‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 255 sur 268 · DEUXIÈME PARTIE. —CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. —CHAPITRE XIV

ville coupable, et une fois sur cette route descend par le Khyber sur Peshawer et Lahore, où il ne rencontre qu'une faible résistance. Il s'empare ensuite de Delhi qu'il livre au pillage et à un massacre de trois jours. ^

7^ £t tout récemment, en 184^, le général Pollock* venant de l'Inde et envahissant le Caboul , force les défilés du Khyber avec une perte totale d'une centaine d'hommes tués ou blessés. Quand on considère que la division du général Sale, forte de deux mille deux cent dix hommes et autant de non-combattans, trouva moyen de subsister pendant près d'un an quoique strictement bloquée dans la circonscription de la petite ville de JuUalabad; que les divisions Sale et Pollock réunies, comptant quatorze mille cinq cents hommes et autant de non-combattans, non-seulement subsistèrent cinq mois de plus dans la même vallée , mais y rassemblèrent des approvisionnemens considérables pour marcher sur Caboul , on sera obligé de se rendre à des preuves si multipliées que les difficultés naturelles de la route ne sont pas de nature à arrêter la marche d'une armée quelque nombreuse et quelque encombrée qu'elle puisse être , et que la seule barrière, le seul rempart qui puisse protéger rinde anglaise est une bonne armée. Si celle-ci lui fait défaut ou si elle succombe, tout l'édifice de sa puissance s'écroule. Qu'elle vienne à perdre une seule bataille contre une armée européenne qui aurait l'intelligence de profiter de son succès , et voilà soudain une vaste brèche par laquelle les flots de l'invasion {pourront s'élancer sans obstacle et se grossir de mille

nouveaux courans qui surgiront ^la-fois de toutes parts.

Si Ton me demandait la route qui fournirait le plus de ressources à Tarmée du czar ^ et en même temps celle qui conviendrait le mieux à sa politi» que y jindiquerais sans hésiter celle de Caboul , Peshawer et Lahore vei*s Delhi où il faudrait s'ar* réter un instant pour reconstruire le trône du grand Mogol et relever son étendard. On aurait probable* ment un nouveau combat à livrer avant d'y arriver, soit à Loodianah sur le Sutledge, soit sur le fameux champ de bataille de Paniput où tant d'ossemens sont déjà venus se confondre. Mais Tarmée anglo-in* dienne ne présenterait plus qu'un effectif de vingt ou vingt-cinq mille hommes dont cinq à six mille Européens tout au plus. Ce ne serait donc qu'une aCEaire de quelques heures qui se terminerait par la destruction de ses dernières réserves.

C'est à Delhi qu'il faudrait clore habilement le pre* mier acte de ce grand drame. On relèverait un trône vénéré y on s'humilierait devant lui pour le faire parûtre plus grand , on toucherait ainsi une corde qui vibrerait au cœur de seize millions de mahométans. Pour concilier également les Hindous on relèverait d'une autre part le drapeau sacré de Benarès ; on rendrait la Uberté et l'indépendance à son Rajah. On profiterait en même temps de la panique et de la confusion générale pour inonder tout l'Hindoustan de proclamations incendiaires. Les hircaras ou messagers se présenteraient en foule pour une pareille mission : fiikirs, jogfaisi kalenders^ seraimt autant d'apôtres

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seélés de Finsurrection qui s'étendrait d'une extrémité à l'autre de la péninsule avec une rapidité électrique. 11 faudrait cependant » dans ces proclamations, ne se montrer préoccupé que d'une seule idée : la restauration de l'indépendance de l'Inde et la destruction de la puissance britannique; ne point réveiller sur* tout la jalousie des peuples en laissant deviner qu'on veut y substituer la sienne. Il faudrait voiler tous ses projets ambitieux pour l'avenir sous un désinté« ressèment étudié. On arborerait sur son drapeau, on afficherait pour devise : Nous venons délivrer et non conquérir , nous sommes les envoyés d' AU lah et de l'empereur de Russie pour rendre jus* tioe à tous : Peuples et souverains de Vinde, leur di<» rait«on, Musulmans et Hindous , Rajpouts, Jhauts, MahratteS) Polygars, Rajahs et Nawabs» chassez l'usurpateur et rentrez dans tous vos droits et dans toutes vos possessions : jipnie jipnie daolut, tourna^ rah, toumarah moulauk leleo. On devra partir de cette idée qu'il importe avant tout à la Russie d'extirper jusqu'aux dernières racines de la puissance anglaise, de défricher d'abord complètement le sol avant de songer à y semer sa propre puissance. Mais pour réus-* sir dans cette tâche, il lui Êiut l'assistance des peuples, et pour se l'assurer, elle devra commencer par replat cer sur leurs trônes [vermoulus tous les vieux noms consacrés de l'Inde ; il lui sera toujours facile de les en faire descendre quand cela pourra convenir à sa politique.

