‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 227 sur 268 · IX · texte numérisé non relu

IX

174 L'INDE ANGLUSE EN 184S.

leurs discours^ une timidité, une mollesse dont on est aussitôt frappé, et qui fait que l'Européen qui arrive parmi eux a la conscience immédiate de sa propre supériorité sur la race qui l'entoilre. Cest k résultat de causes en partie physiques eu partie morales. Leur tempérance est extraordûlaire} ilss'abtiennent de toute nourriture substantielle^ de toute viandes, de toutes liqueurs saines. S'ils s'enivrent, c'est avec des boissons délétères, l'arak, le kaloU) f opium. Ils vivent d'ailleurs daiisun climat énervant et se livrent immodérément ailx plaisirs des s^is: de là une constitutiou £aible , sans énergie^ que chacoo transmet à ses descendans encot*e un peu plus a£hiblie qu'il ne l'a reçue de ses pères. Dénués de force musculaire, ils sont pourtant en général d'une agilité et d'une adresse extrême et peuvent endurer des fatigues prolongées. Les messagers hindous peuvent foire cinquante milles par jour, pendant cinq ou six jours, et même les cipayes sous les armes feront en cas de besoin des marches extraordinaires. D'ailleurs cette mollesse ou délicatesse de construction rend irritables à l'excès les passiiHis et les k* cultes morales de l'Indien ; elle devient la source de ces contrastes étranges dont on s'étonne à chaque instant. L'Indien qui tremblera devant la cravache ou le poing fermé d'un Européen se fera broyer sans sourciller sous les roues du char de Jagarnath. La chasse lui fera supporter les plus rudes Êidguet; malgré son indolence habituelle on le verra poursuivre les tigres et autres bétes féroces avec une ardeur, une patience qu'aucun autre peuple ne saurait

DEmUQÈllE PAKTIE,«»GH4FIT11E IX. s^S

surpasser; même dans la guerre, le cipaye a mon* tré dans certaines circonstances exceptionuellea une bravoure que les Anglais ont plus d'une fois admirée. Toutefois cette bravoure étant une victoire de l'âme sur un faible corps ne peut être qu'individueli^t je dirai plus, elle ne peut être que momentanée. C'est pour lui surtout qu'il faudrait dire : Il fut brave xiM tel jour.

Examinez les Hindous dans leur structure physique^ et vous ne serez plus étonné de cette incertitude dans leur courage. Ils ont en général de beaux traits^ ilssoût bien proportionnés , mais leurs membres sont grêles et fragiles, a Leur poitrine , dit Jacquemont f étroite a et cbétivei parait creusée entre la saillie antérieure « des épau les. » En voyant ces jambes de fuseaux ^ ces b ras étiques sans aucun développement musculaire, on conçoit qu'ils doivent répugner à toute lutte corps à corps, qu'il doivent surtout frissonner de se mesurer avec les proportions gigantesques des raoes saxonnes ou européennes. J'ai vu plus de cent fois, durant le cours de mon service aux colonies » une escouade de vingt-cinq cipayes recevoir l'ordre des'en»parer d'un de nos Eu ropéens en état d' ivresse et n' ayant d'autres armes que celles que la nature lui avait données, tandis qu eux-mêmes étaient armés de bâtons et de fusils. C'était cbose curieuse et ridicule à voir que la terreur avec laquelle ils s'en approchaient sans oser le saisir pendant quelquefois plus d'une heure, quoiqu'il pût à peine se tenir en équilibre; et lui, s'avançant au milieu d'eux , abattant et roulant un homme à ses pieds à chaque coup de poing comme avec un fléau.

%'j^ t'iNDE ANGLAISE EN 1843.

Mais venait-il enfin à trébucher dans quelque inéga* lité du sol , tous de se précipiter sur lui comme des lions ; ils lui rendaient alors tous ses coups avec intérêt, le garrottaient et le ramenaient en triomphe, pa^ fiiitement satisfaits et tout tremblans encore de leur victoire, comme s'ils avaient dompté quelque animal féroce.

Cette circonspection naturelle à FHindou en raison de sa débilité physique est encore augmentée par ses craintes superstitieuses : sa religion lui défend d'offenser tout ce qui a vie , même dans les espèces d'animaux les plus inférieures; il ne saurait dès-lors marcher ou même se remuer sans courir le danger de se rendre coupable de quelque meurtre involontaire ; tout est pour lui le sujet d'une terreur vague , mais continuelle, qui le rend l'être le plus nei*veux de la nature. On objectera bien à ce tableau, dont la fidélité ne sera point contestée dans son «isemble, d'admirables exceptions, surtout dans les castes supérieures , les Rajpouts , les Goorkhas , les Sikhs et les montagnards du nord ; mais ni les uns ni les autres n'affluent dans les rangs de l'armée régulière. Quand donc M. de Jancigny a-t-il trouvé trente mille Rajpouts dans l'armée indienne? Â part les régimens de cavalerie irrégulière et les contiogens encore plus irréguliers, et qui sont en dehors de l'armée, il n'y a pas vingt Rajpouts par riment ; et quant aux Goorkhas , on ne les trouve que dans trois ou quatre petits corps provinciaux levés spécialement pour le service des montagnes. Si Ton excepte donc une moyenne d'environ trente

Page 1