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Bépin Chandra Pal, son éditeur, fut puni de six mois d'emprisonnement.
Les étudiants hindous le considérèrent comme un martyr (1).
Un autre babou, directeur du mouvement 'swadeshiste, Surendo Naïh Bannerjee, journaliste, donna à titre de récompense une médaille d’or à un jeune homme qui avait été fouetté de cinquante coups de verge pour avoir pris part à une émeute contre le gouvernement. ;
Surendo Nath Bannerjee est un ancien membre du Civil service, qu'il quitta en 1874.
Le Yugantar, de Calcutta, journal qui paraît clandestinement depuis sa suppression en février 1907, disait : «La révolution est le seul salut d’une société asservie. Avec une ferme résolution, vous pouvez mettre fin en un jour au gouvernement anglais, Offrez vos existences en sacrifice au temple de la Liberté. Sans répandre du sang, vous ne pourrez pas la conquérir ; donnez en sacrifice les têtes des adversaires et que 70 millions de bras prennent le glaive, etc... »
Nous nous idispenserons de citer des brochures
(1) Il avait engagé les Hindous et les Musulmans à s'unir et leur suggéra l'idée de prendre pour chef l'émir de l'Afghanistan. L'Iude devait devenir une république, avec une Haute-Chambre, composée de chefs feudataires, et une Chambre-Basse, composée de membres du peuple. Bépin Chandra Pal n'indiquait pas la langue qui aurait été en usage pour être comprise de tous; pourtant, il yen a plus de 50 dans l'Inde.
LAN engageant l’armée indigène de l’Inde à la révolte. A ce sujet, l’éditeur du journal India, de Lahore, récolta cinq ans de prison.
On eût pu croire la situation générale alarmante. Elle ne le fut jamais et aucune insurrection ne fut à redouter. En effet, les journaux swadeshistes n'avaient et n’ont encore pour lecteurs que les ennemis de la suzeraineté anglaise, à laquelle ils doivent les avantages dont ils bénéficient actuellement. D'autre part, tous les princes Indiens ont donné loyalement, et ils continueront leur appui aux Anglais, à qui ils sont reédevables de la paix et de la prospérité actuelles. Aussi, la plupart d’entre eux firent publier des proclamations en faveur des Anglais et interdirent dans leur région les journaux séditieux de Calcutta et d’ailleurs.
L'effet d’une presse révolutionnaire, dans ces conditions restreintes, et surtout eu égard à la profonde indifférence de la masse du peuple, ne pouvait pas amener de soulèvement général. Elle contribuait à la formation des grèves, c’est indiscutable ; à des émeutes dans les grands centres et à des faits isolés comme il s’en produisit malheureusement plus tard et qui revêtirent un caractère anarchiste. Maïs, de là à une révolution, il y avait un abîme infranchissable, plus profond que l'utopie actuelle d’une Inde nationale et plus incompréhensible qu’une Europe nationale.
L'Inde est une agglomération de nations aux contrastes les plus étranges. Ce sont des pays aux mirages décevants où, à côté d’ors et de fleurs, la
fiente de vache est en bonne place ; où, dans le même culte poétique et mystique, doux et charitable, se rencontrent l’obscénité cynique, des débauches inouïes et une cruauté féroce. Brahma, dans la Trinité hindoue, est le créateur, Vishnou, le conservateur, et Siva, le destructeur. Le dernier devrait être en opposition avee les autres. Or, ïl n’en est rien et Siva jouit d’une adoration pareille à celle décernée aux autres dieux.
La mort, chez les Hindous, est une illusion qui désagrège les éléments matériels, mais ceux-ci subsistent toujours par transformation. Siva est donc nécessaire au panthéon indien. D’ailleurs, l’attribut matériel sous lequel certains l’adorent, semble an avoir fait le Dieu le plus important de l’Inde, et tout en détruisant, il se trouve être le principe de la vie. Pourtant, il n’est pas le Dieu‘de l’amour, personnifié par Vishnou et par Krishna, une des nombreuses incarnations ou transformations de Vishnou.
Il n’est done pas surprenant que sous l'influence de leurs religions, du milieu immuable des castes, d’anciens souvenirs pénibles de dure domination musulmane, de l'effet d’une instruction trop moderne, à laquelle leur passé les avait insuffisamment préparés et des exemples de la civilisation européenne, les babous bengalis et d’autres personnes de culture intellectuelle, en soient arrivés à une conception dont l’anarchisme a failli être la triste apothéose, comme on le verra un peu plus loin.
On serait tenté aussi de rendre responsable de cet esprit nouveau le Congrès, bien qu'il ne détienne aucun droit constitutionnel, si l’idée première de cette institution n’avait été inspirée par un sentiment humanitaire, c’est-à-dire en vue de la propagation de la civilisation occidentale à appliquer avec discernement pour l’amélioration de la situation morale et matérielle des peuples de l’Inde.
