‹ L'Inde Anglaise et le SwadeshismeChapitre 40 sur 41 · L- Les st · texte numérisé non relu

L- Les st

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consciencieux. C’est un appel à la révolte. Nous le donnons en guise de simple renseignerhent. Le voici dans toute sa saveur brûlante, sous la forme lyrique, si appréciée des babous, et si recherchée par eux, selon leurs préférences innées de la parole à l’action :

LE YUGANTAR

Abonnement : une tête saignante d’Européen.

3° année. Approuvé par la liberté. 100.000 numéros ont été fmprimés cette semaine.

Krishna explique comment il s’incarne, d'âge en

âge, pour punir les méchants et récompenser les:

bons.

Poésie : Hé, Européen ! aujourd’hui tu as une contenance terrible, tu nous persécutes de cent facons cruelles pour étouffer notre nouvelle vie. A la vue de tes injustices criantes, le feu de la révolte s’allumera partout. Tu verras alors si tu peux garder le pouvoir. Continue de nous 'opprimer autant que tu pourras ; ce sont tes persécutions qui nous ont enseigné le patriotisme. Au rayon de ce soleil brûlant, notre douce mère a retrouvé le vrai bonheur, le bonheur de vivre. La joie et la” paix règneront de nouveau sous les toits bengalis et le Bengale deviendra un lieu fortuné et béni.

Nous nous sommes voués à une grande tâche.

Nous obtiendrons ce que nous désirons depuis si

longtemps : le Swaraj...

Appel : Tu es un enfant, Dourga aux dix bras

armés est ta mère. Siva, le grand destructeur, est ton père. Trente millions de dieux et d’anges sont : tes frères. Que peux-tu craindre encore ? Marchepied de cette race méprisable de marchands européens qui détiennent le pouvoir ! Toi, dont le bras puissant et terrible fait trembler jusqu’au tronc d’Indra. Pourquoi es-tu né ? Pour souiller le sein béni de l’Inde, notre mère, si tu recules encore devant la seule tâche digne d’un vrai fils. Si tu ne peux pas inventer des moyens de salut pour échapper à l'oppression des monstres injustes qui détruisent le respect dû aux brahmes et mangent de la viande de bœuf (1), n’oublie pas que l’enfer est créé pour toi et pour toi seul. Pourquoi la foudre ne tomberait-elle pas sur toi, si maintenant encore tu n’as pas le courage de piller un bureau de poste, une maison européenne ou une trésorerie ? Pourquoi es-tu né de cette race sainte ? Pourquoi as-tu été reçu sur le sein de cette mère bénie, si tu n’as pas encore réussi à offrir à ta mère le sang d’une tête de monstre blanc, pour apaiser les

(1)-C'est une profanalion sacrilège pour un Hindou de manger de la viande de bœuf où de vache. Ces animaux sont sacrés, Le porc est considéré comme impur où immonde. En général, les Hindous sont végélariens La caste dile des « brahmes» ne se nourril exclusivement que de fruits, légumes, lait, Cetle règle est absolue dans le sud de l'Inde, et tout brahme, riche ou misérable, qui l’enfreindrait, serait voué à l'ignominie el exclu de sa castle. Les brahmes Bengalis se montrent beaucoup moins rigoureux,

mânes des héros qui t’ont précédé ? Retire-toi de moi, homme lâche, aù cœur sans courage. L'enfer est ton partage. Si vous en avez le courage, évidemment vous pourrez trouver des armes. Ce qu’il faut, c’est un petit effort. Si vous croyez qu’une bombe fait mieux la besogne qu’un fusil, je vous indiquerai plus bas un moyen facile de les fabriquer. Mais, pendant la semaine, offrez-moi quelques têtes, pillez quelques bureaux de poste, et alors je verrai.

Profession de foi du Yugantar : Dans le septième numéro de cette année, nous avons indiqué brièvement la façon de faire ‘des bombes. Pour préparer une bombe, il faut d’abord avoir (ici le détail complet sur le procédé pratique et théorique)...

L’Inde entière est un arsenal de bombes (c’est absolument faux). De quoi as-tu peur ? Sors avec un revolver. Si cela n’est pas possible, enfermetoi à la maison et fabrique des bombes. Si tu n’as personne sous la main, organise une bande, et au travail. Rappelle-toi que le Seigneur est ton secours, entends les encouragements de ta mère ; écoute la voix victorieuse de la trompette du temps, elle chante Bandé Mat’ram !1!.. »

Imprimé à la machine à tuer les Européens. Publié par la Société des Enfonts épris de la Liberté ! !

