PREMIÈRB PARTIE. — CHAPITRE VU
Riissel fut blâmée : il fut rappelé en i Sao et obligé de défendre sa conduite contre les plus lâches attaques; un nouveau gouverneur et un nouveau Résident, sir Charles Metcalfe, suivirent une politique directement opposée. Cedernierfutinvestid' un contrôledespotique sur le gouvernement du Kizam; son ambassade devint une véritable vice-royauté ; ses pouvoirs illimités ont passé à ses successeurs. Depuis cetle époque , l'intervention anglaise n'a fait que s'étendre; et à mesure qu'elle s'est développée le gouvernement du Nizam s'est étiolé sous son ombre. Aujourd'hui je comparerais cet empire à un vieil édifice lézardé de toutes parte et qui n'attend plus que le déplacement d'une petite pierre à la clef de la voûte pour s'abimer dans la poussière : cette petite pierre, usée par le temps et par les orages, c'est le vieux ministre Chandoulâl, que l'Angleterre depuis près d'un demi-siècle a placé au gouvernail. I^ui aussi ne s'est pas trouvé sur un lit de roses, et il lui a fallu des talens plus qu'ordinaires pour diriger jusqu'aujourd'hui le vaisseau de l'état sans l'échouer ou le briser contre les écueils. Quand il succéda , en 1809 , au pénible et dangereux ministère de Mîr-Alum , il trouva toutes les branches du gouvernement dans un état de décadence qui faisait présflger une dissolution imminente. En conséquence, son administration a été nécessairement un système, une série non interrompue d'expédiens : le mal était inguérissable; tout ce qu'il pouvait espérer, c'était d'en retarder le plus long-temps possible la dernière consommation , de trouver des remèdes ou des adoucissans aux crises les plus violentes, a mesure qu'elles
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se présentaient ; il s^agissait seulement de gagner une année après luie autre , de vivre un jour et encore un jour. Le pays n'avait plus d'avenir , il ne fallait songer qu'au présent : si même Chandoulâl avait eu le désir d'une réforme, il manquait des premiers élémens pour l'accomplir; il a fait tout ce qu'il était possible de faire dans sa situation d'instrument d'un pouvoir antinational et non ce qu'il aurait fait sous un autre régime. Si l'empire d'Hyderabad existe encore, c'est qu'il en est rame, c'est qu'il en est la vie; mais il a vieilli , et depuis quelques années le fardeau eût été au-dessus de ses forces si les circonstances ne l'avaient considérablement allégé. Un nouveau Nizani, le Nabab Asoph-Jah a succédé depuis 1829 à toute la nullité de son père , avec un esprit moins ombrageux, moins inquiet et moins vindicatif ;Mouneeroiil- Mouluk a suivi son ancien maître dans la tombe; Chandoulâl , la créature et l'esclave des Anglais , règne donc absolu sur tout ce vaste empire qui devient plus pauvre et se dépeuple de jour en jour; mais sa carrière touche aussi à sa fin : il entre dans sa soixante-et-douzième année; et quand sonnera sa dernière heure il n'y a pas un seul homme , dans tous les états du Nizam qui puisse le remplacer; car il faut rendre justice à ce Metternich indien, il est honorable dans la vie privée et personnellement désintéressé; il a une industrie, une patience et une aptitude singulières pour toutes les branches pratiques de l'administration, une application infatigable, des vues claires aussi loin qu'elles s'étendent ^ et comme homme de bureau il n'a pas son supérieur dans le
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monde. Sa longue expérience lui a donné une connaissance intime des affaires de chaque département , et lui en a rendu la routine familière : il veut tout voir par lui-même , rien n'est fait que par lui ; aussi le labeur physique qu'il supporte est inconcevable. Dans son commerce privé et public il a la douceur caractéristique de l'Hindou ; il est facile à approcher, et ses manières sont affables même envers le plus humble de ses sujets ; il a commis moins de cruautés et d'actes oppressifs que tout autre Indien dans une po* sition aussi élevée ; d'un autre côté son indulgence pour ses employés est poussée jusqu'à la faiblesse, mais Une faut point le mesurer à l'échelle européenne: on le trouverait dépourvu de beaucoup de qualités que nous considérons comme essentielles dans le chef (l'un gouvernement. Il manque de courage, d'éner* gie, de fermeté, de prévoyance , de véritable sagesse. Il serait absurde de chercher parmi les esclaves d'un despote indien ces qualités qui sont 1^ produit exclusif des lumières et de la liberté : ce n'est qu avec ses compatriotes, avec ceux qui ont vécu dans les mêmes conditions d'éducation et d'habitudes , qu'on a le droit de le comparer , et on reconnaîtra alors qu'il leur est infi* niment supérieur : pourtant il ne saurait se maintenir en place sans l'appui de l'Angleterre. Il n'a ni rang, ni fortune, ni alliances pour le protéger contre la ja« lousie du Nizam ; si la Compagnie lui enlevait aujourd'hui son appui, il se retirerait ou serait immédiate* ment chassé de son poste. Du reste , en pareil cas, la machine entière du gouvernement croulerait aussitôt de pourriture et de faiblesse; le Nizam lui-même serait
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probablement la victime d'une insurrection de ses sujets, et le pays deviendrait le théâtre d'une immeiie anarchie; des essaims de Pindaris ne manqueraient pas de sortir de ce désordre pour se ruer sur les provinces voisines, et la conquête du territoire deviendrait dèslors ime nécessité.
Comme je l'ai déjà dit, il serait absurde de chercher parmi les serviteurs du Nizam un homme digne ou capable de réformer les maux de l'empire. C'est une des conséquences nécessaires de l'état de vassalité d'un pays, que des hommes de cette trempe ne se produisent pas : il leur manque le champ nécessaire pourdévelopper et exercer leurs talens, et il en est des facultés comme des objets de consommation , la production est en raison de la demande. 11 n'y a plus d'amélioration possible dans les rapports de la Compagnie avec le Nizam : on ne peut le relever de l'état de dé* gradation dans lequel on Ta fait tomber, ni lui rendre ce qu'on lui a fait perdre ; d'un autre côté il ne peut rien faire par lui-même: «un gouvernement a ne saurait remonter à la prospérité par les mêmes « degrés qu'il a descendu; il lui faut achever sa course, « et passer par la dissolution avant dese régénérer( i ) . »
Les choses en sont donc venues au point qu'à la mort ou à la démission de Chandoulàl , événemens qu'on peut attendre d'un moment à l'autre, je ne vois plus que deux solutions possibles: la première, d'appeler au ministère le Résident anglais lui-même, comme on a voulu le faire en 1840 pour l'administration
(i) Sir Henry Russel.
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deTAfirghanistan; la seconde, de prendre tranquillement possession du pays, de déposer et pensionner le Nizam qu'on enverrait à Delhi tenir compagnie à son ancien maître le grand Mogol. Ce sera probablement la première de ces solutions qu'on adoptera.
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