DEUXIÈME PARTIE. ^ CHAPITRE XIY
paratifa de celle de Chine , on fut très surpris d'apprendre tout soudainement qu'un petit roitelet , le Nawab de Keurnoul (frère du prisonnier de Bellary, celui même qu'une iniquité de la politique anglaise avait appelé au trône), noyau d'une conspiration dont on n'a jamais connu toutes les ramifications , avait organisé secrètement et rassemblé depuis des années dans son petit fort, une artillerie et des munitions de guerre suffisantes pour une armée de cent mille hommes. Un détachement anglais fut immédiatement envoyé pour s'en saisir et s'empara effectivement du fort et de la personne du Nawab, après une résistance courte mais furieuse où l'on perdit beaucoup de monde. J^ics troupes du prince composées princi* paiement d'AffghanSy d'Arabes et de quelques Rohellas, firent preuve d'un courage désespéré et digne d^une meilleure cause , disent les relations anglaises. La variété infinie et la profusion d'armes et de munitions qu'on trouva dans les caves du zénanah , la beauté des pièces de canon toutes neuves et admira*blement modelées, dont le métal seul avait dû coûter au moins i,5oo,ooo francs, donnèrent à penser que plus d'un prince indien avait souscrit pour ces préparatifs et trempé dans le complot. Mais on se contenta de confisquer le matériel rassemblé et de déposer le prince, sachant bien qu'une fois la conspiration éventée et le premier coup frappé, elle était sans vitalité et se dissoudrait d'elle-même.
Pour qu'il y eût soulèvement général^ il faudrait que les masses y fassent intéressées, qu elles ne fussent divisées par aucun sentiment de haine , et c'est ce que
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les différences entre leurs croyances religieuses ne permettront jamais. Il n'y aura jamais de mouvement simultané parce que du moment que deux sectes se réuniront dans une même conspiration , on est tou* jours sûr que l'une trahira l'autre avant le momait de l'explosion. C'est ce qui est arrivé pour la conspiration de Bangalore en i833y c'est ce qui s'est représenté pour le complot de Keurnoul en 1 839, c'est ce qui se représentera toujours.
L'Angleterre n'a donc évidemment rien à craindre de ces peuples tant qu'ils sont livrés à eux-mêmes. £o serait-il encore ainsi si elle était attaquée par ime autre puissance européenne? T..es populations reste» raient^Ues bénévoles ou neutres , ou deviendraient* elles hostiles en présence d'un nouveau concurrent qui lui disputerait sa conquête?
Pour celui qui a bien examiné l'Indci sa surface est comme un vaste kaléidoscope où d'innombrables débris de civilisations superposées et d'empires en ruines se présentent en couches successives. Le moindre mouvement, le moindre choc suffit pour les ébranler, les réunir^ les amalgamer, les jeter soudainement dans les formes les plus biaarres y les plus inattendues : « C'est comme une sorte de poussière sociale que «t l'esprit de guerre ou d'aventure peut soulever au « hasard et promener çà et là en tourbillons destrucc( teurs (i); » à laquelle il manque jusqu'alors un dment quelconque, l'esprit de patriotisme, une religion ou une affection commune, mais qui, sous les mains d'un chef énergique, habile, qui éblouirait Jt (() Barchou de PenhoëD.
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multitude par un premier succès , pourrait en quel* ques momens prendre de la consistance , se condenser en un peuple 9 une nation. Voyez-vous dans nos climats glacés ces flots que la main d'un enfant divisait naguère : le vent du nord s'élève, soudain c'est un cristal solide où la pioche et la hache viendront se briser. Il en est de même de ces sables de l'Hin* doustan, en apparence si friables entre les mains de l'Angleterre. Cette sorte d'agglomération s'exécute au moyen d'une loi do formation d'une extrême simplicité et dont le mécanisme se met jusqu'à un certain point en jeu de lui-même. Dans un pays frao* tionné en une multitude de parties sans cohésion, sans lien politique, toutes prêtes à subir le joug d'une nouvelle conquête, et qui fourmille sans cesse d'une multitude d'aventuriers toujours disposés à se ranger sous le premier chef venu , il ne faut qu'un premier succès, qu'un premier butin à partager pour réunir des légions. Si la faiblesse du pouvoir le rend incapable de prévenir ces usurpations ou de les arrêter dès l'origine , elles vont s'accroissant avec une ra«pidité étonnante. Un chef de bande s'est emparé d'un canton, les revenus de ce canton le mettront à même d'équiper une petite troupe. Avec cette troupe il se saisira d'une province qui lui fournira à son tour les moyens de lever et de solder une armée plus consi» dérable encore, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'enfin il se trouve plus puissant que le dernier maître de, rinde.
Avec \m gouvernement faible ou fainéant qui s'endormirait dans une fausise sécurité ou dont toute
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l'attention et les ressources seraient absorbées pour repousser une invasion étrangère , il ne faudrait qu un homme j un hasard qui se présenterait infailliblement 9 une cause d'abord imperceptible peut-être, et des légions d'ennemis improvisés viendraient peser dans la balance , descendraient tout armées dans la lice. Avec un Hyder-Aly, ce serait le Maissore ; im Sevaji j les Mahrattes ; un Amir-Khan , les Pindaris ; un Runjit-Sing , le Punjab. Mais le génie de l'Angleterre est un génie jaloux qui ne s'endort jamais. Aujourd'hui il est allé s'asseoir au pied de l'Hymalaya: le dos appuyé à ces barrières inaccessibles , il promène incessamment ses yeux toujours attentifs sur le vaste continent qui se déroule à ses pieds , et dés qu'un nuage s'élève , dès qu'une première spirale annonce un tourbillon ^ son coup de canon se bit entendre, la trombe est brisée et les débris épars retombent en poussière inoffensive sur le sol qu elle allait dévaster.
Si toutefois un autre géant de force égale venait se présenter sur les rives de l' Indus pour lutter avec lui j la position serait entièrement changée ; le choc même de ces deux colosses ferait naitre la tempête , ébranlerait toute l'atmosphère politique. Ces tourbillons dont nous parlions tout-à-l'heure s'élèveraient aussitôt; la loi de formation y de condensation, commencerait à fonctionner sur tons les points. Dès-lors nous prophétisons malheur à celui qui serait attaqué: notre ennemi c'est notre maître, voilà l'expression de tous les peuples esclaves. Plus la lutte se prolongerait, plus les défections, les attaques se multiplieraient