DEUXIÈME PARTIE. -^CHAPITRE XIII
surtout toutes celles qui ont rapport aux funérailles. Des tours sépulcrales sont élevées loin des habitations . des hommes, et sur leurs terrasses découvertes les corps sont exposés aux élémens et aux oiseatix» Aucun étranger ne peut approcher dui ant les obsèques. Leur charité est prodigieuse, sans limites p «étendant sur les pauvres de toutes les religions et couvrant leurs propres indigens d'une protection si bien entendue et si efficace qu'on ne rencontrera jamais un mendiant dans leur tribu.
Malgré les progrès constans de leur civilisation déjà fort avancée les conversions sont presque aussi rares chez eux que parmi les Musulmans^ ce qui tend à confirmer l'observation que nous avons déjà faite ailleurs, que le passage du déisme pur à la vraie foi est beaucoup plus difficile que celui du paganisme an christianismei
En quatrième lieu viennent les églises chrétiennes, La plus ancienne des sectes qui croient à Tincania* tion divine dans Jésus de Nazareth ou comme diraient les Hindous, dans l'avatar du Christ^ est celle des chrétiens syriaques disciples de lapôtre saint Tbo^ mas qui , après avoir fondé le christianisme en Syrie^ dans l'Arabie heureuse et dans l'îie de Socotra, débarqua à Cranganore en l'année 5i. Saiut Thomas répandit rapidement le christianisme le long de la côte Malabar et dans l'Inde méridionale, dans les royaumes de Cochin et de Travancore. Mais tm dés souverains du pays élaiit venu à. se convertir, les nations s'en émurent; il fut quelque temps persécuté et enfin lapidé sur la montagne près de Madras
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qui a toujours depuis porté son nom. Depuis dix-huit siècles et même encore aujourd'hui , la montagne et la ville de Saint-Thomas sont un lieu de pèlerinage pour les chrétiens qui s'y rendent de toutes les parties de rinde , du fond de la Perse , de la Syrie et de l'Arménie, se pressant en foule dans la ville et couvrant la montagne, afin de baiser la place où l'apôtre a souffert. Ce lieu est en telle vénération qu'ils em* portent la terre rouge du sol par fragmens , espérant en obtenir des miracles et l'administrant solennellement aux malades et aux mourans.
Durant les huit premiers siècles ils furent plus ou moins persécutés , mais réussirent à se maintenir sans parvenir à s'étendre. Dans l'organisation primîtiTe de leurs institutions civiles et religieuses, il fut décidé qu'ils ne seraient administrés au temporel comme au spirituel que par les familles dans lesquelles l'apôtre avait choisi ses premiers lévites , de manière que la prêtrise devint héréditaire parmi eux et réunit à ses fonctions celles de juge. Du neuvième au quatorzième siècle ils jouirent de quelque tranquillité , se multi* plièrent et formèrent même un petit peuple dont le chef prit le nom de roi des chrétiens.
Quand les Portugais établirent leurs premières factoreries dans l'Inde ils furent tout surpris de trouver parmi les pêcheurs du golfe de Manâr et les habitans des côtes de Malabar et de Coromandel environ deux cent mille chrétiens qui s'appelaient disciples de saint Thomas, et qui de génération en génération, suivant l'exemple de leurs pères, se rendaient chaque année en pèlerinage sur le lieu même où l'apôtre avait
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consommé son martyre en chantant son histoire et ses miracles extraits de leurs annales et dont on avait composé une espèce de cantique dans la langue du pays. Ils comptaient alors près de mille cinq cents églises sous le patriarche syriaque.
A l'arrivée des Portugais, les chrétiens de saint Thomas proposèrent d'eux-mêmes de se joindre à l'église de l'ouest, mais ils furent tout surpris de trouver dans celle-ci plusieurs sacremens dont ils n'avaient pas connaissance , en particulier la confirmation , Textréme-onction et la confession auriculaire. Ils fai* saient aussi quelques difficultés de reconnaître l'adoration de la Vierge et la suprématie du pape. Cette différence dans leurs institutions et dans les rits éta* blis fut entre les deux églises l'origine de querelles serieusesqui se terminèrent par une horrible persécution delà part des Portugais. Ceux-ci vers le milieu du xvi* siècle établirent l'inquisition et traitèrent leurs frères en Jésus-Christ encore plus mal que les païens ne l'avaient fait. En 1661 l'influence de la Hollande succéda à celle du Portugal par la conquête de Quilone. Cet événement rendit la liberté de leur culte aux chrétiens syriaques qui ont existé jusqu'aujourd'hui sous trois dénominations (i).
i"* Chrétiens syriaques (proprement dits) qui ont conservé leurs institutions et leur hiérarchie reli« gieuse. On compte dans les environs de Quilone cinquante-sept églises de cette foi, gouvernées par un métropolitain et un clergé peu instruit qui se sont placésdepuis i8i5 sous la tutelle des missionnaires ( f ) MoDtgomery-Martin .
