‹ L'Inde enchainéeChapitre 159 sur 227 · MAT · texte numérisé non relu

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traint, voilà quatre-vingts ans, d’ouvrir ses ports au commerce étranger, l'Asie le connaissait peu et l'Europe encore moins. Sa littérature était partout inconnue. Sa relision principale venait des Indes. Son art, très raffiné d’ailleurs, était en partie une imitation de l’art chinois. C'était un pays presque exclusivement agricole, dont les industries étaient peu développées. Il avait peu de ressources minérales, alors que celles de l'Inde sont immenses: il était bien pauvre au regard de l'Inde d'avant l’exploitation anglaise.

Et voilà qu’en deux générations, il est devenu la nation la plus avancée d'Asie, l’une des plus puissantes de la terre, et que l'Inde a reculé, a perdu son renom et sa place dans le monde.

Pourquoi ? Parce que le Japon était libre, et que l'Inde était enchaïînée.

Il est universellement admis aujourd'hui qu'après la liberté, le plus grand facteur de progrès, on peut même dire le plus grand créateur du progrès pour une nation moderne, c’est l'instruction; l’Inde et le Japon en sont-ils au même point dans ce domaine ?

Sitôt que le Japon eut décidé d'entrer en contact avec les autres nations, le gouvernement vit la nécessité de l'instruction universelle du peuple. Dès 1869 parut une ordonnance où l’on peut lire ce paragraphe:

« L’instruction est essentielle pour tout le monde: alors que dans le passé on a considéré l'étude comme un moyen de parvenir aux postes officiels, désormais la popula-

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férentes. » Il y a quatre-vingts ans, le Japon

tion tout entiere, sans distinction de classe, doit être instruite, et nul village, nul foyer ne doit contenir une seule personne illettrée. »

Immédiatement, l’enseignement primaire, secondaire, supérieur, fut organisé, sans préjudice pour les écoles agricoles, industrielles, techniques, et un grand nombre de jeunes gens furent envoyés en Europe et en Amérique dans les Universités et les grandes écoles de tous genres, dans le but de constituer un corps de professeurs et de spécialistes.

Au contraire, dès ses débuts, le Gouvernement britannique des Indes se défa de Pinstruction. Il savait qu’un peuple ignorant est plus facile à subjuguer et à mener.

Par la suite, il est vrai, il établit un système d'écoles, fort limité d’ailleurs, et dont tous les enfants du pays ne peuvent jouir.

Quant à l'instruction supérieure, elle fut organisée en vue de donner au Gouvernement britannique un, corps de fonctionnaires subalternes. L'éducation technique et scientifique qui eut permis le développement industriel du pays resta inexistante.

Les jeunes gens désireux de se rendre en Europe ne recurent aucun encouragement, au contraire.

Mr. Sudhindra Bose, maître de Conférences à l’Université de Iova, fait ressortir cette différence de politique : « Si l'Inde avait », dit-il, « possédé comme le Japon un Gouvernement national libre de façonner sa destinée, les choses eussent été dif-

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n’était pas plus avancé que lInde dans le domaine de l’économie moderne. C’était un pays tout agricole, xénophobe, féodal, dont la société trés divisée (tout autant que celle de l’Inde), était sous la domination de la puissante caste des Samouraï. Mais, à la venue du Commodore Perry, le Japon fit peau neuve. Le gouvernement se donna la tâche de faire du pays la première puissance industrielle d'Asie. Comment s’y prit-il ? Il établit des écoles professionnelles et techniques; il constitua officiellement des corps de recherches dans les domaines du dévidage et de la filature, de l'impression et de la reliure, de la fonte des caractères. etc. Il organisa des expositions, encouragea les entreprises, exposa ses produits à l'étranger. Il s’occupa de l’éducation technique des femmes et l'imprimerie d'Etat fut la première à employer la main-d'œuvre

féminine. Puis, après avoir ainsi pris la

haute main, donné lexemple, ouvert des fabriques, modelé, créé le goût et le sens industriel, le gouvernement remit graduellement ses entreprises à des entrepreneurs

privés. En 1867, au début de l’ère Müñi, le

Japon n’avait aucune industrie digne de ce nom. Trente ans après, il possédait 4595 firmes dont le capital versé se montait à cent millions de dollars. Aujourd’hui, industries et finance ont atteint un développement incroyable.

Rabindranath Tagore a dit : « Les Japonais ont fait des progrès remarquables; mais si l’Inde avait été placée dans d'aussi

bonnes conditions, elle n’aurait pas moins

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