‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 42 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPrTRE VII. i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPrTRE VII. i

grossier, quand il est le produit de leur propre sol , aux combinaisons gouvernementales les plus raffinées, tracées sur un modèle étranger et administrées par des mains étrangères. Il n'y a pas de doute que nos réglemens en fait de gouvernement ne soient dictés par les intentions ies plus bienveillantes et les plus philanthropiques; mais nos lois et nos usages, nos idées et nos formes de justice ne sont pas plus adaptés à l'état de la société dans l'Inde, que nos maisons et nos vétemens ne le sont au climat. La conséquence a été que notre système, en dépit de Thabiieté et du zèle de ceux qui l'ont administré, a fait plus de mal et un mal plus irréparable que les excès les plus désordonnés du plus mauvais gouvernement de l'Inde. S'il me fallait une preuve , je demanderais où sont aujourd'hui dans les domaines de la Compagnie les hautes classes et les classes moyennes ; elles sont nonseulement ruinées , mais complètement détruites ; il n'en reste pas même la trace. On se demande si elles ont jamais existé. Or, si notre passage n'est marqué que par des ruines, si nous ne savons rien élever à la place , conserver doit être la devise, la consigne de nos hommes d'état; étayer, toujours étayer, voilà notre meilleure politique. »

Sir Henrv Russel aurait pu ajouter à toutes ces raisons un motif encore plus concluant pour la cour machiavélique à laquelle il s'adressait; mais il ne se l'avouait peut-être pas à lui-même : c'est que tant que subsistent les gouvernemens indigènes , les peu* pies ne savent à qui s'en prendre de leurs misères, et les attribuent volontiers à leurs maîtres plus im

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médiats, dont ils senteDi joumellement le contact, dont les vices leur sont familiers : ce sont d'admirables paratonnerres pour diviser et détourner la foudre.

Avec des idées si larges et si saines, une appréciation si juste de la politique anglaise et de ses véritables intérêts, les résultats de l'ambassade de sir Henry Russel devaient être immenses : ils le furent. De tous les gouvernemens de Tlnde à Tépoque de son entrée aux affaires (iBii), aucun n'avait plus souffert de l'invasion de l'étranger et des bouleversemens de l'intérieur, ou n'était tombé dans un état plus déplorable d'impuissance que celui du Nizam. Une moitié du territoire était en insurrection permanente; l'autre moitié, dévorée par l'avarice et la rapacité de se» gouverneurs , ne pouvait supporter plus long-temps leurs exactions.

LesZemindars ou chefs de villages, qui avaient trop souffert de l'oppression du gouvernement ou qui voyaient une occasion favorable de secouer le joug, refusaient de payer des impots de plus en plus vezatoiresy se doimaient le nom de Naiks ou commandans, fortifiaient leurs villages, organisaient leurs laboureurs en soldats et défiaient l'autorité.

Chaque Zemindar outragé devenait Naik; chaque cultivateur opprimé se rangeait sous sa bannière où il trouvait protection , sécurité et abondance , choses inconnues sous les gouverneurs royaux. Les naiks devaient leur impunité à la faiblesse, et leur accroissement à la tyrannie du gouvernement. Des désordres de ce caractère ne sont jamais stationnaires : ils sont

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progressifs de leur nature ; et dans de pareilles circonstanceS) ce fut une œuvre difficile, mais glorieuse, non-seulement de préserver l'empire d'une dissolution finale y mais de le rendre capable d'efforts plus puissans, plus continus , plus efficaces qu'à aucune époque précédente; de lui rendre enfin une sève et une vitalité qui l'ont maintenu debout jusqu'aujourd'hui en dépit des fautes et de la politique toute différente de ses successeurs.

Sir Henry Russel voulut que le pouvoir qu'on avait constitué et reconnu fut fort afin d'être juste, et respecté afin d'être obéi. Il commença par lui rendre son unité en le centralisant de plus en plus entre les mains du ministre choisi par l'Angleterre. U voulut ensuite le mettre en état d'agir par lui-même et indépendamment de l'assistance de l'armée anglaise , en plaçant entre ses mains une arme parfaitement efficace pour maintenir l'ordre et décourager la sédition, sans qu'elle pût devenir dangereuse pour le gouvernement protecteur. Dans ce but , il s attacha à rétablir le contingent, c'est-à-dire l'armée proprement dite du Nizam. Ses prédécesseurs l'avaient lais* se désorganiser, avec l'intention évidente de la supprimer plus tard et de substituer les troupes anglaises à celles du pays : sir Henry Russel compléta et perfectionna son organisation et sa discipline, et en fit l'admirable corps d'armée que l'on peut voir aujourd'hui , et qu'on appelle encore en mémoire du réformateur la brigade de Russel.

Dès que ce corps fut remis sur un pied effectit , malgré la décrépitude du gouvernement, il le lui fit

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employer avec vigueur, de manière à ramener partout la tranquillité et l'obéissance. Il introduisit par ses conseils seulement, et sans intervenir directement, plus d'ordre et plus de justice dans h perception des impôts; il prit à tâche de voiler et d'effacer autant que possible son influence toute bienveillante, et la machine recommença à fonctionner. Il convertit le Nizam, et d'un voisin dangereux qu'il était nécessaire de surveiller d'un œil jaloux et de contrôler avec sévérité, il fit un allié puissant et dévoué. Quand, en 1816, le Peschwah et le Bajah de Bérar soumis au même joug subsidiaire brisèrent leurs chaînes, lorsque la Compagnie était en guerre avec Holkar, que Scindiah n'était contenu que par la présence d'une armée; quand, en un mot, toutes les énergies de l'Inde se soulevaient contre l'usurpateur britannique , tous les yeux se tournèrent avec terreur vers Hyderabad . On était sur que le Nizam se joindrait à la ligue, et peut-être alors en était-ce fait de l'étranger. Mais non : telle fut l'influence d'un seul homme, de la diplomatie douce, modeste , respectueuse et pourtant ferme de sir Henry Russel , de l'estime et de la reconnaissance personnelle qu'il avait su inspirer, que, dans ce moment de crise, la fidélité du Nizam fut inébranlable. Il se jeta franchement dans Talliance anglaise, avec toutes les ressources de son pays , et son contingent recueillit une part glorieuse des lauriers de Mahidpour.

Hélas ! ce dévouaient fut mal récompensé comme il arrive toujours entre le peuple vassal et le peuple suzerain. La politique peu ambitieuse de sir Henry

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