PREMIÈRE PARTIE. —CHAPITRE X
Dans les galeries à ogives chargées de moulures et d'arabesques des Palmer, c'est encore une cour, mais une cour orientale; c'est la dignité du Mogol , la politesse du Persan, i^hospitalité de l'Arabe : c'est pardessus tout la bonhomie de l'Orient. Au haut de ceWe table où vingt couverts attendent toujours les visiteurs que le hasard amènera, le chef de cette maison célèbre relève, sous la tache originelle du mulâtre, un front que le génie a ennobli. Aussi noir que le serviteur debout derrière son fauteuil, laid, chétif et souffrant, il fume tranquillement son chibouque pendant que son œil parcourt des papiers en caractères persans ou nagri rangés près du déjeûner auquel il touche à peine. Deux charmantes nièces dont le front légèrement nuancé annonce que le sang européen a prédominé dans une seconde génération , font à ses côtés les honneurs de sa table. Pendant qu'elles entretiennent la partie anglaise de l'assemblée, formée généralement de l'élite des trois cantonnemens, M. William Pahner reçoit comme un prince les humbles salams de la plus haute noblesse de la cité. Lé savant Pundit, le pieux Moullah, l'orgueilleux Amir, s'inclinent également et avec un respect profond devant ce frêle individu d'une race que leurs préjugés comme les nôtres ont également flétrie.
MM. Palmer ont long-temps servi d'intermédiaire entre le gouvernement anglais et celui du Mizam ; ils ont été les fidèles serviteurs de l'un et de l'autre: c'étaient les Botschildsdu Dekhan. Dans tous les moyens de crise , leurs richesses acquises par une honnête industrie sont toujours venues en aide au pou*
igS hVSDZ ANGLAISE EN 1848.
voir protecteur comme au pouvoir protégé* Qu'en est-il résulté pour eux? ce que l'on devrait toujours attendre d'un monde ingrat : les deux gouvernennens sont tombés d'accord pour les dépouiller. Dans les embarras politiques et financiers qui surgirent de i8i6-à 1820, les Anglais requirent lassistance du Nizam contre les Pindaris et les Mabrattes ; son ministre contracta avec la maison Palmer un emprunt de soixante lacs de roupies (ï 5, 000,000 de francs) qui servirent à solder de nouvelles troupes, et contribuèrent à faire pencher la balance alors fort indécise en faveur de la Compagnie. Le danger passé, celle-ci refusa de garantir l'emprunt ou de forcer le gouvernement du Nizam à reconnaître sa dette: dès-lors Je Mizam et son ministre devenus pauvres refiisèrent absolument de payer, et MM. Palmer en furent pour leur argent. Ils se trouvèrent ainsi ruinés par l'insigne déloyauté de la Compagnie. U ne leur reste plus aujourd'hui qu'une pension viagère à la merci de Chan* doulâl 9 et dont la quotité et la régularité dépendent de son capice ; il leur reste encore leur nom et leur honneur sans tache : le respect et les hommages du blanc et de l'indigène les suivront jusqu'au tom* beau*
Ce qui caractérise surtout la vie intérieure des chefs de cette famille ^ c'est qu'elle est ouvertement épicurienne : c'est leur malheur plutôt que leur faute, le malheur de leur couleur proscrite. Déistes par suite de l'éducation philosophique qu'ils ont reçue en £u* rope^ habitués au ton et au raffinement de l'extréine civilisation au milieu de laquelle ils ont passé leur