‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 226 sur 268 · DÉPENSES · texte numérisé non relu

DÉPENSES

Cest-à-dire qu'en 1 83o le chiffre des dépenses atteignait a4o millions, et l'armée forte d'environ deux cent vingt-quatre mille hommes comptait dix-sept mille Européens de moins qu en iS^^i. Le budget de la guerre dans Tlnde anglaise, pour cette dernière année , a donc dû dépasser 34o millions de francs. Encore faut-il observer que ne sont point comprises dans ce chiffre les dépenses de la guerre de Qrine, guerre qui ne concernait que la métropole, et dont les frais sont restés exclusivement à sa charge. Ainsi , la solde et l'entretien des cinq régimens européens et des trois bataillons de la Compagnie employés contre

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Canton et Nankin ont été remboursés à la Cour des dtf^ectears en Angleterre.

Oo conçoit que les finances de l'Inde, quelles que fussent leurs ressources, ne serai<»it pas en mesure de supporter long-temps de pareilles d^>enses. Aussi, la paix étant rétablie, ks réductions sont à Tordre du jour.

Ofaservcms que c'est encore par les indigènes qu'on a comnaencé : d'abord par le contingent du Sl^b- Soujah qu''on a réduit è un seul régiment appelé de Kheiai-^'ghUjie. Puis les sept régimens créés en i Jt/f^, et désignés ainsi : Pravisi^nai lighi infanêry iataU' kns^ ontiié dissous à leur tour. Enfin on a retranché des cent cÊnquainle-deux régimens la lo* compagnie ajoulée à la même époque : ce qui fait déjà , pour 1 843» une réduction sur les indigènes ^ de cinquante-cinq mille deuxeent cinquante<inq hommes, tandis qu'on n'a encore renvoyé en Angleterre que trois régimens européens , réduction de trois mille trois cents hommes, et ii est probaUe qu'on s'en tiendra là.

Mous en avons assez dit, ce me semble, sur le chiffre et le dénombrement de l'armée anglo-indienne. Examinons maintenant son organisation et ses qualités.

Dans le cours de mon journal , j'ai eu occasion 4^ m'étendne assez longuement sur la partie européenne de cette armée pour n'avoir jJits besoin d'y revenir. On a vu que j'accordais sans hésiter la palme à fin- Canterîe anglaise^ comme à la première dans le vMnde fÊtur h Jour du combat. Du reste, elle marche mal, et ses besoins , tant réds que factices, lui enlèvent mie grande partie de son élasticité, de sa mobilité, et

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rendent son entretien ruineux. On a vu que j'attribuais sa supériorité sur un champ de bataille ionné^ à la perfection de son armement, à la sévérité de sa discipline , aux soins prodigués à son instruction militaire, à la beauté physique et au développement musculaire qu'elle doit en partie au climat natal, mais principalement à une alimentation plus généreuse ; enfin, et avant toute autre cause, à l'énorme proportion de vétérans que l'on trouve toujours dans ses rangs , formant souvent les deux tiers des cadres , résultat de son système particulier de recrutement où les enrôlemens sont pour la vie.

J'ai dit que j'étais loin d'avoir une opinion aussi favorable de sa cavalerie (tant européenne qu'indigène, pour des raisons tout-à-fait diverses), en exprimant toutefois mon admiration pour les escadrons irréguliers connus sous le nom de Skinner's horse.

Je ne reviendrai pas non plus sur l'artillerie européenne et native de la Compagnie, dont j'ai parlé fort au long dans une autre partie de cet ouvrage. Ce n'est que sur le soldat indigène en général , surtout celui de l'infanterie , le cipaye proprement dit, que je crois devoir revenir encore une fois, pour le faire descendre du piédestal où on l'a placé , pour porter un dernier coup à la réputation usurpée que les Anglais avaient un intérêt puissant à lui faire, comme un fantôme qui devait en imposer au monde , comnie un épouvantail pour protéger leur conquête, comme le dragon de leur jardin des Hespérides; je veux faire enfin luire la vérité au milieu de l'imposture* Qu'on ne croie pas cependant que c'est un

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libelle contre l'armée indigène que je me propose d'écrire. En parlant de son organisation et de son moral , je mettrai en regard ses vertus et ses imperfections ; je ferai ressortir tout à-la-fois sur le même plan 9 sa douceur^ sa discipline j sa résignation et sa pusillanimité; car j'ai promis de dire la vérité tout entière.

