaient restés en consultation pendant trois heures ; que leur intention était d'assassiner Sa Majesté et de lui substituer l'enfant Dhulip-Sing qu'ils avaient fait revenir dans ce but; enfin que Goolab-Sing, le frère aine du ministre, préparait une armée à Jumboo pour appuyer les conspirateurs. Ventura suppliait le Maha-Rajah de s'entourer de toutes les précautions possibles. Shere- Sing remercia le général, mais lui dit qu'il ne pouvait croire à cette accusation contre un ministre à qui il était exclus^ivement redevable de son élévation. Cependant, le 8 septembre Rajah Goolab-Sing arriva à Lahore et se présenta le même jour au Durbar où il offrit le présent ordinaire vingt-cinq onces d'or. Shere-Sing le reçut avec bonté, tout en lui disant qu*on l'accusait de conspirer. Il lui demanda de lui donner sa parole par serment qu'il ne tramait aucun complot contre sa personne. Goolab-Sing répondit qu'il prêterait le serment demandé dans un jour ou deux, quand il saurait ce qui se passait à Lahore et si son frère était content, mais s'en excusa pour le moment. Cette réponse alarma le Maha-Rajah qui envoya dire au général Ventura de tenir tous ses régimens sous les armes et prêts à combattre d'un instant à l'autre. Le même jour Goolab-Sing quitta
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Lahore et retourna au cheMieu de son gouverne* ment.
Le to septembre, nouvelle séance au conseil d'état ïje Maha*Rajah prit à part les Rajah Dhyan-Sing et Bira-Sing et leur ayant assuré qu'il n'avait point oublié que c'était à eux qu'il devait son élévation , leur demanda pourquoi ils conspiraient et ce qu'ils lui voulaient. Us placèrent tous deux leurs mains sur la tête de Shere-Singet jurèrent qu'ils étaient et seraient toujours ses fidèles serviteurs et ajoutèrent ces paro* les : « Maha-Rajah ne craignes rien de nous et ne vous défiez point d* Ajit-^ing, nous répondons de lui. »
Le 1 3 septembre, le général Ventura se présente en* Core à l'audience ; il supplie encore une fois Sa Majesté de se tenir en garde contre une conspiration touteprét^ à éclater.
Le i4 septembre le ministre parvient cependant à persuader à Shere^ing de passer en revue le jour suivant le corps d'armée d'Ajit'-Sing. C'est, dit-il, Té^ poque du Dusserah et la coutume exige que le «souverain fas^e l'inspection de toutes les troupes dans un rayon donné autour de la capitale. Y manquer serait une preuve de défiance qui pourrait aigrir les esprits.
Le i5 septembre Shere-Sing sort donc à cheval pour se rendre à cette revue. A son arrivée devant la division de cavalerie commandée par Ajit-Sing, celui-ci s'avance vers Sa Majesté et lui présente comme tm nezzar (cadeau d'hommage), une superbe carabine anglaise. Au moment où le Maha-Rajah tend la main pour la recevoir , elle lui est déchargée dan» la této par \c donateur. L'escorte du monarque, quoi-
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que peu nombreuse, est commandée par Ventura qui songe un instant à arrêter le meurtrier ; mais les troupes de celui-ci ouvrent aussitôt leur feu sur l'entourage du général. Deux cents personnes sont tuées ou blessées, le reste se disperse et Ventura lui-même n'é* chappe que par un miracle.
Ajit-Sing tranche aussitôt la tête de sa victime et la fait placer au bout d'une pique, puis marche rapidement sur le fort de Lahore où l'on ne s'attend à aucune attaque. Sur sa route il rencontre Pertâb-Sing, un beau jeune homme de quatorze an^ , fils du roi défunt, qui s'avançait au-devant de son père. Ajit* Sing attaque et met en fuite la faible escorte qui accompagne le jeune prince , s'empare de sa personne et après s'être fait un jeu de sa douleur en lui montrant la tête de son père, l'égorgé à son tour.
La bande féroce, entrant sans obstacle dans le fort de Lahore , envahit après cela les appartemens des femmes qui sont massacrées ou préviennent leurs meurtriers en se donnant la mort. Un dernier enfant de Shere-Sing, né de la veille , est foulé aux pieds et écrasé.
Après s'être ainsi assuré qu'il ne restait plus aucun rejeton de la famille du dernier roi , Ajit-Sing songea à s*entendre avec le ministre pour le partage du pouvoir. Comme le plus proche parent et l'héritier collatéral deRunjit-Sing, il réclamait la couronne et ne voulait voir dans Dhyan-Sing que le premier de ses sujets. Désirant vider cette question le plus tôt possible , il se mit aussitôt à chercher le ministre et le rencontra hors de la ville , précisément comme il
aai L'INOE ANGLAISE EN 1843.
venait à lui dans sa voiture. Ajit-Sing y monte , s y place à côté de lui et lui raconte ce qu'il vient de faire. Dbyan-Sing lui annonce alors que la couronne appartient de droit à l'enfant Dhulip-Sing adopté par Runjit, pour lequel il la conservera. Ajit-Sing furieux le tue d'un coup de pistolet et envoie sa tête en signe de défi à Hira-Sing et à Soocheyt-Sing, fils et frère du ministre, dont les corps d'armée sont campés en dehors de la ville.
Ceux-ci appellent à eux le général Ventura et tous trois réunis viennent mettre le siège devant le fort de Lahore où Ajit s'est réfugié. Le même soir Ventura brûlant de venger le maître qu'il n'avait pu sauver, fait ouvrir le feu d'une batterie à quelques mètres du rempart. Dès le lendemain la brèche est praticable: on donne l'assaut; Ajit et ses partisans sont pris et décapités. L'enfant Dhulip-Sing est installé sur le trône ; Hira-Sing et son oncle Soccheyt se partagent le pouvoir, et Ventura est nommé général en chef.
Voilà où en étaient les choses au 1 6 octobre i843. Reste à savoir maintenant si cette série de massacres est enfin terminée. Les deux frères et le fils de Dhyan- Sing restent seuls, il est vrai, sur le champ de bataille; mais leurs propres querelles vont maintenant comioencer; et il suffira d'une nouvelle convulsion pour jeter le Punjab sans vie politique aux pieds de l'Angle terre. Voilà sans doute la solution qui nous parait la plus probable; toutefois ce beau pays conserve encore une dernière chance de salut, dans son dernier champion, une de ces organisations puissantes qui retien-