DEUXIÈME PARTIE.— CHAPITRE VII
chots OU au sommet des pics couronnés de fortifications, mangent le pain amer du prisonnier. Leur nombre est immense, inconnu^ incroyable! Je ne parlerai ici que des derniers incarcérés , les Amîrs du Scinde, dont la courte histoire qui vient de se développer sous nos yeux a quelque chose de trop remarquable pour la laisser passer inaperçue. Ce qui la rend surtout intéressante, c*est d*abord l'innocence des victimes, mais plus encore le résumé bizarre qu'elle offre de l'histoire générale des empiétemens (le la puissance anglaise dans l'Inde. Nous la recommandons à toute l'attention de nos lecteurs.
Il y aura bientôt douze ans qu*un voyageur anglais arrivait dans le pays du Scinde. C'était le premier; il fiit accueilli avec hospitalité et comblé de présens. Cet étranger , Alexandre Burns , doué d'une rare intelligence et d'une politesse exquise, avec les manières les plus insinuantes et les plus gracieuses , savait discourir éloquemment sur les profits du commerce , sur les avantages de l'association en fait d'entreprise et d'industrie, et surtout sur l'utilité d^un traita d'alliance avec l'Angleterre. Les peuples étaient gouvernés par une aristocratie simple et naïve qui l'écouta avec bonhomie et lui donna toute sa confiance. Les états du Scinde et la Compagnie se vouèrent une éternelle amitié et s'engagèrent « de génération en génération à ne jamais regarder d'un œil de convoitise leurs possessions réciproques. )• From génération ta gêneration never to look with the eye of cùvetousness on the possesêions ofeach otRer (expressions du premier traité). Ce traité admît bientôt une clause addition-
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nelle : les Âmirs accorderont à toute espèce de marchandises anglaises le transit et la libre circulation dans leur pays, avec cette seule réserve quon ne pourra se servir du cours de Tlndus pour introduire dans cet état ni munition de guerre ni bâtiment armé. Thai the jimeers shall allow goods to pass ta and fro through Scinde j provided however that no military stores or armed veesels shall corne hy the saii river. (Modification au premier traité.)
Quelques mois étaient à peine écoulés que les Amirs se trouvèrent embrouillés y personne n'a su comment et ils ne l'ont jamais su eux-mêmes, dans une querelle avec Runjit-Sing. La Compagnie aussitôt de leur offrir sa protection qu'elle ne manqua pas de leur vendre à son prix ordinaire, savoir: l'admission d'un Résident britannique dans leur capitale (Hyderabad sur rindus),avec toute liberté de mouvement pour ce chargé d'affaires et telle escorte qu'il pourrait paraître nécessaire à la dignité de son gouvernement de maintenir auprès de lui, As a pria of British interposition they must accept a British Résident at Hyderabad with free power of motion and such an escort as may be deemed suitable to hit yovetnment. (Deuxième traité qui semblerait suffisamment élastique.)
Quelques mois plus tard, il plaisait pourtant à l'Angleterre d'avoir des idées nouvelles en fait de politique, de grandes idées que des considérations aussi mesquines que des traités et des dettes de loyauté et de reconnaissance ne devaient point arrêter dans leur développement. Lord Auckland vetU que Shah-
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Soujah remonte sur le trône d^Affglianistan^ et il ordonne au susdit chargé d'affaires dans le pays (lu Scinde de déclarer péremptoirement aux Amirs , qu'à cet effet on occupera temporairement une partie considérable de leur territoire, et que l'article du traité primitif conclu avec eux, interdisant l'usage de rindus pour le transport du matériel de guerre, demeurera nécessairement abrogé jusqu'à nouvel ordre. The said Résident shall peremptority inform the Ameers that for ihat purpose temporary occupation must be iaken of great part of their territory , and ihat the article of the treaty u>ith them prohibitory ofuaing the Indues for the conveyance ofmilitary stO' res must necessarily be suspended. (Première infraction aux traités.)
Mais ce coup n'aurait été que rude et brutal, le résultat du contact ordinaire du plus fort avec le plus faible, il fallait laisser apercevoir la griffe du tigre et faire bravade de la perfidie de l'intention ; on ajouta à cette sommation un avis (a hint) que les peuples de l'Inde prirent d'abord pour une mauvaise plaisanterie , tant il était insolent et déloyal. Il était exprimé ainsi : Les Amîrs du Scinde feront sagement de ne pas perdre de temps à entrer en arrangemens avec le Shah-Soujah , l'auguste protégé du gouvernement britannique, pour liquider certaines réclamations que ce monarque comme leur suzerain, dès qu'il sera réintégré par nos armes , ne manquera pas de leur faire pour des arriérés de tribut. Le gouverneur général n'a pas encore déterminé le montant exact des sommes que le Shah-Soujah pourra avec justice exiger des Âmirs ,
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mais le minimum ne saurait être moins de lo lacs de roupies (5 millions de francs). Tkey had better Ioh no time in compromiêing a daim whieh our protégéj Vfhên fhuê restared by our arms y iâ to enforee upon iheir eountry. I%e yovêfjîor gênerai has not yei determined ihe amount whieh ihe Ameers may be fairl) eaUed upon io pay, but ihe minimum may eertainif be taken ai ao lace of rupies. (Dépêches officielles de lord A^uckland, page 9.) On observera qu'il y avait vingt-cinq ans que Shah-Soujah avait été expulsé du trône. Jamais bandit de grand chemin n*a dépouillé sa vicfime avec plus de facétie !