Le cipaye est bien payé; il reçoit en garnison 17 francs, et en marche, environ ai francs par mois, dont il peut économiser la moitié. Cette économie est suffisante pour nourrir une famille de cinq ou six personnes.

En santé, rien ne manque à son comfort matériel et à son bien-être moral ; malade , le cipaye trouve dans les hôpitaux régimentaires des secours prompts et efficaces, et quand Tàge, les infirmités ou les blessures le décident à prendre sa retraite, cette retraite est entourée d'aisance, de considération et de respect.

Le gouvernement anglais a institué deux ordres du mérite mihtaire destinés à récompenser les longs et fidèles services ou les actions d'éclat des officiers, sous-officiers et soldats des troupes indigènes. Ces ordres portent le nom d' Ordre du mérité et Ordre de l'Inde anglaise ( 1 ). Une pension , proportionnée aux services est toujours attachée à l'un et à l'autre.

Le cipaye est soumis à une discipline indulgente qui convient à sa nature douce, grave , régulière et sobre. 11 ne boit que de l'eau, il ne se plaît qu'aux occupations sédentaires , aux récits des conteurs d'his-

(i) Les premières décorations de Tordre de l*Inde anglaise ont été ac* cordées en 18 38.

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toire, auxchafit» des bajFtdères ou aux MÉditattoH sérieuse» que lui îu^ire le murawie de son ImniUl SîX s'éloigne du camp oe n'est que pour ses sUih lioAs; il sérail superflu de Teatourer comme VEnro* péea de^ restrictions sévères, de liuûles ngonreusci. Ou n'exige de hù que l'adreflae dans le mamement de ses armes où il excelle bientôt , Tintelligence des na- Bœuvres(|u'il acquiert eomne par instiitct; ime partie de k n^linée f depuis cinq heure» du rcaJàm juiqu'à huit heures, lui suffit pour cette étude. Tout k reste du jour, s il n'est point spécialeiMot de gnde eo de service 9 lui appartient; il est libre d'endiapettr et il n'abusera point de ce loisir. C'est f armée la plus agréable à commander tant qu'eUe est dans ses garaisons. Il n'est point de troupeau humain plus bcJk à conduire y de petite monarchie plus aisée à gota^eroer qu'un re^ment indigène. Si par hasard on soldatdoit passer devant un conseil de guerre ^ ce sera probabfemen t pour s'être aidormi à soa poste; ou bîeo il aara convoité la femme de s<m camarade, seule cause de querelle entrele»cipaye».Ce sont des enians et de bess en£ams> pour la simplicité , la naïveté, la douceur inoffensive obligeans et affectionnés pour leur» cfaefe des qu ils rencontrant en eux la mcnndre bonhoBiîe ; d'ailleurs convaincus de Timmense supériorité de ceux-ci en science , en force physique^ aa courage, en nue, même en magie, car ils leur attribuait jusqu'à k sorcellerie.

L«eur instruction militaire, oonnie nous l'avam dit, est bientôt complète; l'équipement est parËût, l'armement admirable. Au reste le matériel de guerre

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dans toute armée wgkiise e$k. toujours siiperbe : de^ puis la carabine oa lefusU léger jusqu'au canon ^de«puisr b giberne jusqu'au caisaou^ chaque arme, chaque secliorii^ chaque divisiou peut servir de iBodèle à toutes les armées du uioude.