Peut-être faudrait-il attribuer la prolongation de l’agitation aux encouragements moraux exprimés imprudemment par certains membres du Parlement,.dont l’un (1) écrivait à S. N. Bannerjee : « Continuez l’agitation et faites-le efficacement ; de grands meetings sont des plus utiles. Vous avez la plus juste des causes, et j'espère que vous ferez entendre votre voix ; tout dépend de vous dans l’Inde, Rappelez-vous qu’un whig ne fait rien sans pression. »
D'un autre côté, vers la fin de 1907, au moment où le mouvement swaideshiste se calmait, M. Keir Hardie, membre du Parlement, chef du parti agraire, fit un voyage dans l’Kastern Bengal and Assam, accompagné par M. Chowdhury, avocat, associé à l’agitation swadeshiste. En passant à Barisal, il prononça un discours, dans lequel, dit-on, il promit de faire de son mieux pour donner à l’Inde un self-government comme celui du Canada. On prétendit même qu’il eria : &« Bandé Ma-
(1) M. O'Donnel — The real India, p. 179.
taram !» aux applaudissements des Hindous et à la satisfaction exubérante de la presse bengalie.
À ces encouragements inconscients, il y a lieu d’ajouter les espérances excusables que la venue au pouvoir du parti libéral avait dû faire naître. Les Hindous avaient conclu probablement qu'avec sir John Morley, les traditions autoritaires de lord Curzon cesseraient et seraient remplacées par un régime plus libéral. Là, comme ailleurs, ils reçurent la confirmation de leurs vaines illusions. Le gouvernement fit des promesses sans trop s’engager et donna à entendre qu'il augmenterait le nombre des membres du conseil législatif et élargirait ses pouvoirs pour lui permettre de discuter le budget.
Ce fut nécessairement une piètre satisfaction que $. N. Bannerjee, membre modéré du Congrès, traduisit ainsi dans un meeting tenu en plein air à Calcutta : «L’Angleterre, après un siècle et demi de tutelle, nous considère comme incapables de nous gouverner nous-mêmes. On nous promet d’élargir le nombre des membres du conseil législatif ; mais en quoi cela nous donnera-t-1l un contrôle plus effectif et efficace sur les finances publiques et sur le pouvoir exécutif ?.. »
M. S. N. Bannerjee, babou intelligent et instruit, n’ignorait pas pourtant que les réformes sont lentes et graduelles avec les Anglais comme avec tous les peuples réfléchis. C’est un modéré relatif qui eût«dû savoir que si le progrès est lent, il est sûr.
Le langage des extrémistes était tout autre, mal-
gré le Bill du 10 novembre 1907, qui empêchait les meetings nuisibles au pays. Leur presse, par différents procédés, excitait à la révolte et ainsi les coupables savaient se dérober. Des imprimés anonymes étaient adressés au vice-roi lord Minto, - successeur de lord Curzon, démissionnaire ; au lieutenant-gouverneur du Bengale, au général Kitchener et à d’autres personnalités. On les menaçait de mort, C’était le commencement de la eampagne anarchiste inaugurée dans l’espoir de terroriser le gouvernement. On n’y parvint pas, mais il y eut des victimes.
Le G décembre 1907, le lieutenant-gouverneur Fraser revenait de tournée, lorsqu'une explosion violente ébranla, entre Narayangany et Benapur, à 85 kilomètres de Calcutta, le train spécial dans lequel il se trouvait, La locomotive eut de forts dégâts, mais il ne se produisit pas d'accident de personné. On s’aperçut aussitôt qu’une bombe avait été placée sur la voie pour faire sauter le train. Aucun train n’étant passé sur cette voie depuis trois heures avant, on avait done voulu tuer le lieutenant-gouverneur qui avait aidé à la partition du Bengale. Cette supposition fut confirmée plus tard par l’arnestation des complices de cette tentative criminelle,
Un mois ne s'était pas écoulé, lorsque, en gare de Goalando (Eastern Bengal-Assam), un Hindou bengali tirait un coup de revolver dans le dos de M. Allen, juge à Dacca, au moment où il prenait le train pour Calcutta et rentrait en congé: Le cou-
pable ne fut pas retrouvé. M. Allen ne fut pas tué, heureusement, mais très grièvement blessé.
C'était le résultat inévitable de la campagne révolutionnaire menée par les journalistes swadeshistes. L’excès même de ces violences préméditées devait auire à la réalisation prochaine des quelques revendications justifiées. Aussi toute la population musulmane de Dacea protesta avec une imdignation véhémente contre les Bengalis et leur eût fait un mauvais parti sans l’intervention urgente et les. bons conseils des pouvoirs publics.
Malheureusement, ce ne fut pas le dernier attentat. Le 30 avril 1908, à Muzaffarpur (Bengale), voulant assassimer M. Kingsford, .district-juge dans cette ville, qui précédemment, à Calcutta, avait condamné des collégiens hindous à être fouettés pour participation à une émeute sur la voie publique, deux Bengalis lui lancèrent une bombe explosible, Elle ne l’atteignit pas, mais frappa dans leur voiture Mme Pringle Kennedy et sa fille. Toutes deux furent tuées. L’un des ineurtriers se suicida le lendemain, au moment où on allait le prendre. Quant à l’autre, il fut arrêté et pendu le 11 août 1908.
Cette fois la police se décida à agir vigoureusement. Elle mit tout à coup la main sur une association de swadeshistes anarchistes installée en toute sécurité dans les quartiers commerçants de Calcutta, à Muroripokar road et à Maniktollah road. On découvrit dans des boutiques banales des centaines de bombes toutes prêtes, dissimu-