CHAPITRE XVII
De la poiiiiqae de la France. — Conclosion.
EtlaFrance, laquelle choisira-t-efle de ces deux alliances ? Lequel des deux prétendans devrait-elle préférer si tous deux se présentaient à-la-fois. J'ai peur que le cri général ne dise : Choisissez le plus offrant. Hélas ! le temps des sympathies est passé. Il n'y ^ plus entre les peuples que des intérêts; les intérêts seuls décideront sans doute la question. Pour moi , qui sens encore battre mon cœur à la vue d'un uniforme écarlate, au son d'une mélodie d'Irlande ou d'Ecosse, qui m'attendris toujours sur les pages de Walter Scott ou de Byron , qui dévore encore , avec un frisson électrique de plaisir et d'admiration, les nobles effusions du patriotisme anglais à cette tribune, berceau de la liberté, j'adresse au ciel mon humble prière pour que la balance favorise mes hôtes d'autrefois, les compagnons de ma jeunesse. Mais où m'entraîne mon émotion! je me berce d'un fol espoir. Jamais l'Angleterre ne pliera son orgueil à faire les concessions que demanderait la France ; elle tombera dans le précipice sans daigner le voir. Et moi, comme la corneille, j'aurai crié dans
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le dés^ ; comme Cassandre, f aurai prédit l'aTcnir et persomoie ne m'aura entendu . Personne ! excepté peut» être sur les bords de laNeva, un prince trop habile, dont rétoile scintille depuis longtemps à l'horizon , s'élère et monte encore, et est encore bien loin de son zénith.
Magnifique et glorieuse Angleterre 1 ma belle et noble France, je vous ai adressé à Tune età Tautre de dures vérités; je vous ai pourtant bien sincèrement aimées Tune et Tautre ! Si mon cœur s'est momentanément re* froidi pour mabienfaitrice,c'estquej'ai ressentiau pkts profond de mon âme l'atteinte portée à l'honneur de mon pays, son amitié, sa confiance outragée. Ce n'est pas pourtant dans une intention hostile à l'Angleterre que j'ai lancé cet écrit sur les flots orageux de l'opinion publique. J'ai voulu au coiitraire en lui dévoilant la vérité sur toutes les questions de l'Inde , en ne lui offrant que la vérité, mais toute la vérité, lui ouvrir les yeux sur l'étendue du danger qu'elle a bravé, qu'elle brave encore , dissiper le nuage que l'encens national élève sans cesse autour d'elle et qui l'a si récemment égarée jusqu'aux bords de l'abime. Je voudrais la forcer, en l'effrayant, à se jeter dans les bras de la France et enchaîner désormais leurs destinées.
Le ciel m'est témoin que tel a été mon seul but, le but d*un cœur reconnaissant , qui après le bonheur de la France ne désire rien tant que celui de sa noble rivale.
Aurai-je été compris, aurai-je au contraire froissé quelques cœurs que j'estime et que j'aime, en attaquant la politique d'un gouvernement qu'eux*mémes
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pourtant ont souvent blâmé devant moi , qu'ils blâment encore incessamment à la face du monde dam tous leurs journaux, mais dont le blâme leur paraîtra peut-être insupportable sous la plume d'un étranger. Cette considération a été sur le point de me retenir et de me faire déchirer ce livre au moment où il échappait de mes mains. Mais non, s'il y a de la justice chez les hommes ils devront m'absoudre, car mon langage n'a pas changé. Mes anciens frères d'armes m'ont entendu m'exprimer de même au milieu d'eux , même dans l'Inde, même sous l'uniforme britannique. Je n'ai point caché mon indignation partout où j'ai vu le mal ; ils l'ont quelquefois partagée. La vérité est une dette que chaque homme doit au monde; un lâche seul pourrait refuser de l'acquitter. Adieu donc, mon livre, compagnon de mes heures solitaires, prends ton essor, je t'abandonne à ta destinée.