Eu résumé^ l'armée indienne avec son orgauîsatiun acioelle est use de» armées les plu» beUet^ les mieuji à^ipée& et k» mieux disciplioéea dans le monde

Quant à la fecilité de la recruter, elle esX pradir gieuse^ elle est sans licoitea» S'il allait un million d'hommes ^ on Iss aurait eu si^ moi» sans enrolemem forcé : îl sttfËrait de iaire un appel à son de caisse dans les bazars. Ciiaqiie carreCour, chaque car»* vansérail , chaque masure abandonnée où la misère peut trourer un abri produirait son contingent de san»-culotteSf d'oumeidwars (hommes d'espérance , comme on les appelle par une amère ironie) ^ pauvres diables qui ayant tout perdu jusqu'aux instrumens du travail ^ laboureur», tisserands» artisans s^nas ouvi:age s'accroupissent sur la vote puUique, attendant 1 occasion de gagner le pain du jour pour eux-mémc» et qudquelois pour leurs famiUes cachées dans le voisinage. Voilà des. volontaires qui demanderont k genoux la permission de servir. Eifectivement pour de pareittes recrues la transformation est toute délî* cieuse. Des tonrmens de la faim, d'une inquiétude de tous les jours pour leur propre subsistance j, pour celle de toute ime famille dont ils sont peut'^étre le seul appui, ils passent à une vie d'aisance et compa^ rativement ^e luxe. Au heu de travaux iatigans et

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mal rétribués, ils peuvent se livrer à leur aise à ce dolce far niente si cher à tous les méridionaux, exception faite de l'exercice du matin où ils trouvent le même plaisir que les enfans à jouer aux soldats. Sortant de la misère, ils aperçoivent un commencement de fortune ; ils pourront économiser au moins lo francs par mois sur leur solde; c'est aussi une ressource assurée pour leur vieillesse s'ils veulent rester au service : on n'a dans le fait que l'embarras du choix.

Toutefois ce choix est des plus importans; car dès le premier changement de garnison, surtout s'il est question de marcher à l'ennemi, les avantages du métier des armes commencent à leur paraître moins brillans. Il n'est pas rare de voir les oumeidwars déserter alors par centaines, préférant encore la vie un peu précaire de lazzaroni aux fatigues d'une longue marche ou aux chances de la guerre. A la vérité, il est toujours facile de remplacer les déserteurs ; mais ces désappointemens souvent renouvelés ne laissent pas que d'être coûteux et de produire un mauvais effet sur le moral de ceux qui restent, en leur donnent une idée exagérée des dangers ou des fatigues qui les attendent.

Ce choix est important aussi quant aux qualités militaires du cipaye ; mais l'expérience a prouvé que ces qualités dépendent presque invariablement de sa race: c'est donc dans les races qu'il faudra chercher à les apprécier. Quelles sont celles qui prédominent dans les armées de l'Inde ?

Bien que toutes les classes de la population indi-

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gène contribuent plus ou moins à la formation de Tannée de llnde , c'est surtout Y élément hindou qui domine dans l'armée du Bengale et en général dans l'infanterie des trois armées. Si au contraire la cavalerie régulière dans les trois Présidences , mais surtout dans Tarmée de Madras , se recrute principalement de mahométans , il ne faut pas cependant s'y tromper. Ce sont des mahométans de caste infé* rieure, ou pour employer une expression plus correcte puisque la religion musulmane ne reconnaît point de distinctions de castes , ce sont des descen« dans des Hindous convertis à Fislamisme à Tépoque des conquêtes affghanes et mogoles, et par conséquent hors caste {out eaêts)^ ou de basse caste par rapport aux Hindous , mais sortant de la même souche ; on retrouve toirjours chez eux le même type , la même structure physique que dans les races brahmaniques. Les Musulmans pur sang, plus forts, plus robustes, descendant des Arabes, des Persans ou des Tar tares, sont extrêmement clair-semés dans le pays ; et comme les princes mahométans établis dans l'empire préfèrent naturellement les soldats de leur race et de leur religion , ils trouvent toujours à s'employer près d'eux. S'ils ont donc quelque fierté ou quelques pré« tentions à la naissance, ils préféreront un service même moins bien rétribuera celui de l'étranger et du kafir (de l'infidèle). Aussi leur nombre est-il toujours extrêmement limité dans l'armée anglaise. Pour apprécier les qualités militaires de l'armée régulière, c'est donc dans l'élément hindou qu'il faut les chercher. Il y a dans toute la nature des Hindous, dans leurs manières,

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