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anglais protestana, sans pourtant rien changer à leur propre rit. L^a congrégation est estimée par Moiit« gomery-Martin a soixante-dix mille âmes.
a"* Chrétiens syriaques romains, qui ont adopté le rituel catholique, mais traduit dans leur langue. Ils se sont soumis en tous pointa à l'Eglise de Rome, avec cette réserve que tous les services ainsi que la messe sont lus dans l'idiome populaire. On compte quatre-vingt-dix-sept églises de cette communion , avec une congrégation de quatre- vingt seise mille âmes , divisée ainsi qu'il suit : sous l'archevêque catholique de Cranganore, quarante*neuf mille ; sous le vicaire apostolique de YerapoU, quarante mille, et enfin sousTévéquedeGochin^ environ sept mille.
y Syriaques catholiques qui obéissent sans restriction à l'Eglise de Rome et lisent les prières en latin. On compte quarante églises de cette confession avec une congrégation de cinquante-quatre mille âmesi dont dix-'ueuf mille sous le vicaire apostolique de Verapoli et trente-cinq mille sous l'évéque de Coobin.
Quant aux Hindous convertis au christianisme par les missionnaires catholiques, on en compte environ cent mille dans la Présidence de Madras (non compris les états du Nizam et du Maïssore, le territoire de Pondichéry et autres établissemens français , portugais, hollandais, etc.). Mais c'est à peine si l'on peut les considérer comme chrétiens malgré toute leur bonne volonté. Ils vont à l'église, mais au fond de leur cœur, dans leurs terreurs et leurs superstitions secrètes, la plupart sont encore païens i même les images des saints qu'ils emportent d^tns leurs do-
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miciles deviennent pour eux des idoles. Us conservent encore jusqu'à un certain point leurs anciens pré^ jugés de castes, se marient rarement en dehors de$ anciennes restrictions et souvent ne voudraient pas manger ensemble ^ bien qu ils doivent se considérer frères en Jésus-Christ et s'agenouiller ensemble à la sainte table. 11 faut chercher la cause de ce peu de progrès dans la fausse position 9 d(Uisl^ misère et U déplorable ignorance du clergé catholique qui, à l'exception d'un trè9 petit nombre de jésuites de Pondi** chéry et une trentaine de prêtres irlandais envoyés tout récemment (en 1 836), se compose de pauvres noirs ou mulâtres portugais élevés à Goa où ils ont appris à répéter machinalement quelque mots de latin j mais non à comprendre le culte sublime dont ils doivent être les missionnaires ou les pasteurs. Le gouvernement qui administre ce pays pour la magnifique jingleterre n'a pas honte de limiter le traitement de ces pauvres curés indigènes à 3o tqxx^ pies (75 francs) par mois, sur lesquels ils doivent encore entretenir leui's églises. On leur ote ainsi l'instrument le plus puissant pour toucher et convertir lésâmes, l'exemple de cette charité qu'ils prêchent^ puisqu'ils n'ont rien à donner aux malheureux que des prières. £t encore ce clergé, si misérablement ré^ tribuéy si misérablement instruit n'est pas même suf<fisaut sous le rapport du nombre. Quelquefois le même padri (curé) est appelé à desservir quatre ^U^ ses à vingt cosses (vingt grandes lieues de pays) l'une de l'autre. £st41 honorable pour un gouvernement chrétien de contempler avec une si froide indiffé-
ra,
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renoe le retour possible au paganisme de ses sujets catholiques y faute des premiers subsides pour leurs pasteurs ! Et les droits du clergé catholique à la bienveillance de la métropole ne sont-ils pas au moins égaux à ceux des Moollahs et des Pundits , si largement rétribués dans les écoles de Calcutta et de Benarèsy dans les mosquées d' Agra et de Delhi, ou dans le temple de Jaganath?
Le nombre des catholiques dans la Présidence de Bombay est à-peu-près le même que dans celle de Madras. Je n'en connais pas le chiffre pour la Présidence du Bengale, mais je le croirais, par rapport au chiffre de Madras, au moins en proportion de l'étendue. Plusieurs princes de l'Hindoustan septentrional ont favorisé l'Église romaine et Font aidée de leurs donations > entre autres la begum Sumroo , reine de Sirdannah , qui avait embrassé le catholicisme de fort bonne heure et qui est morte tout récemment dans cette religion.
Si nous en venons enfin aux Hindous protestans, il faudra reconnaître que les efforts des missionnaires, malgré leurs talens incontestables, la protection du gouvernement et les immenses ressources mises à leur disposition par le zèle , la charité et les souscriptions annuelles de la métropole, que leurs efforts , dis-je , pour répandre quelqu'une des sectes réformées, peu leur importe laquelle, presbytérienne, anglicane ou anabaptiste, sont encore plus infhic* tueux. Ils sont parvenus à attirer dans leurs écoles primaires, au Bengale, environ cinquante mille élèves, mais ce sont les arts mécaniques et les sciences et non