I. Janrigny , Revue (les Deux-Mondes
INTRODUCTION
services. Us y vivaient paisiblement, cantonnés dans leurs djaghirs, ou fiefs. Hastings prêta des troupes à son acquéreur pour les en déposséder. Les belles campagnes du Rohilcund, les mieux administrées, les plus florissantes de toute l’Inde d’alors, furent mises à feu et à sang à la suite de cet inique marché; car le nawab d'Aoude ne connaissait pas de plus sûrs moyens d’expropriation, que d’ensevelir sous les ruines de leurs foyers les légitimes propriétaires de sa nouvelle acquisition. Le contingent anglais assista et prêta main-forte à cette horrible exécution ! — Le nawab ne profita pas longtemps du fruit de ses barbaries. Il mourut l’année suivante (477b). Hastings se prévalut de sa mort pour mettre des conditions à l’installation de son fils Açaf Uddowla, et pour lui revendre à nouveau les territoires qu’avait déjà payés son père.
Encouragé par le succès de ces transactions, Hastings, toujours aux expédients pour équilibrer le budget de la Compagnie, ne trouva rien de mieux que d’appliquer son système d’extorsions à Bénarès, la ville sainte des Hindous, où la plupart des rajahs et des riches brahmanes de l’Inde avaient coutume de mettre en dépôt, comme dans un lieu respecté de tous les partis, une portion de leur fortune.
Le rajah régnant de Bénarès s’était toujours montré dévoué à la Compagnie, mais cette fois, révolté des exigences sordides d’Hastings, il résista; le gouverneur général, s’inspirant de l’exemple de Cortez, osa, à la tête de quelques centaines de Cipahis, arrêter le rajah au milieu de sa capitale, peuplée de cinq cent mille âmes. A cet attentat contre un souverain dont le gouvernement paternel avait mérité l’affection de son peuple, tout Bénarès court aux armes; le sang coule, deux compagnies de l’escorte d’Hastings sont massacrées; le rajah s’échappe et se réfugie dans un fort de l’autre côté du Gange. Hastings , en voulant le forcer dans cet asile , perd la moitié de sa troupe et se voit forcé de se réfugier sur son propre territoire.
A l’exaspération qui se répandit alors dans les campagnes et dans les villes relevant de Bénarès, à l’appel plein de dignité que le rajah fit à tous les souverains, comme à tous les souvenirs de l’Inde, on eût pu croire quo les Hindous savaient ce que signifient les mots de patrie et d'indépendance. Hélas! ces
velléités d’honneur national passèrent comme un éclair. Le rajah, battu en rase campagne, poursuivi de retraite en retraite par Hastings, qui, de son chef, lui nomma un successeur, s’enfuit enfin dans les inaccessibles solitudes du Bundelcund, laissant dans le fort de Bidgagur quelques membres de sa famille, parmi lesquels la veuve et la sœur de son père.
Après le départ du malheureux rajah, le commandant de Bidgagur songea bien moins à prolonger sa défense qu’à obtenir une capitulation avantageuse aux princesses confiées à sa garde. Hastings, implacable, les traita avec la barbarie d'un chef de chauffeurs ', et poussa le mépris des mœurs hindoues et de sa propre dignité, jusqu’à faire fouiller ces malheureuses pour leur enlever leur argent et leurs bijoux.
11 ne s’en tint pas là : il y avait aussi dans le royaume d’Aoude de riches douairières à dépouiller. La mère et la sœur du prince régnant, préfet docile de la Compagnie, avaient conservé des fiefs et amassé un trésor que la renommée enflait selon l'usage de tous les pays. Convoitant cette proie facile, Hastings ordonne au nawab de dépouiller sa mère, et le force à assumer ainsi l’odieux de cet acte abominable. Sous un spécieux prétexte, la nécessité absolue d’assurer la solde d’une armée exigeante, on arrache 10 millions aux deux princesses. Mais, loin d’étre satisfait, le résident anglais fait emprisonner et mettre à la torture deux malheureux eunuques, intendants ou hommes de confiance des Begums. Pendant plus de six mois, la faim, les fers, les supplices corporels, furent employés contre ces pauvres vieillards, et même contre des femmes de la Zénanah *, pour leur arracher non-seulement le secret des prétendus trésors de leurs maîtresses, mais encore leur fortune personnelle. Quand on leur eut extorqué leur dernière roupie et leur dernier bijou, on leur rendit la liberté. Les cruautés avaient été exercées au nom du nawab, lagrdce fut accordée au nom du gouverneur général l... Lorsque, quelques années plus tard, ces faits, joints à quarante-cinq autres de môme nature, motivèrent la comparution d'Hastings comme accusé à la barre du parlement , la loi suprême du salut commun fut alléguée pour justifier ces infamies; la majorité