PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE XI. ao
Gange et se mit à prêcher dans tout FHindoustan la doctrine de la transmigration des âmes. Dans le cours de ses voyages , Ravana ou Ravanou ^ alors roi (le Tile de Ceylan ^ trouva moyen de lui enlever sa femme Seeta, et ce ne fut qu'après de longs combats et un long siège tout«à-fait homérique , écho défiguré de l'Iliade et de l'Odyssée, qu'il parvint à la re* conquérir avec l'assistance d'une armée de singes commandée par un singe fameux nommé Hanouman. Les cérémonies du Ramlila ne sont autre chose que la mise en scène de ce drame religieux : c'est une occasion avidement saisie de se livrer à ces plaisirs et à ces spectacles pour lesquels tous les Asiatiques éprouvent un besoin d'enfant. Comme c'est toujours la même répétition dans toutes les localités, il me suffira de décrire cette fête telle que je l'ai vue à Hydelabad pour en donner une idée exacte à mes lecteurs, lies préparatifs occupent plusieurs semaines durant lesquelles les cipayes travaillent sans relâche à construire^ dans la grande plaine qui s'étend entre le village d'Alwall et Bolarum ^ une espèce de fort que Rama et Lukmann devront assiéger.
Vers le premier du mois, on voit s'élever successivement dans cette enceinte plusieurs idoles colossales environnées de figures bizarres, de chevaux et d'éléphans construits en terre glaise et en paille , et creux de manière à pouvoir y introduire de la poudre. La plaine devient alors le théâtre d'une petite guerre qui continue pendant plusieurs jours avec des explosions continuelles de pétards , les sons effrayans de ces terribles trompes dont nous avons déjà parlé, les
îio4 L'INDE ANGLAISE EN 1843.
tamfams, les nciobuts, qui ne discontinuent ni jour ni nuit. Chaque jour, vers le coucher du soleil , a^ rive, traînée sur d'énormes roues par toute la population hindoue des trois cantonnemens , qaelque nouvelle divinité qui vient joindre l'une ou l'autre armée. Le sabbat va toujoure croissant , lorsqu enfin Ravanou paraît en personne sous la forme d'un géant monstrueux de trente à quarante pieds de hauteur, construit de la même façon que les autres divinités, mais contenant intérieurement un système compliqué de feu d'artifice. J'ignore combien de têtes la mythologie accorde légitimement à ce monstre; je lui en ai vu généralement huit ou neuf, tout ce que l'imagination et les mains de l'homme peuvent concevoir et exécuter de plus horrible. Il a aussi des bras et des mains, à la volonté du statuaire, et chaque main brandit quelque arme plus ou moins redoutable ou fantastique. Des attaques furieuses sont dirigées incessamment contre lui par Rama et I^ukmann , mais les assaillans sont constamment repoussés jusqu'au dernier jour de la fête quand les deux frères, assistés par le général Hanouman et sa puissante armée de singes, doivent enlever le forî. Cette armée composée de quelques centaines de masques plus effroyables les uns que les autres et porteurs de longues queues , cabriole , hurle , miaule, glapit comme autant de démons. Ils sont aussi repoussés à plusieurs reprises , mais enfin la journée est à eux. Au plus fort Je la fusillade, le feu se communique au géant principal, Ravanou, qui saute en l'air avec une explosion épouvantable. Tel est à-peu-