‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 61 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE.— GHAPmiE X · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE.— GHAPmiE X

première jeunesse, T impossibilité de se procurer des femmes dans la seule classe européenne où ils auraient pu trouver des épouses à leur hauteur intellectuelle leur a fait une nécessité du sensualisme pur et simple de rorient. Chacun d'eux a donc son zénanah ou harem peuplé de femmes de tous les âges, mariées suivant leurs croyances respectives, qui se sont succédées dans leur faveur aux différentes périodes de leur vie et mises successivement à la réforme, mais traitées du reste avec libéralité et avec égards. U est issu de ces unions une géniture vraiment priamique : j*ai vu chez M. William Palmer des enfans de tous les âges et de toutes les nuances. Jusqu'ici cette famille se soutient encore contre le fatal préjugé qui la poursuit, elle conserve encore sa place dans la société; mais malheur à elle si ellç perdait son chef ! il est seul capable de tenir tête à l'opinion , de lui en imposer par le prestige de son génie, par son instruction , par ses idées libérales et indépendantes , sa longue renommée, le souvenir de sa générosité sans bornes , de son immense hospitalité dans les beaux jours de sa fortune, hospitalité qui l'avait fait surnommer le prince des marchands à Hyderabad, nom que son frère (du même père par une femme européenne) s'était déjà acquis avant lui à Calcnlta. Mais c'est un homme déjà âgé, d'une nature chélive, usé tVailleurs par le climat , par ses mœurs orientales et surtout par les chagrins ; car sa position devient tous les jours plus précaire (i ). Il ne peut se faire à l'idée

(i) A,a roomeot même où nous mettons sous presse nous apprenons QQe Chandoulàl effrayé de l'épuisement général des sources du revenu

aoo L'INDE ANGLAISE EN 1843.

d'être pauvre ni comprimer les élans de son cœur généreux: ainsi, à l'heure même où i] soulage les infortunés autour de lui, la misère envahit sa demeure. Ses magnifiques jardins sont à-peu-près abandonnés : dans leurs compartimenssymélriquos croissent des arbrisseaux sauvages , d'autres sont tout-àfait dépouillés; les arbres tombent de vieillesse et ne sont plus remplacés; les bassins sont sans eau ; dans les élégantes fabriques de marbre blanc qui les décorent on ne trouve que négligence et malpropreté ; la maison elle-même s'écroule, c'est à peine si elle durera autant que son vieux maître. En passant pour la dernière fois, à la fin de iSSg et au moment de quitter l'Inde pour toujours , devant les cyprès de celte triste demeure , autrefois si gaie je me pris à répéter en soupirant ces vere d'Horace :

£heu ! Poslbunie , quas colis arborum Nulla praeter invisas çupressos Breveni dominum sequetur.

Pauvre Palmer ! il ne restem de toi que tes cyprès ; et ces Anglais que tu as si libéralement nourris à ta table paieront tous tes bienfaits en prodiguant l'insulte et le mépris à tes enfans, en leur refusant une place dans la société et dans le monde. Telle est

public a donné sa démission. Les pensions de la famille Palmer sont donc abrogées ; celle Tamille se trouve ainsi dans le pins affreux dénuement y et la Compagnie qui les a laissé dépouiller , qui a hérité de leurs dépouilles , leur refuse aqjoard'hui la plus mince aumône. Telle est souvent la reconnaissance du gouvernement britannique envers un dévouement étranger!

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