« L'impression déjà universellement reçue à cette « époque, dit sir Henry Pottinger, parmi les popua lations du Scinde , de la déloyauté et de Tinsatiable « avidité de notre politique ne devait pas être affai- « blie par cette manière sommaire d'en agir avec c les traités et nos alliés, surtout quand notre chargé « d'affaires y ajoutait au nom de notre gouvernece ment cette menace si claire, si pleine de sens: <v que, dans le cas où les Amirs songeraient à former a quelque alliance étrangère, nous avions le pouvoir « de les écraser et de les annihiler, et que nous n'hé- 9 siterions pas à user de ce pouvoir du moment que «t nous en verrions le plus petit motif, médiat ou im- •c médiat, pour l'intégrité ou la sûreté de notre empire « et de ses frontières. We had the ready power to c erush and annihilate them andwould not hesiiatt « to eall it into action shouli it appear requisite, « hoteeperremotely, for either the iniegrity or safeig c< of our empire and its frontière.
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a Les AmirS) essayèrent bien quelques remontrana ces, nous y répondîmes par l'argument du plus a fort êie voloy stcjubeoy sit pro rationé voluntas. a Nous occupâmes leur territoire; en persuadant les a uns et effrayant les autres, nous leur fîmes signer « sous les baïonnettes mêmes de nos troupes un nou- « veau traité (le troisième) qui les entourait de nou- « velles embûches et les soumettait à de nouvelles « humiliations. i>
Dès-lors nul doute que les Amîrs commencèrent à intriguer pour échapper à un envahissement aussi rapide et aussi brutal : c'était dans la nature humaine et dans la nature des choses; qui ne Teût pas fait à leur place? Ce qu'il y a d'extraordinaire , c'est qu'ils se laissèrent devancer dans ce mouvement par leurs peuple plus impatiens qu'eux-mêmes de l'insolence de l'étranger, et qu'ils cherchèrent plutôt à arrêter ou à comprimer l'élan qu'à l'encourager. Le chef de l'aristocratie régnante, Mir-Roustum-Khan, était un pauvre vieillard qui dès l'origine des rela* tions politiques entre le Scinde et la Compagnie n'avait pas cessé d'être le ferme partisan des Anglais. Son amitié très peu d'années auparavant leur avait rendu d'éminens services; mais affaibli par l'âge ce n'était plus qu'un mannequin entre les mains d'un ministre ambitieux ou patriote. Au moment le plus désastreux de la retraite d'Affghanistan une procla* mation revêtue du sceau de FAmir, probablement à son insu et appelant les peuples du Scinde à l'in* snrrection, tombe entre les mains du chargé d'afifaires. Ceat sur le vieux chef que descend la première ven-
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geance du gouvernement britannique : sir Charles Napier s'avance à la tête d'une année et le dépose pour mettre à sa place un intrigant qui vend son pays aux Anglais par un nouveau traité (le quatrième).
Les autres Amirs auraient volontiers fait tous les sacrifices d'argent qu'on aurait pu leur imposer, mais il leur sembla qu'ils se déshonoreraient s'ils donnaient leur assentiment à la déposition de Roustum et à l'abandon du territoire national : ils s'y refusèrent. Leur opposition fut méprisée , et la Compagnie entra en possession des territoires nouvellement concédés. Il parait pourtant que les chefs ne comptaient faire aucune résistance, mais le peuple ne voulut point être complice de cette inertie. Les guerriers qu'ils avaient rassemblés autour d'eux dans leurs jours de prospérité, bandes sauvages et quelque peu pillardes sans doute, mais hardies et indépendantes dans leur rude patriotisme, étaient préparés à mourir pour leur sol. Us ne voulurent rien entendre des accusations que la Compagnie pouvait avoir à formuler contre leurs princes. Ils savaient que le pays leur appartenait à eux-mêmes et à leurs chefs, et pour leurs chefs et pour eux-mêmes ils étaient décidés à le garder. Ils l'essayèrent et succombèrent; la discipline européenne devait triompher de leur bravoure. La bataille de Mianie termina dans des flots de sang cette douloureuse histoire. Le pied victorieux de l'Angleterre pèse de tout son poids sur un peuple écrasé et palpitant et les souverains déchus, innocens ou coupables, ont échangé ces palais où Bums avait trouvé une si touchante hospitalité contre une captivité per-
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pétuelledans les casemates étouffaiites des donjons de THindoustan.
Il n'est point douteux que dans un temps plus ou moins long, mais qui ne saurait é(re éloigné pour la plupart y ceux des princes hindous ou musulmans qui ont conservé quelque indépendance , c'est-à-dire que nous avons rangés dans les trois premières classes, descendront successivement dans la dernière , dans la catégorie des pensionnaires; et nous sommes loin de contester que les populations aujourd'hui soumises à leur administration ( telle qu^on la leur a tra^ciê) gagneront en général à passer sous la domination directe du gouvernement anglais. Tout fait même présumer que c si quelque cause extérieure ne vient c pas troubler les habitudes de soumission auxquelles « rinde est déjà façonnée envers sa superbe protec- «trice, ces grands changemens s'opéreront sans se- « cousse ( I ) ; » les élémens aujourd'hui en fusion pourront alors se consolider et donneront, peut-être dans un siècle, à l'empire hindou britannique le caractère d'unité et de consistance politique qui lui manque encore.
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