‹ L'Inde contemporaineChapitre 56 sur 166 · Environ 20 francs · texte numérisé non relu

Environ 20 francs

LE RAJPOUTANA. *

fiance en leur sens commun ; on les regarde comme des enfants, et, comme un fusil est une machine trop délicate et trop compliquée pour leur servir de jouet, on le leur ôte. Il en est de même des munitions, qui, dans un pays où le salpêtre est toujours liquescent, exigent beaucoup de soin ; c’est toujours le lascar qui en a exclusivement la garde.

De toutes les institutions que le cours des siècles a modifiées dans l’Inde , l’armée est la seule qui ait le privilège d’offrir à toutes les classes de la société un rendezvous où elles puissent se rencontrer, se coudoyer sans déroger. La profession des armes anoblissant, le paria peut y figurer à côté du brahmane de la plus haute lignée; aussi le service militaire est-il très - recherché ; c’est une faveur que d’y être admis, une punition d’en être renvoyé. S’il fallait à la Compagnie un million de volontaires pour recruter son armée, elle les trouverait en moins de six mois. Au premier son du tambour d’appel, on verrait de chaque carrefour, de chaque caravansérail , de chaque masure délabrée où la misère peut trouver un abri , affluer un contingent d’ernmeydwars ou à' hommes d’espérance , comme on appelle par une triste antiphrase les pauvres diables qui ayant tout perdu, jusqu’aux instruments de travail, laboureurs, tisserands, manouvriers sans emploi, attendant tristement, leur ceinture de famine serrée autour du corps, l’occasion de gagner une poignée de riz pour euxmêmes et souvent pour leurs familles cachées dans le voisinage.

Une fois à l’ombre du drapeau, musulmans et Indiens de toutes sectes vivent pacifiquement ensemble ; les dissidences de culte, les rivalités d’autels qui les divisent ailleurs n’engendrent là aucun sentiment de haine. Point d’aigres discussions , mais aussi point de sociabilité

entre eux ; aucune de ces recherches de plaisir en commun qui resserrent tant la fraternité d’armes parmi nos soldats européens ; on ne voit même jamais les cipahis de même caste jouer entre eux pour alléger le poids du temps. Chacun se tient chez soi, mange, fume solitairement, et ne sort guère que le matin et le soir pour aller faire ses dévotions et ses ablutions.

Les chefs européens qui commandent les cipahis se louent avec raison de leur caractère doux , de leur esprit de subordination ; ce sont , disent-ils , les soldats les plus disciplinés du monde. Cela tient à plusieurs causes : c’est d’abord qu’on exige beaucoup moins du cipahi que du soldat d’Europe ; qu’il a infiniment plus de liberté et que, hors les moments de service, il rentre dans toutes les habitudes de la vie civile. Et puis, il faut considérer que la plupart des infractions quotidiennes à la discipline, dans une armée européenne, sont la conséquence de l’ivrognerie et de la gaieté des jeunes soldats. 11 n’y a d’ivrognerie dans l’Inde que parmi les gens au-dessus ou au-dessous des préjugés , les princes ou la classe la plus abjecte. L’armée indienne boit de l’eau ; elle est grave, j’allais presque dire triste, comme la masse de la nation d’où elle sort *.

Indour — oajein. — Une reine de donne uns.

Indour, à une marche de Mhow, est la capitale de ces Holkars dont la puissance, à la fin du xvm' siècle, menaça l’Inde entière de sa suprématie; ainsi que ses maîtres , cette ville est aujourd’hui bien déchue. Sa cour mahratte est l’une des plus pauvres de l’Hindoustan ; l’é-

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