‹ L'Inde enchainéeChapitre 167 sur 227 · PACE · texte numérisé non relu

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arbitraire et autocratique, sur l'âme des individus.

Passons aux effets politiques, à ceux qui s’exercent sur la nation dans son ensemble.

Le recrutement des fonctionnaires civils et militaires, qui reviennent après vingtquatre ans de service, pourvus d’une pension opulente et de rondes économies, a pour effet de remplir l'Angleterre de milliers d'hommes qui, pendant le dernier tiers ou la dernière moitié de leur vie, peuvent vivre dans le luxe et le loisir, Ces hommes songent-ils au moins à consacrer quelque peu de leur temps et de leur influence à ce misérable peuple hindou dont les impôts écrasants font les frais de leur confortable existence ? Cherchent-ils à faire mieux connaître lInde, à créer une opinion publique en faveur des réformes nécessaires ? Quelques-uns, oui : ceux qui, au cours de leurs années de service, ont su apprendre à connaître les Hindous et sont devenus leurs amis. Mais ils sont bien peu.

La plupart, empoisonnés d’orgueil de classe et de race, d’impérialisme et d’autorita-

risme, manifestent en Angleterre la même dureté et la même étroitesse d’esprit, et non seulement ils restent les ennemis de l'Inde, mais ils deviennent les adversaires de toute réforme, de tout progrès social.

Les historiens de la période de Clive et de Warren Hastings nous racontent que les « nababs », revenus des Indes les poches pleines, dépensaient volontiers le produit de leur brigandage à lachat d’un « bourg pourri » et se faisaient ainsi élire au Parle-

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ment: et se joignant aux plus extrêmes réactionnaires, ils votaient comme un seul homme, contre toute mesure éclairée, toute réforme, tout progrès.

Pendant plus d’un siècle, tout projet de réformes économiques, politiques, éducatives, s’est heurté au groupe compact des hommes ayant servi aux Indes. Si libéraux qu'ils aient été auparavant, leur séjour là-bas les a rendu réactionnaires, impérialistes, militaristes, favorables aux classes privilégiées, durs au peuple, ennemis du progrès. Lamennais a dit qu'un peuple qui se permet d'en opprimer un autre, creuse la tombe de sa propre liberté. Rien n’illustre mieux cette pensée. Aujourd’hui, lorsque le parti libéral et le parti travailliste veulent faire voter une mesure profitable au peuple anglais, qu’il s’agisse de la protection des femmes et des enfants, de éducation, du système pénal, de la législation du travail, il leur faut lutter contre linfluence délétère de l’autocratisme des maîtres de l'Inde. Comment s’en étonner ? Ces hommes ont acquis une mextalité de négriers. Ils ont passé vingt-quatre ans de leur vie à organiser l'oppression. Peuvent-ils devenir soudain les avocats de la liberté et de l'égalité? Ils ont pris l’habitude de piétiner les droits des Hindous. Peuvent-ils respecter ceux du « peuple » de leur pays ? C’est sur eux que retombe en grande partie la responsabilité d’avoir si longtemps opprimé lIrlande. Et qui, en 1914, ébranla le parti libéral et renversa le parti travailliste ? Ce sont encore ces hommes qui ont vécu de l'Inde, qui en

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