‹ L'Inde enchainéeChapitre 101 sur 227 · VON FAT" SU NES · texte numérisé non relu

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de courage et d’ardeur, voire d’honnéteté et d'intégrité, et déclarent qu'avec tous ces défauts, ilsne sont pasaptesàse gouverner, et qu'il faut bien que l'Angleterre s’en charge.

S1 ces accusations sont fondées, qui faut-il blämer, sinon les Anglais eux-mêmes?

Avant d’être réduits en esclavage, les peuples de l'Inde étaient forts et virils.

Pendant de longs siècles, alors qu'ils se Sont gouvernés eux-mêmes, ils ont créé une grande civilisation, et nul peuple n’a été plus brave, plus honoré, plus illustre.

Alexandre le Grand se heurta à leur résistance. Son historien, Flavius Arrius, écrit, en parlant des Hindous : « Ils sont remarquablement braves et, à la guerre, ils sont Supérieurs à tous les Asiatiques: leur intégrité est étonnante; ils sont si sages qu’ils recourent rarement aux procès, et si honnêtes qu'ils n’ont pas besoin de clefs à leurs portes, ni d’écritures pour sceller leurs accords. » |

Les voyageurs européens qui visitèrent les Indes au cours des siècles suivants chantent les louanges du pays, de sa fertilité, de ses richesses, de sa beauté: ils ne louent pas moins ses habitants, industrieux, prospères, honorables, cultivés et d’une grande noblesse de caractère.

Les appréciations sur l’Inde se maintiennent à ce niveau jusqu'à ce que les voyageurs se changent en conquérants avides et ourdissent des complots pour sapproprier le pays par la force et la ruse.

Dès Ie début de cette époque de spoliation, de confiscation, de domination qui est

l’une des plus honteuses de lhistoire moderne, le monde commence à entendre d’autres opinions sur les habitants de l'Inde. Presque du jour au lendemain, ceux dont on vantait la civilisation, la culture, le caractère et l'honneur deviennent des Barbares.

C’est une vieille histoire. Sitôt que nous agissons mal envers quelqu'un, nous le calomnions par surcroit. Depuis lors, et jusqu'à maintenant, 1l est de bon ton de dénigrer injustement les Hindous, de . mépriser leur civilisation, leur caractère, de les considérer comme une race inférieure, « mi-enfant, mi-démon », comme dit Kipling, incapable de se gouverner et ainsi de suite. |

Quoi d'étonnant? Ne faut-il pas faire Croire au monde que les habitants de l'Inde sont inférieurs, intellectuellement et moralement et à demi barbares, pour avoir au moins l’ombre d’une excuse à les dominer et à les exploiter ?

Supposez que les Anglais soient conquis par des étrangers. Garderaient-ils longtemps leur force de caractère? Ne subiraient-ils pas l'influence dégradante et démoralisante de l'esclavage? Telle est la question que posait un homme d'élite, Sir Thomas Munro, qui fut gouverneur de Madras, de 1819 à 1826. Et voici comment il y répondait : « Que les Anglais s’éveillent demain sous un joug étranger; qu'ils soient exclus du pouvoir, des honneurs publics, de toutes les hautes fonctions; que leurs vainqueurs les tiennent pour indignes de con-

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fiance, et toute leur science, toute leur littérature sacrée et profane ne les sauvera pas de devenir, en une ou deux générations, une Trace abjecte, malhonnête, rusée. Si nous traitions les Hindous en égaux, nous ne trouverions pas moins d’intégrité chez eux que chez nous. »

Ce qui peut nous étonner, c’est que sa longue sujétion n’ait pas affaibli, abaïssé, démoralisé l'Inde davantage; qu’on y rencontre encore tant de noblesse et de probité, et que depuis trente ou quarante ans, depuis qu'elle a résolu de reconquérir sa liberté, elle ait nourri une élite si forte, si courageuse, si active. C’est là un indice de la supériorité intellectuelle et morale inhérente à la race, une preuve que, malgré la tyrannie et l'oppression, sa valeur ne s’est pas encore perdue.

L’esclavage de l’Inde ne peut pas, ne doit pas durer. Le croire irrémédiable, c’est désespérer de l’humanité. Si l’humanité progresse, et nous voulons le croire, l’Inde retrouvera sa place parmi les grandes nations. Et elle leur apportera des dons inappréciables. Gokhale ne se trompe pas lorsqu'il voit ainsi l'avenir : « Quand l’influence amollissante de l'esclavage s’évanouira et que l'Inde se sentira libre; quand ses fils et ses filles pourront se redresser de toute leur stature et remplir leur mission dans le monde, — alors un grand courant d'énergie spirituelle et morale, longtemps détourné, jaillira de nouveau et l'Orient et l'Occident, les hommes blanes ou Jaunes ou bronzés, tous, auront lieu de se réjouir, »

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