Cet appel anarchiste, répandu dans une partie du Bengale, semble avoir produit le résultat violent prôné par son auteur anonyme, quoique sup-

posé, et il est possible d’y voir une connexion entre lui et une tentative de meurtre récente, dont faillit être victime, pour la seconde fois, le lieutenant-gouverneur du Bengale, sir Fraser. Celui-ci, convié à assister à une conférence donnée à Calcutta, par la société protestante « Young men Christian association », venait de pénétrer, le samedi 7 novembre, vers 6 heures du soir, dans la salle des conférences et allait se placer sur l’estrade réservée, lorsque le secrétaire de la Société aperçut

dans la foule un jeune Bengali mettant en joue

sir Fraser avec un revolver qu’il cachaït aussitôt sous son vêtement flottant. L’Indien fut immédiatement maîtrisé et arrêté par la police. C’était un jeune homme de 18 ans, étudiant à Calcutta. Il avait essayé de tirer sur le lieutenant-gouverneur, mais ainsi qu’on le constata par l’empreinte du percuteur sur les cartouches, deux coups avaient raté. Jugé, il fut condamné, le 25 du même mois, à dix années de travaux forcés seulement, parce qu'il avait exprimé des regrets sincères.

Deux jours après, lundi 9 novembre, vers sept heures du soir, un. inspecteur de police hindou (celui qui arrêta, le lendemain du 30 avril, un des meurtriers de Mme Kennedy), fut assailli par derrière en pleine rue, à Calcutta, par des Bengalis qui le criblèrent de coups de revolver dans le dos et le tuèrent. Le Gouvernement a promis une prime de dix mille roupies à celui qui fournira des indications à ce sujet.

Ces attentats isolés, tous dans la même région,

démontrent bien le caractère circonscrit de l’agitation. L'esprit national semble y faire complètement défaut. Il ne s’agit que des intérêts d’une classe du Bengale, à laquelle les autres peuples de l’Inde s’intéressent moins que ne le feraient les partis modérés de la France à un mouvement révolutionnaire en Allemagne ou en Russie. Comme en Europe, les nations ou peuples divers de l’Inde n’ont aucun lien entre eux, ni unité, et il n’y a pas plus d’âme indienne que d’âme européenne. Il n'existe que des races opposées, vivant aujourd’hui en accord forcé, sous la suzeraineté d’une nation: assez forte pour leur avoir imposé la paix en débarrassant les Hindous de la tyrannie des Musulmans et en empêchant ensuite les Hindous d’opprimer leurs anciens maîtres et de gouverner à leur tour Indiens et Musulmans, conformément aux principes arriérés de la religion brahmanique. |

Jusqu'à preuve du contraire, nous considérerons donc ce mouvement swadeshiste comme une expression du mécontentement d’une partie de la classe des babous, dont les intérêts privés ont été lésés et les espérances déçues par la division administrative du Bengale. Nous marquerons d’une appréciation plus Sévère le swaraj anarchiste, réprouvé même par les swadeshistes modérés, et nous le considérerons comme de vulgaires attentats séditieux, qu’une bonne police pourra réprimer.

Peut-être, plus tard, faudra-t-il se préoccuper

de donner aux peuples de l’Inde des libertés compatibles avec la civilisation moderne de l’Asie. Mais, pour les mériter et en être dignes, les Hindous devront, auparavant, renverser le régime millénaire des castes, institué par les premiers conquérants et les brahmanes (prêtres) dans le but de maintenir leur pouvoir absolu et empêcher la race dite supérieure de se mélanger à l’inférieure. Il faudra non seulement supprimer les quatre castes primitives, des Brahmes, des Ksathryas, des Vaycias et des Soudras, mais aussi toutes les divisions et subdivisions de castes, transformées insensiblement en corporations fermées, qui rendent les Indiens étrangers les uns aux autres.

À ce moment, les peuples de l’Inde prendront une conscience exacte de la valeur des hbertés et ne pourront plus placer l'intérêt particulier de la caste au-dessus de l’intérêt commun. La caste ne sera plus la patrie, et l’unité sociale réalisera alors l’unité politique, d’où sortira, plus tard, l’unité nationale.

Montpellier, le 12'Mars 1909 Montpellier, le 12 Mars 1909

Vu, le Doyen de la Faculté de Droit, Vu, le président de la thèse VIGIE, MOYE.

Vu ET PERMIS D'IMPRIMER :

Montpellier, le 12 Mars 1909.

Le Kecteur, Ant. BENOIST, .

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