D’Ikchvaku , premier roi d’Ayodhia
salle en marbre blanc, entourée de portiques sous lesquels sont des écoles de langue persane pour les jeunes Luknois. Le défunt, qui aimait fort les sciences, a voulu en être entouré même après sa mort. Il cultivait aussi la poésie et brille au premier rang dans la pléiade des poètes hindoustanis. Je me plais à croire, bien que pourtant je n’aie pu m’en assurer, qu’il repose dans son paisible asile à côté de celle qui lui inspira la chanson suivante , encore aujourd’hui fort populaire dans tout le bassin du Gange, et qui ne déparerait pas un recueil occidental :
« Dans ses yeux ont brillé des larmes; étaient-elles dues à une pensée de pitié pour moi? était-ce des perles ou des gouttes de rosée? et ce qu’elle éprouva alors, l'éprouva -t-elle longtemps ?
« Pourquoi voiler de compassion mensongère ton dédaigneux orgueil? Pour moi, ne vaut-il pas mieux expirer à tes pieds que de souffrir loin de toi ? Crois-tu d’ailleurs que sans se briser le cœur souffre ainsi longtemps ?
« Le ciel a voulu que chaque mois vit décroître et renaître la planète argentée qui brille dans la nuit. L’astre de ta beauté n’est pas moins éclatant; il croît encore, mais croîtra-t-il longtemps ?
« La fraîcheur de la jeunesse et de la santé s’allient sur tes traits éblouissants et épanchent autour de toi une balsamique auréole. Telle est la rosée du matin sur un bouton de rose ! mais fleur et rosée durent-elles longtemps ?
« Tu souris loin de moi et loin de toi je pleure; et mon cœur, plein de ton nom, de ton souvenir, de ton image, ne peut se faire à l’idée que ton absence puisse durer longtemps.
« Adieu ! de ton oubli paye un amour fidèle, mais que tes jours soient purs de douleurs et de remords. Ce vœu
suprême accompagnera mon dernier souffle sur mes lèvres , que je vive ou ne vive pas longtemps ’ ! »
Encore leu (hng*.
Le royaume d’Aoude est, on le sait, une des parties de l’Inde qui a fourni le plus de thugs aux tribunaux anglais. Je ne fus pas étonné d’apprendre que la prison de Luknow renfermait un grand nombre de ces misérables. L’un d’entre eux, interrogé devant moi par le résident, lui dit avec un sourire de satisfaction qu’il se flattait d’avoir bien employé son temps de liberté. Il avait étranglé six cents personnes de ses propres mains. C’était un homme d’environ soixante ans, à l’air respectable, presque câlin; fort propre, même élégant dans sa tenue, il était dans sa prison entouré de sa femme et de ses enfants qui le caressaient. Il y a peu d’années, il avait pour compagnon de captivité un de ses anciens maîtres en thuggisme, convaincu, d’après ses propres aveux, du meurtre de neuf cent quatre-vingt-dix-neuf personnes, et qui ne s’était arrêté à ce chiffre que par coquetterie de métier ! Cet artiste en tuerie poussa jusqu’à quatre-vingt-cinq ans son abominable existence; il mourut dans les fers avec le calme et les espérances d’un juste, et son portrait, que je me suis procuré chez un peintre indigène, rappelle les plus beaux vieillards de la statuaire grecque.
Si on laisse la vie à beaucoup de ces effroyables monomanes, c’est que leur grand nombre lasserait le bourreau; et puis on se sert d’eux pour découvrir leurs complices. Ils se font révélateurs sans trop de scrupules et à deux conditions : la première est qu’on leur permettra de partager leur prison perpétuelle avec leurs familles ; la