‹ L'Inde enchainéeChapitre 156 sur 227 · RE ET · texte numérisé non relu

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Compagnie des Indes, n'étaient pas des étrangers comme le sont les Anglais. Le premier d’entre eux, Baber, était, il est vrai, venu de létranger; maïs il s'était établi dans l'Inde. Lui et ses successeurs avaient fait de l’Inde leur résidence permanente, s'étaient identifiés avec elle et régnaient sur elle en souverains hindous et non en étrangers. Ils n'étaient pas plus étrangers que ne l’ont été les rois d'Angleterre depuis Guillaume le Conquérant. Guillaume venait pour être un roi anglais et ses successeurs ont regardé l'Angleterre comme leur pays.lIls ont été des rois anglais. Les souverains mongols n'étaient pas plus des étrangers que les Présidents des Etats-Unis. Tous ceux-ci descendent de gens qui autrefois ont émigré en Amérique. Mais ils venaient pour s'établir en Amérique, pour devenir Américains, et leurs descendants sont considérés a bon droit comme Amériçains. Il en fut exactement de même des souverains mongols.

Le cas de la domination anglaise est

‘tout différent. Les Anglais viennent en

étrangers et restent des étrangers. Ils sont nés à des milliers de lieues de l'Inde; ils y viennent dans le but de gouverner en étransers un pays subJugué; on a vu qu'ils ne se mêlent pas à ceux qu'ils gouvernent, apprennent rarement leur langue, et n’appellent jamais l'Inde leur « Home ». Sitôt achevé leur temps de service, ils se hâtent vers l'Angleterre où sont restés leurs intérêts et leurs affections. Ce genre de domi-

nation-là, l'Inde n’en avait jamais encore fait l'expérience.

Gouvernés par les empereurs mongols établis dans le pays, devenus Hindous et régnant en Hindous, les habitants ne se sentaient pas privés de leur pays. Leurs empereurs, bons ou mauvais, étaient à eux, et l'Inde était alors une grande nation, une des plus fières nations du monde. De plus, tous les revenus du pays se dépensaient sur place. Ils n’étaient pas drainés vers l’extérieur, et la nation ne s’appauvrissait pas.

Vinrent les Anglais qui conquirent le pays au nom d’un roi étranger et en firent un morceau de son domaine. Et pour la première fois dans l’histoire, les Hindous n’eurent plus de pays. Cette grande nation au glorieux passé n’eut plus de place entre les nations. Elle ne fut plus qu’une « dépendance », une « possession » d’une puissance étrangère. Jamais l’Inde n’avait subi de semblable humiliation.

Mais ce n’est pas tout. Jamais lInde n’avait été exploitée et dépouillée comme aujourd’hui. Le riche butin emporté par le Shah Nadir n’est rien auprès des sommes énormes qu'ont draînées les Anglais depuis le pillage éhonté de la Compagnie des Indes Orientales, sous Clive et Warren Hastings, jusqu'aux énormes appointements, aux énormes pensions des fonctionnaires étransers, et aux dépenses des perpétuelles expéditions militaires entreprises, non pas pour le bien de l’Inde, mais pour l’expansion de l'Empire britannique.

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