COO
4 000 et au-dessus .... 6 10 2 3
LINDE HRITANNIODE. 31
un témoignage suffisant de l'aptitude d'un homme à gouverner, administrer et rendre la justice. Notre histoire nous a appris qu'il existe d'autres critériums. A de rapides examens, où la mémoire joue un rôle prépondérant, nous, nous préférons les présomptions qui résultent de la situation sociale du candidat, des services rendus à l'État par sa famille, de son caractère, de son allure, de ses aptitudes à obéir et à commander. Nous ne pouvons nous décider à mettre notre confiance en des échappés de collège, plus ou moins instruits, à supposer qu'ils le soient.
Ils continuent : l'événement nous a donné raison, puisqu'on nous avoue aujourd'hui que les concours aboutissent à des résultats médiocres. Nous l'avions dès longtemps prévu. C'est un système qui peut convenir à l'Occident. Ici, comme il ne tenait nul compte de la constitution du pays, soit politique, soit religieuse, il était fatal qu'il échouât. Mais son échec est venu trop tard. Il avait pu déjà sortir ses pires effets, et notamment réveiller l'hostilité, qui longtemps avait sommeillé entre Hindous et Musulmans. Un procédé qui ne pouvait que rompre l'équilibre des intérêts de races opposées devait avoir pour effet de surexciter leur antagonisme.
Partout et sur tous les terrains, nous avons, sans profit aucun pour le gouvernement, été sacrifiés. Dans cette province (Pendjab), où les Musulmans sont une majorité, les Hindous ont 74 extra assistant commissioners; nous en avons 57; ils ont fait recevoir au concours 40 munssiffs de district, et nous 5. Et les chiffres mêmes ne suffisent pas à indiquer l'étendue du tort qui nous a été fait ni la profondeur et l'âpreté de notre ressentiment.
Voilà, résumé en quelques lignes, un long mémorandum rempH de faits et de considérations. Le gouverneur du Pendjab l'a reçu avec déférence. Mais il ne pouvait porter au mal le prompt remède que les pétitionnaires souhaitaient.
Deux ans plus tard, en octobre 1906, les Musulmans, non plus du seul Pendjab, mais de presque toute l'Inde, et surtout des Provinces-Unies, émus de l'agitation qu'avait causée la création de la nouvelle province du Bengale Oriental, envoyaient une députation au vice-roi et refaisaient devant lui l'exposé de leurs longues doléances. Ils insistaient pour que leurs coreligionnaires obtinssent, dans l'administration, depuis les postes du Service subordonné jusqu'aux emplois les plus élevés, la part légitime à laquelle leur donnent droit leur nombre, leur histoire, leur situation sociale, et pour que les Gouvernements, celui de l'Inde comme ceux des provinces, prissent les mesures efficaces qui leur assureraient ce contingent légi-
ime*. Pareille demande — je l'ai noté plus haut — a été faite par ;s Musulmans lors des projets de réforme de lord Morley : ils eulent, à raison de leur histoire et de leur situation spéciale, une artie dans les Conseils législatifs élargis, et une part plus forte lême que ne le comporte leur proportion numérique. L'Act de 1909 ^ndian Councils) et les règlements d'application publiés par le Gouernement de l'Inde ont visé à leur donner satisfaction.
Le Gouvernement de l'Inde n'a plus dans le concours la même foi u'aux premiers temps. Il en connaît maintenant tous les inconvéients. Il sait que c'est le triomphe du babou, pourvu de mémoire t parfois dépourvu de bon sens^; qu'il n'attire que les enfants des lasses moyennes ou inférieures de la société, et jamais ceux des obles ou des grands propriétaires. Aussi, particulièrement dans les rovinces du Nord, emploie-t-il, pour recruter les agents de rang itermédiaire, d'autres procédés : choix direct ou avancement au loix d'entre les rangs du service secondaire.
Le procédé qui agrée le plus aux hautes classes est évidemment le loix direct, pratiqué par le gouvernement de la province sur l'indiition des fonctionnaires locaux. C'est à celui-là surtout que le Duvernement des Provinces-Unies notamment recourt depuis 1903. t, à l'entrée du service subordonné, pour arrêter l'invasion du ibouisme, il a placé deux obstacles. L'un a été de n'admettre sur la ste des candidats à des fonctions comme celles de lahsildars, que îs jeunes gens dont les familles ont des antécédents favorables et se )nt fait connaître par leur dévouement au gouvernement. L'autre a )nsisté à modifier le programme des concours, et en particulier à
introduire des matières à option qui ne leur soient pas d'avance
milières, comme le persan et l'arabe, langue dos princes et des Dbles musulmans. Il a ainsi donné quelque satisfaction aux hautes
asses. Mais il se heurte maintenant à d'autres et de plus grosses iffîcultés, qui, c'est à craindre, dureront désormais, avec des formes diverses, autant que la domination britannique elle-même.
1. Je mentionne en passant une autre difficulté d'un ordre dilTérent, mais qui complile singulièrement la tâche des Anglais. Voici que cluKjue Province réclame le droit de i\Mir chez elle que des fonctionnaires qui en soient originaires. Assurément les Bir- 111, n'aiment pas à être menés pardes Hindous; lesPendjabis ne supportent pas d'obéir I' - Mengalis. C'est au Gouvernement de l'Inde et aux gouvernements locaux à voir ce
il- peuvent accordera ce préjugée! à cette prétention. Déjà l'organisation du Provind SiTvice et du Subordinalc Service leur donne satisfaction. Mais voici (|ue les Anglais, rfs de province, semblent déférer sans conteste et adopter de bonne grâce la devise : issam aux Assamcse, etc. Cela peut mener loin : à l'Inde aux Indiens.
2. - Babou • est un terme ben'jali qui est l'éijuivalent exact du mot « Monsieur », mais \ li a fini par signifier • homme instruit de la classe moyenne ».