L'INDE ET LE JAPON. POURQUOI LE JAPON EST EN AVANCE SUR L'INDE
Pourquoi le Japon, relativement si petit, occupe-t-il une place si prépondérante en Asie et dans le monde ? Et pourquoi l’Inde, un si vaste pays, beaucoup plus peuplé et d’une civilisation plus ancienne, occupet-elle un rang beaucoup moins important el beaucoup moins honorable ?
Est-ce parce que les Japonais sont par nature un peuple supérieur et les Hindous un peuple inférieur ?
Pour ma part, j'ai une haute idée des Japonais. J'ai appris à les connaître en Amérique et chez eux, et pour leurs aptitudes intellectuelles, leur caractère et leur Civilisation, je les trouve à la hauteur de la plupart des peuples « blancs » et supérieurs à certains (1).
Mais sont-ils supérieurs aux Hindous ?
Et même s'ils le sont aujourd’hui, l’étaientils quand l'Inde tomba sous l’hégémonie britannique, il y a moins de deux cents
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ans, ou même quand le Japon émergea de
(1) À ce sujet, je prends la liberté de renvoyer les lecteurs à mon ouvrage intitulé : Rising Japan (Le Japon qui monte), édité par G. P. Putnam’s Sons, New-York, 1918.
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son long isolement, il y a trois quarts de siècle ?
S1, voilà cent cinquante ou voilà soixantequinze ans, on avait demandé aux Occidentaux les mieux informés de l'Orient, lequel des deux peuples était supérieur, je crois que tous auraient assigné la première place aux Hindous.
Jusqu'à ces dernières années, le Japon a tenu peu de place dans le monde, et même peu de place en Asie. L’Inde au contraire a joué un grand rôle. De temps immémorial elle a été connue, non seulement dans toute l’Asie, mais en Europe orientale et dans certaines régions d'Afrique. Au temps d'Alexandre le Grand, elle était si fameuse en Grèce qu’elle devint la suprême ambition du grand conquérant. II y conduisit ses armées et y trouva une civilisation qui ne le cédait en rien à celle de la Grèce et de grands royaumes aux armées si fortes, qu'après une dure bataille il Jugea plus sage de retourner sur ses pas.
Deux ou trois siècles avant Jésus-Christ, les missionnaires bouddhistes avaient répandu leur religion née aux Indes dans toute l'Asie centrale et orientale, jusqu'aux confins de l’Europe où il n’est pas invraisemblable qu’elle ait pénétré; un peu plus tard, cette religion se répandit en Extrême- Orient, portant partout avec elle la pensée et l'influence de l'Inde.
Les Romains eurent avec l’Inde des relations commerciales. Ils importaient ses pierres précieuses, ses soieries et ses produits de luxe. Plus tard, la richesse de
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Venise et de Gênes et des autres cités méditerranéennes reposa en grande partie sur leur intense commerce avec les Indes. On sait que c’est pour découvrir la route des Indes que Christophe Colomb s’embarqua vers l'Orient. Les Indiens d’Amérique portent encore le nom qu’il leur donna en croyant aborder aux Indes. Vasco de Gama trouva enfin la route maritime par le Cap de Bonne-Espérance et les grandes nations maritimes d'Europe, Portugal, Espagne, France, Hollande, Angleterre se disputèrent le monopole du commerce avec l’Inde, cherchant toutes à prendre pied, commercialement d’abord, puis politiquement, dans le pays le plus riche et le plus renommé du plus grand des continents. Quand enfin l'Angleterre, ayant écarté ses rivales, conquit, posséda, exploita et dépouilla le pays, en en faisant couler un fleuve d’or et d’argent, plus merveilleux encore que celui qui avait coulé du Mexique et du Pérou vers l'Espagne, toute l’Europe fut jalouse. L’Angleterre avait la part du lion, autrement dit le prix du brigandage.
Ce riche pays, cependant, a été distancé par le petit Japon. Aurait-il donc sur elle un avantage particulier ? Sa superficie n’est que le septième de celle de lPInde. Sa population le cinquième. Au lieu d’être situé au centre de l'Asie, il en est à l’extrémité, et ne tient pas au continent. Sa civisation est beaucoup moins ancienne. Il a vécu la plupart du temps replié sur luimême, sans relations avec le dehors. Jusqu'à ce que l’Américain Perry l’eut con-
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