‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 247 sur 268 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Quatrième question. Sur <t>0lle6 bases l'empire britemiiqiie indien est-û établi? N>-t-il rien à craindre en fait de révolutions delUntériear? Est-il de natare à résister à one agression étrangère?

Tout pouvoir despotique est fondé sur une de ces deux bases y l'amour ou la crainte; rarement sur la première, quelquefois sur toutes les deux, le plus souvent sur la dernière.

La base du pouvoir anglais est-elle dans Taniour des peuples? C'est une question déjà résolue parles chapitres précédens. Demandez au rayot, sur le seuil de la chétive masure où sa famille est accroupie dans la vermine, à peine protégée des vicissitudes atmosphériques ; au cultivateur dont la vie est celle d'une bêle de somme, ils vous répondront en montrant leur misère, (c puis-je aimer la main qui m'a fait cette existence. » Demandez au tisserand sans ouvrage qui voit vendre à sa porte la percale et les mousselines de l'Angleterre ; demandez aux anciens zemindars c'est-idire à toutes les anciennes familles , à toutes les classes aisées et respectables d'autrefois qu'on a ruinées puis rejetées après en avoir exprimé toute la substance; demandez même aux nouveaux concessionnaires peutêtre mieux partagés, mais qu'une succession demau-

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Taises années^ das aécheresaea (résultat de rinouritt d'un gouvernement qui ne répare et n'entretient aucune construction d'utilité publique), peuvent ruiner d'un jour à l'autre ; demandes à l'Hindou s'il aime le joug de cette race v^iue de si loin 9 professant une religion différente, qui affecte de mépriser la sienne ^ race souillée et plus impure à ses yeux que le pariah qui rôde autour de son village, race dont le contact est une tache, se nourrissant de l'animal immonde f infâme à ses yeux dans ses goûts , dans sa glouton*» nerie, ses plaisirs et ses habitudes, et à laquelle il doit des vices et des maladies qu'il ne connaissait pas jusqu'alors (i). Tous n'auront qu'une réponse t haine k l'étranger. Demandes au Musulman de quel œil il voit les vicissitudes qui ont £ait passer tant de puissance des mains des vrais croyans aux mains des infidèles; s'il désire voir le trône de Tamerlan relevé à Delhi , ou celui d' Aurungzeb k Agra» Doutea«> vous de son impatience? A-t-on au moins cherché k calmer l'irritation de ce conquérant déchu en flattant ses vanités nationales, en respectant ses souvenirs, ses

(i) Une oteeryation de Jacqaemont, correcte comme set observations le sont toujours , caractérise Tantipalhie dont je parle. « Sous la dynastie moff sole, il était d^nsage que Tempereur eût parmi ses femmes la flUe d*ttn des a pHnœs Indiens lespliMpuiBaanSjetilsembleqttecaBalliancespolfiHpiéi K lurent toujours consenties avec empressement par ces derniers, non* ce obstant Tapostasie obligée de leurs filles qui devenaient out e<ut (hors ce casie) en même temps que reines. Aujourd'hui, je crois, elles seraient N impossibles. Malgré le peu de cas que les prinees indiens font dMne Cl femme, Je doute qu'ils consentissent à sacrlSer vne de leurs filles ponr ce satisfaire leur ambition au point de la livrer au gouverneor-général eq « personne. L'infamie de sa dégradation rejaillirait plus sur eux que « l'éclat de son alliance. »