De Delhi, l'armée libératrice^ au lieu de se diri* ger sur Calcutta qui n'est qu'un entrepôt de commerce

au centre de populations molles et lâches aussi incapables d'une insurrection que d'un dévoùment, marcherait par Agra , Gwalior et le Kandeish sur Bombay , insurgeant les populations>à droite et à gauche j reformant les confédérations Rajpoute et Mahratte et leur donnant leurs anciens chefs ou d'autres pris dans les mêmes familles. Mais ce ne serait plus comme au Bengale , il ne faudrait point choisir pour les gouverner des en&ns plus ou moins vieux , mais des hommes d'action et d'énergie j capables de monter à cheval et de manier l'épée. C'est qu'il s'agirait d'établir ici un obstacle durable contre le retour des Anglais arrivant par la mer Rouge, et que cette partie du pays est la dernière que la Russie pût songer à conserver.

C'est à Bombay que le czar devra frapper le coup mortel à la puissance anglaise ; la destruction de œtte Présidence serait aujourd'hui bien autrement &tale à cette dernière que la destruction de Calcutta. C*est le système par lequel elle respire , c'est son point de contact avec l'Europe par les bateaux à vapeur: en le lui enlevant on couperait ses communications, on tarirait ses ressources les plus fécondes , les plus vitales : ce serait désormais un serpent dont on aurait coupé la tête, dont le corps se débattrait encore quel* que temps mais dans les convulsions de l'agonie.

De Bombay on tendrait la main au Nizam qui se hâterait de secouer le fardeau qui l'écrase ; on volcaniserait tout le Maîssore , et les populations dans leur entraînement porteraient elles-mêmes l'armée libératrice jusque sous les murs de Madras qu'il faudrait

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assiéger y mais qui n'est qu'une très médiocre place de guerre et qui succomberait en quelques semaines. Enfin jusqu'à Calcutta ce ne serait plus qu'une marche triomphale. Ici, il est vrai , Ton trouverait une forteresse des plus redoutables, construite sur une échelle colossale, mais ayant ce défaut essentiel qu'elle exi« gérait pour sa défense une garnison ou plutôt une armée de dix à quinze mille hommes qu'il serait impossible de nourrir, vu la difficulté pour les vais* seaux de remonter ou de descendre le fleuve et surtout devant les batteries d'un ennemi en possession du pays. La place toute forte qu'elle est ne pourrait donc résister soit à un blocus prolongé soit à un siège dont on trouverait tout le matériel à Hyderabad, Madras ou Bombay. Le vœu de Catherine serait alors réalisé et la Russie n'aurait plus qu'à se demander ce qu'elle veut conserver de sa conquête.

On pourrait supposer que les plus grandes dif^ ficultés de l'invasion l'attendraient au début entre Astrakhan et Caboul. Il y a quelques années que ces difficultés auraient été immenses, peut-être insurmontables; mais les Anglais eux-mêmes se sont chargés de les aplanir par leur absurde et criminelle expédition d'Alfghanîstan , par leur tout aussi malencontreuse ambassade à Herat. Passons en revue les principales étapes sur la route que l'armée russe aurait à parcourir :

i** D'Astrakhan à Asterabad ce n'est qu'une navigation de quelques jours, une question de flottille et de bateaux à vapeur sur une mer où les Anglais ne possèdent pas une coquille de noix.

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a^ La Perse est aujourd'hui aux pieds de laRusne; celle-ci peut en commander toutes les ressources. £a lui promettant sa protection dans ses démêlés avec la Turquie et contre les hordes turcomanes , en lui as* surant quelques stériles conquêtes et lui restituant quelques lambeaux de territoire, elle s'assurerait sa coopération sincère et zélée , et ce qui serait plus important un immense matériel de transport en chameaux et en bétes de somme de toute espèce.

3"" D'Asterabad à Herat par la délicieuse et fertile iFallée du Heri-Rood il ne se présente aucune difficulté de guerre ou d approvisionnement, £t dans cette dernière ville, naguère hostile à la Russie ^ ie trouve aujourd'hui im pouvoir qui lui est entièrement dévoué) celui de Yar^Mahomet, anci^i maire du palais et successeur actuel de Shah-Kamran, dont la diplomatie anglaise s'est fait un ennemi mortel eo voulant se substituer à lui auprès de son maître.

4° De Herat à Candahar , les convois plus ou moins nombreux qui durant le séjour de l'ambassade anglaise à Herat (de iSSg à i84i) n'ont pas cessé de circuler entre ces deux villes , traînant de l'artillerie, des trésors et du matériel ont démontré la facilité du trajet et parfaitement exploré la route.

S'' L'expédition du général Notten 1842 a constaté les ressources que l'on pourrait trouver à Candahar et l'aisance avec laquelle on pouvait traverser le pajs jusqu'à Caboul y même quand les populations étaient hostiles.

6"* Et enfin , est-ce à Caboul même que le conque* rant de l'Inde devra s'attendre à l'hostilité des Aff-

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