‹ L'Inde contemporaineChapitre 55 sur 166 · I . A la Reine. — 2. Ed. de Warren · texte numérisé non relu

I . A la Reine. — 2. Ed. de Warren

LE RAJPOUTANA.

tiers , entourées de petits fossés d’assèchement , ces cabanes sont aussi propres que saines et commodes. Chacune, en général, ne sert qu’à un seul homme, dont le ménage se compose d’un fort filet tendu sur un cadre et tenant lieu de lit, d’un panier servant d'armoire et de deux ou trois ustensiles de cuisine.

Chaque régiment d’infanterie native , modelé sur ceux de la mère patrie , n’est guère que l’égal d’un de nos bataillons au grand complet ; il ne compte que neuf compagnies de quatre-vingt-dix à cent hommes l’une.

Son état-major se compose : 1° d’un colonel-général , qui , sur le même pied que ses collègues de l’armée de la reine , sans avoir à s’occuper le moins du monde du corps auquel il est attaché nominalement , perçoit un bénéfice considérable sur les fournitures ; 2° d’un lieutenant-colonel, personnage nomade, toujours à la recherche d’un bataillon dépourvu d’officiers supérieurs ; 3° d’un major, le plus ancien officier et la cheville ouvrière du corps ; 4° de six capitaines et de dix-huit lieutenants ou sous-lieutenants. Comme, selon le système adopté par la Compagnie, de diminuer le nombre des employés pour augmenter leurs profits, bon nombre de ces officiers sont détachés aux états-majors généraux ou appelés à des fonctions civiles , et que deux d’entre eux sont encore choisis pour cumuler avec leur emploi celui d’adjudant et de quartier-maître, il s’ensuit qu’il n’y a jamais sous les drapeaux qu’iin bien petit nombre d’officiers européens.

Il est vrai que le corps possède en outre dix-huit officiers indigènes , dont neuf reçoivent le titre de soubadar, qui est censé correspondre au rang de capitaine , et neuf celui de djemmadar , représentant le titre de lieutenant. Mais les uns et les autres sont réellement subordonnés

au dernier sous-lieutenant anglais. Aucun grade, aucun litre ne saurait effacer cette terrible distinction de la peau.

Le cipahi en garnison reçoit l'habillement militaire et huit roupies par mois1. Bien que sa nourriture soit à sa charge , cette solde lui suffit et au delà. En marche et en campagne, elle s’élève plus haut, mais aucune ration ne leur est distribuée ; il résulte de là qu’un petit corps de troupes est toujours suivi d’une multitude de marchands de toute espèce qui campent avec elles et s’établissent à poste fixe autour de leurs cantonnements. Une armée a donc ainsi son bazar; un régiment, le moindre détachement en marche a le sien. Chaque officier traîne en outre après lui un énorme bagage , un lit, une voiture, une tente très-lourde avec tout le monde nécessaire pour la dresser, et quinze , vingt ou trente domestiques pour le servir. C’est ainsi qu’un jour de bataille une immense agglomération ne présente que peu de combattants, et que sont justifiés les chiffres avancés par les anciens historiens pour les armées de Xerxès et de Darius.

Les heures de service une fois passées, c’est-à-dire dès sept heures du matin , l’étranger qui traverse les lignes du cantonnement indo-britannique pourrait oublier qu’il est dans un quartier militaire. Les cipahis , débarrassés aussitôt de leur uniforme, vont la poitrine et les pieds nus comme les gens du peuple, en caleçon et la petite calotte hindoue sur la tête : point d’armes entre leurs mains durant tout le jour; elles sont déposées après l’exercice dans de petits magasins , où un lascar est chargé de leur entretien. Ce n’est pas qu’on se défie de la loyauté de ces soldats , mais on n’a pas trop de con-

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