traditions, en entretenant avec un soin religieux œs admirables monumens élevés par la piété et la magnificence de ses héros et de ses saints. Agenouillé dans sa belle mosquée, absorbé dans la prière et la méditation, il pourrait peut-être n'accuser que la &talité des malheurs de sa race et vivre dansTextase, du souvenir de sa gloire passée. Mais non, c'est un lord Auckland, qui mène une croisade de païens et d'infidèles pour renverser le dernier trône, pour souiller le dernier sanctuaire qui reste encore à ses frères ; c'est un lord Ellenborough qui va dépouiller et déshonorer les tombes du chevaleresque Baber, de Mahmoud-Ghiznevi que tout Musulman doit considérer comme un saint, ou tout au moins comme le plus pur elle plus héroïque chaihpion de sa foi ; ce sont les portes qui depuis huit cents ans s'étaient refermées sur ce tombeau , une des conquêtes de la foi sublime du Koran^sur le paganisme brutal, sur l'infâme idole de Somnauth, que l'on arrache de leurs gonds poudreux sans s'être même assuré s*il existait un temple hindou auquel on pût les suspendre et que l'on jette enfin dans un magasin de fourrages ; c'est Ghiznie la yille sainte, le Benarès des Musulmans de l'Inde^ où les débris vaincus de l'armée anglaise avaient trouvé quartier et miséricorde, dont on ne laisse pas pierre sur pierre : vandalisme atroce, vengeance infâme d'un ennemi humilié , dernière satisfaction exigée par une vanité impitoyable. Allez à Allahabad, la cité de Dieu, la capitale du Bundelcund , au confluent du Gange et de la Djoumna, vous verrez un fort parfaitement conservé : c'est un instrument de domination. Mais

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OÙ est la ville ? Quelques villas d'Européens, le marché et un petit village de banyans où Ton. ne voit que marchandises anglaises : voilà tout ce qui en reste. a Le palais du prince était assis sur le rivage, le fleuve « en a englouti la moitié; quelques appartemens de a marbre étaient encore couverts d'inscriptions arabes ce en lettres d'or : c'étaient des versets du Koran. On a vient d'en mutiler les restes afin d'en orner la dea meure du civilian et du marchand. Le Muezzin ap- «c pelle les fidèles à la prière du haut d'une tour en « ruines f cette tour est le dernier débris qui soit resté a debout de la superbe mosquée, le Djumaa-Musdjid ; <c tous ces fragmens, ces colonnes mutilées gisant dans « les eaux du fleuve lui appartenaient jadis; pour un a million de roupies on aurait pu cependant opposer « une digue à laDjoumna et conserver un chef-d'œuvre « d'architecture mahométane(i). » Dans le cœur du Musulman toutes les phases de l'administration anglaise , son inertie comme ses actes, appellent également l'indignation et la vengeance.

Si les Anglais dans l'Inde sont détestés dans leur généralité et comme gouvernement, le sont-ils moins dans les relations de la vie privée ? Non , parce qu'ils ne savent pas se faire aimer , parce que leur contact blesse toujours et que leur vanité toujours agressive froisse toutes les vanités. Où ont-ils des amis hors de chez euK? Toute l'Europe le sait. Quel est le lieu visité par leurs voyageurs où ils n'aient pas laissé une impression d'impatience et d'amertume, que l'étalage de leur dépense et tout l'or qu'on attend ( i) ImpreiHons d'un vayagwr.

Si« L'on» ANOLAIfB EU 1841.

d'eux peuvent à peine comprimer. Mais c'est dans rinde surtout que la certitude de l'impunité leur fiait commettre des insolences et des oppressions à faire pleurer les anges , selon l'expression de Shakspeare : Smeh fantawtic tricks oê to maie ihe mry

Sous les princes tartarea les indigènes voyaient leurs vainqueurs habiter le pays et y dépenser leurs immenses revenus ; il leur en revenait toujours quel* que chose. Aujourd'hui les maîtres passagers du pays ne restent que comme les chenilles du printemps pour dévorer sa substance ; dès que l'insecte aura ses ailes d'or il s'envolera dans sa mère-patrie.

