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LES RIVALITÉS ENTRE INDIGÈNES

L'Inde n'est pas une nation; divisions entre indigènes; Hindous et Musulmans; aptiudes diverses : l'Hindou, homme de cabinet; le Musulman, homme d'action. — Les Tocédés anglo-indiens pour le recrutement des fonctionnaires, les examens et les conours; triomphe du babouisme, doléances des Musulmans; adresses au gouverneur du 'endjab et au vice-roi; mesure dans laquelle on a tâché de leur donner satisfaction dans 3S provinces du Nord.

Les indij^ènes, on vient de le voir, ont déjà, dans l'administration u pays, une large part. Ils nient que ce soit une juste part. Ils la eulent étendre et ne seront satisfaits que le jour où elle comprendra out. Et il semble qu'en effet, ce soit là une prétention légitime, i'il arrive que les indigènes soient, par l'éducation et la conscience, evenus aptes à remplacer les administrateurs européens, ils auront, inon tout de suite à gouverner, du moins à administrer leur pays, es droits si forts, que nulle puissance au monde ne pourrait les ignorer ou les nier. Ce ne serait donc qu'une question de temps qui ^ ;s séparerait encore de cette conquête de la bureaucratie (je ne dis as du pouvoir), objet de toutes leurs ambitions.

Par malheur pour eux, l'échéance ne semble pas encore toute roche : cette question de temps se double (au moins) d'une autre : i rivalité des différentes populations qui habitent l'Inde.

L'Inde n'est pas une nation. C'est une agglomération de populaons, qui diffèrent par la race, la religion, les institutions, la ingue, et que seul a juxtaposées le hasard des dominations, quel- II es-unes sous les Mogols, toutes sous les Anglais. Elles vivent côte

I ôte, sans se pénétrer. Les souvenirs de jadis planent encore au- ^us d'eux : Sikhs, Musulmans, Mahrattes, Hindous, Birmans, si\

"main la puissance britannique s'effondrait, ne consentiraient pro-

ablemcnt pas à rester unis, fût-ce un jour. Et môme sous la règle.

l'ordinaire assez légère, mais toujours ferme et, à l'occasion, rude.

• l'Angleterre, ces rivalités (on aurait pu parfois dire ces haines)

• trahissent tantôt par ces représentations mesurées où les aristo- Mlies asiatiques excellent, tantôt par des attaques furieuses, qui.

temps à autre, rompent les trêves et mettent aux prises des iiilo.s irréconciliables.

L'exercice du pouvoir ou, plus exactement, le partage des places, sous le contrôle britannique, est, pour ces rivaux divers, le prétexte, mieux que cela, la cause de jalousies sans cesse avivées. Il semble qu'au début les Anglais ne s'en soient ni méfiés ni même doutés. Quand ils ont commencé à associer les hommes du pays à leur œuvre administrative, ils ont, à l'imitation des Mogols, choisi leurs auxiliaires parmi les puissants du jour : aristocratie ou gentri/, Musulmans et Hindous. Mais lorsque, pénétrant plus avant dans le détail de l'administration, ils ont souhaité tirer de leurs collaborateurs indiens un concours plus efficace, ils ont, au lieu de la situation sociale, adopté un autre critérium : les talents et les connaissances attestées. Nul Européen ne songera à les blâmer. C'est une pratique qui se justifie et qui lui est familière.

Et toutefois, les Anglais entre tous les peuples qui s'adonnent à la colonisation, auraient dû hésiter avant d'adopter ce critérium. Ils n'avaient qu'à considérer ce qui se passe dans leur pays et la place énorme qui longtemps y fut laissée au privilège de la naissance. S'ils avaient fait ce retour sur eux-mêmes, c'est probablement sous un autre angle qu'ils auraient vu les choses de l'Inde.

L'Inde se divise, pour simplifier les choses, en deux groupes principaux de populations : les Hindous et les Musulmans; 62 millions de Musulmans et 207 millions d'Hindous. Les Musulmans, jadis guerriers, agriculteurs et pasteurs, ont été, durant des siècles, la race dominante. Hommes de plein air et d'action, ils n'ont jamais été grands clercs, et ne se sont pas donné, à l'ordinaire, la peine d'étudier et d'apprendre. Cela n'a pas empêché qu'ils n'aient fourni à l'Inde quelques maîtres éminents, dont le nom est inscrit dans l'histoire du monde. Ils s'en souviennent; et, songeant à ce qu'ils ont fait et su faire, considèrent, avec quelque étonnement, pour ne pas dire mépris, cette coutume nouvelle de demander aux candidats aux fonctions publiques des preuves de savoir. Incontestablement, ils distinguent entre le savoir et le savoir-faire. Et ils ont. pendant longtemps, paru peu disposés à conquérir leur due part des emplois à coups d'examens et à force de diplômes

Les Hindous, au contraire, surtout ceux de haute caste', ont été et restent des hommes de méditation et de cabinet. Cela a toujours été le propre des vaincus de se réfugier dans l'étude. Durant des

1. Qu'on n'oublie pas que, dans cette course aux places, ce sont les pens instruits, les Brahmanes, par exemple, qui sont les plus intéressés. Les petits emplois, tout le monde, ' même les pires ignorants, y peut prétendre. A partir diî 100 roupies, ne le peuvent plus , que ceux qui ont étudié; et là, les Hindous ont une immense supériorité.

«ècles, les Brahmanes, par exemple, au moins une fraction d'entre )ux, ont constitué la partie de la population qui sait lire, écrire, aisonner; leurs occupations ont été intellectuelles, surtout d'ordre jhilosophique et littéraire. Lorsque, dans les cinquante dernières innées, on a créé les Universités anglo-indiennes, ce sont encore eurs fils qui en ont fourni les premiers étudiants ; et, comme le )rogramme, au début, en était presque purement littéraire, les fils (e ces fils ont hérité et demeurent aujourd'hui en quelque sorte )risonniers de ces aptitudes exclusives. C'est ce genre d'études et ['aptitudes qui les poussent fatalement vers les fonctions publiques, ^es Hindous, ordinairement des hautes castes, ont réussi à s'v contituer une sorte de monopole'.

Les Musulmans s'en sont aperçus un peu tard. Ils découvrent eulement aujourd'hui l'utilité pratique de ces études qu'ils ont 'abord dédaignées. Ils fréquentent davantage les Universités. Ils en éclament même qui leur soient propres. Et ils se flattent de pouvoir, vant peu, produire un nombre très suffisant de candidats qualifiés our n'importe quel emploi. Et toutefois ils ne peuvent s'empêcher e critiquer le procédé auquel les Anglais recourent pour recruter mr personnel. Ceux du Pendjab, par exemple, ont, en 1904, remis u gouverneur un mémorandum qui contient l'exposé de leurs vues ce sujet, et qui est l'occasion d'utiles réflexions.

C'est seulement en 1882, disent-ils en substance, que dans cette rovince on a fait dépendre l'obtention des places importantes des accès remportés dans les concours. Nous supposons que vous, .nglais, avez eu vos raisons pour imposer ces épreuves. Nous ne îs connaissons ni ne les devinons : nos traditions y répugnent, et otre esprit se refuse à considérer le résultat d'un concours comme

1. Emplois du Gouvernement. — Part des Hindous et Musulmans (1903).

Emplois à partir de 400 roupies par mois.

Soldes Hindous. Proportion Musulmans. Proportion

en roupies. Nombre. p. 100. Nombre. p. 100.

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