‹ L'Inde enchainéeChapitre 137 sur 227 · ARE · texte numérisé non relu

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matière d'administration, et cédant la place à d’autres étrangers. De sorte que personne dans le gouvernement ne porte aux affaires l'intérêt suivi que seul lamour du pays pourrait susciter. Il s’en suit que le véritable intérêt du peuple est systématiquement subordonné au militarisme et aux intérêts des classes commercantes anglaises. »

« Modern India », le livre de Mr. Rutherford, membre du Parlement anglais, contient un véritable réquisitoire contre le caractère et l’œuvre de la bureaucratie anglaise, « une des principales causes de la pauvreté de l'Inde ». Mr. Rutherford déclare que l'efficacité de l'administration se borne à soutenir les intérêts matériels anglais.

Pour ce qui est de la prospérité et du bienêtre du peuple hindou et de l'Inde, voici le bilan : « L’éducation du peuple, négligée; les services médicaux et sanitaires des villages, négligés; l’ordre, négligé; les logements populaires, négligés; la protection des paysans contre les usuriers, négligée; le crédit agricole, négligé; les progrès de l’agriculture, relativement négligés; le développement des industries indigènes, négligé; les profiteurs anglais, accapareurs des transports, des services électriques et autres services publics, encouragés; les manœuvres financières de Londres sur la monnaie de lPInde, laissées libres. »

La Modern Review de Calcutta écrit :

« Quels sont les critères de l'efficience d’un gouvernement ? Le niveau d'éducation du peuple; son niveau de vie matérielle —

nourriture, logement, vêtement —; Sa santé; et enfin son énergie et son aptitude à conduire ses affaires. Jugé selon ses critères, le gouvernement britannique de Inde est-il efficient ? Non : Après cent cinquante ans passés de suprématie britannique, le peuple demeure pitoyablement ignorant, routinier, pauvre, mal soigné, fauché par des épidémies et plié sous l’autorité de la force et du terrorisme. »

D’autres Anglais encore dénoncent cette exploitation impitoyable de lhomme par l'homme (1).

Lorsqu'il y a quelques années, les Anglais blâmèrent le traitement des Noirs au Congo belge, un auteur irlandais écrivit ironiquement que les Anglais « détestent l’injustice, excepté quand ils la commettent. Ils crient « honte! » aux Belges et ils oublient qu'ils ont leur talon sur le cou de l'Inde. »

Un témoignage d’une valeur particulière à cet égard est celui de Mr. W. Scawen Blunt, membre du parti conservateur, partisan de la domination anglaise. Grand ami

(1) L'édition américaine cite encore à ce sujet C. F, Andrews, Ramsay Macdonald, déjà cités, Bernard Shaw, Edward Thompson, missionnaire et homme de lettres qui, dans un de ses livres, The other Side of the Medal (L'autre côté de la médaille), écrit : < Nous jugeons en négriers; nous évaluons les vertus d’un Hindou comme un chasseur celles de son chien. » L'auteur cite encore dans son texte un beau poème de William Cowper, qui débute ainsi : Hast thou, though sucked at fair Freedom's breast, Exported slavery to the conquered East?

(As-tu donc, toi qui as sucé le lait de la Liberté,

Exporté l'esclavage dans l'Orient conquis ?) N. DU T.

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du Vice-Roi d’alors, Lord Lytton, il allait aux Indes tout préparé à y admirer l’œuvre des Anglais; il fut bientôt —— Sur l’administration il écrit (1) : . Il y a trop d'intérêts égoïstes en jeu se que les meilleures choses ne tournent pas du mauvais côté. » Et sur l'Inde : « Je suis désappointé de voir qu’elle est aussi mal gouvernée que le reste de l'Asie, la seule différence étant que c’est dans une bonne intention au lieu d’être l'effet du hasard ou d’une intention mauvaise. On y trouve les mêmes impôts écrasants, le même gaspillage d’argent, la même bureaucratie étrangère qu’en Turquie. Le résultat est le même et je ne vois guère de différence entre faire payer à des Hindous faméliques la construction d’une cathédrale à Calcutta, et taxer les Bulgares pour un palais sur le Bosphore... Aux Indes,

les « indigènes » (2), comme on les appelle,

sont de pauvres esclaves épouvantés, misérables, maigres à faire peur. J’ai beau être bon conservateur et membre du Carlton Club de Londres, j'avoue que j'ai honte de l'esclavage où on les tient, et que ma foi dans les institutions britanniques et les bienfaits de notre domination a reçu un rude coup. J'ai étudié les mystères des finances hindoues sous les meilleurs maitres, secrétaires du Gouvernement, commissaires, et le reste, et j'ai été obligé de conclure que si nous continuons à exploiter

(1) Cf. Secret History of the English Occupation of Egypt. page 47.

(2) Mot à mot « natives ». N. DU T.

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le pays à ce train, un jour ou l'autre les habitants en seront réduits au canntbalisme: il ne leur restera plus rien à manger si ce n'est leurs semblables! »

Concluons qu’il n’y a pas de sophisme A plus absurde et plus néfaste que la prétention des Anglais à bien gouverner leur loin- 4 taine « dépendance ». Ils disent que c’est 4un pays difficile à gouverner, et que seuls Æils en sont capables. Quel raisonnement! À.

Parce que la tâche est difficile, faut-il la À mettre entre des mains étrangères, la confier. à ceux qui la connaissent le moins! 7 Belle logique! Que ne Pappliquent-ils chez C2 eux ? Quand ils ont des difficultés, que ne font-ils appel à des ministres étrangers ? = à Ils n’y songent pas! Ils savent bien que les 4. Anglais pourront toujours gouverner lAngleterre mieux que des Français, des Alle- = mands ou des Chinois! Pour les mêmes + raisons, l'Inde peut se gouverner mieux que + ne la gouverneront jamais les Anglais ou 0 n'importe quel autre peuple. | +.

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