‹ L'Inde contemporaineChapitre 32 sur 166 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

AHMEHNAGARA. — ELLORA. — AURUNGABAD.

La caravane. — Un collecteur en voyage. — Le collectorat. — Ahmehnagara. — La dame blanche et son chevalier. — Le Versailles d’Aurung-Zeb. — Scènes, paysages, épisodes. — Les temples d’Ellora. — La Kiskindhyade Yalonki. — Aurungabad. — Souvenir d'Aurung-Zeb. — Les fakirs. — Misères des peuples du Nizam. — Consolations de leur souverain. — La commune hindoue.

Apprêts de voyage. — I.n caravane.

Tant de choses et tant de gens sont nécessaires à un voyageur dans l’Inde, qu’il est difficile de les rassembler tous , de les réunir tous le même jour, à la même heure, au même lieu, pour donner à la caravane le signal du départ. Heureusement que mon titre d’étranger, ou plutôt mon défaut de titres , me permettait de composer la mienne avec une modestie qui eût désolé ou déshonoré le moindre agent de la Compagnie. C’était, certes, l’équipage le moins oriental qui se fût jamais traîné sur les routes de ce pays. Monté sur un cheval acheté h un officier du camp de Pouna, et mes pistolets en bon ordre, j’ouvrais la marche, immédiatement suivi de deux pauvres diables à pied, rétribués ensemble à raison de trente francs par mois , et dont l’un , appelé le Saïsse , était proprement le palefrenier, et l’autre, le Gassyara ou coupeur d’herbe, était chargé de la table de ma monture ; ils portaient mes fusils chargés à balle ou k plomb suivant les occurrences, et, quand je galopais, ils prenaient le trot, suivant l’usage.

Diversement groupés autour d’un char grossier fait de bambous et attelé de deux bœufs, sur lequel s’avançait lentement mon bagage, se promenaient à ma suite le grand maître de ma garde-robe , un cuisinier qui devait en même temps me servir à table , un laveur d’assiettes (ma vaisselle comprenait jusqu’à deux de ces ustensiles), et un beetcheti ou porteur d’eau.

Outre le bouvier du char, un second poussait devant lui, à l’extrême arrière-garde, un bœuf de charge portant la plus petite tente qui ait jamais figuré sur les routes de l’Inde.

Ces huit serviteurs, au moment du départ, ayant reçu d’avance un mois de leurs gages, s’étaient pourvus de vêtements chauds pour la roule et d’une petite provision de riz. Chacun plaça sur mon char son petit paquet, consistant, en général, en un houka' fait d’une noix de coco , en un vase d’étain ou de bronze pour boire et faire ses ablutions, et en quelques guenilles. Cependant tous étaient joyeux; car, recrutés uniquement parmi des natifs des hautes provinces du nord-ouest, ils savaient que sur mes traces ils retournaient dans leur pays, ou qu’ils allaient s’en rapprocher.

La nuit tombait quand je montai à cheval pour rejoindre ma caravane, que j’avais envoyée, dès le matin, sur la route d’Aurungabad. Mais la peine , l’embarras de dire adieu à mes hôtes me retenait près d’eux. Les formes naturelles de la sensibilité, chez les Français, sont tellement différentes de celles imposées aux Anglais par une puérile ostentation de force d’âme, que je devais contraindre mon émotion, et dire adieu d’un ton froid à des personnes que je ne pouvais quitter sans un sentiment grave de tristesse. Il est beau d’être sensible, et les An-

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