Quand de pareilles relations existent entre le vainqueur et le vaincu y injustice et dédain d'une part, terreur et mépris secret de l'autre , l'amour est impossible. Le pouvoir des Anglais dans l'Inde est donc basé sur la crainte. Chez les Indiens cette crainte est multiple dans sa nature et dans son origine. Elle a d'abord sa source dans une conviction profonde, générale et parfaitement fondée de leur impuissance à secouer le joug britannique sans un appui européen, et de leur infériorité vis-à-vis des conquérans en force physique 9 en courage , en talent; elle vient encore du prestige de la discipline^ de l'artillerie et surtout de cette, fortune qui, jusqu'à l'expédition d'Affghanistan , s'était toujours montrée si fidèle au drapeau anglais ; de leur connaissance de la persévérance et de l'invincible obstination anglaise. Elle vient enfin d'une idée exagérée des ressources de la Com pagnie en hommes et en argMit ; c'est pour eu un

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hydre dont on couperait vainement les cent têtes, il en renaîtrait toujours pour les dévorer.

Le cipaye est parfaitement convaincu que tout sou*» lèvement de sa part amènerait sa destruction , que tous ses bataillons se briseraient en vain contre un régiment d'Européens. D'ailleurs, comme le chien, il ne sait qu'obéir à son maître. Les mots patrie, honneur, sont renflâmes pour lui dans l'expression hin«* doustanie namuk hulal (fidèle au sel), c'est-à-dire qu'il est tout pour la main qui le nourrit. Il exécutera donc aveuglément tous les ordres qui ne seront pat en opposition avec ses préjugés religieux que l'on a soin de ne jamais froisser.

Dans la classe industrielle la crainte des révolutions a son origine ailleurs. Bien loin de prendre part à aucun soulèvement, elle verrait une pareille crise avec effroi , sachant bien que ce qu'elle aurait de plus précieux et de plus sacré deviendrait la proie de bandes pillardes et licencieuses , sans frein et sans di^ cipline. C'est que les Mahrattes s'étaient fait détester par leur férocité et leurs brigandages , leur passage étant invariablement marqué par le fer et le feu. Les Pindaris ont laissé des souvenirs qui rappellent les scènes des cannibales: c'étaient les paisibles habitans, leurs propres compatriotes sur lesquels ils déployaient leur valeur et qui souffraient seuls de leurs cruautés. La descente des Népalais fut aussi marquée parle massacre des peuplades inoffensives des plaines. Aussi dans les temps de crises les banyans (petits marchands), les mahadjouns (négocians), les surrâfs (changeurs), les sahocars (banquiers) et l'innombrable classe des

saudagars (colporteurs) enfouissent leurs trésors et leurs marchandises y puis attendent patiemment les résultats de la guerre. On ne voit pas comme en Europe les diverses peuplades prendre les armes pour repousser ou attaquer un ennemi commun : il n'y a chez elles aucune nationalité si ce n'est celle de la caste qui ne peut soulever de passions que lors des fêtes religieuses.

Tel est le caractère des populations indiennes à quelques exceptions près. Il y a bien de temps à autre des insurrections partielles parmi les Musulmans d'humeur très turbulente qui habitent les royaumes d'Âoude et d'Hyderabad j les environs de Bangalore, la patrie d'Hyder-Aly, et parmi les tribus qui bordait l'Indus ; il y en a même parmi les Hindous du Rajpoutana, du Bundelcund, des fiefs Polygars et du pays . Mahratte; mais ces insurrections ne tendant pas à im but unique dans l'intérêt général et n'ayant point leurs racines dans l'amour de la patrie ne trouvent aucun écho chez les peuplades voisines et tombent d'elles-mêmes ou disparaissent à l'aspect d'un ou deux régimens souvent formés de soldats nés dans le même pays.

Toutefois, il ne faut pas croire que le poste d'un gouverneur-général soit absolument im lit de roses. Il lui faut une vigilance constante et sans cesse dirigée vers tous les points de l'horizon, car les tourmentes se suivent sans se ressembler et viennent toujours du côté où l'on s'y attend le moins. C'est ainsi qu'en octobre 1 839, quand toute l'attention du gouvememœt était occupée par la guerre d'Affghanistan et les pré-

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