LA DOMINATION ANGLAISE
Les Anglais se targuent d’avoir été et d'être encore les bienfaiteurs de l'Inde. Et comme ce que l’on sait de l'Inde en Occident est surtout de source anglaise, l’impression est très répandue que la doinination britannique est pour l'Inde une bénédiction sans mélange. Les Hindous le nient et nous supplient d'entendre aussi ce qw’ils ont à dire et surtout d’observer, de chercher a savoir ce que signifie pour l’Inde le règne
de la Grande-Bretagne.
Il ne faut pas le demander au Gouvernement britannique à qui la possession de cette vaste contrée asiatique confère un si grand prestige, ni aux fonctionnaires qui en vivent, ni aux commerçants qui en tirent leurs richesses, mais au peuple de trois cent vingt millions d'hommes qui en fait l’expérience, à ce peuple au fier passé qui, voilà cent cinquante ans, fut conquis, désarmé, æt qu'une puissance étrangère tient depuis lors en servitude.
Certes, depuis le temps où Edmond Burke blâmait les exactions de Warren Hastings aux Indes, il s’est trouvé des Anglais qui ont vu et déploré, parfois même
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dénoncé, les abus et les erreurs du régime.
Ils se sont rendu fort impopulaires, on les a accusés d’antipatriotisme, voire même de trahison. On a tenté d’étouffer leur voix.
Mais cependant, leurs témoignages se sont accumulés. Ils constituent un dossier accablant, non seulement contre la domination anglaise aux Indes, mais contre toute Conquête «et toute domination. Tel conquérant peut être un peu plus intelligent, tel autre un peu plus brutal, maïs le fond est le même. loute conquête est basée sur la force, et non sur la Justice. Le résultat en est à coup sûr un mal profond pour ceux que l’on prive de leurs droits et de leur liberté, et à la longue, pour les oppresseurs eux-mêmes. La servitude est toujours amére, mais, Ce qui est pire encore, elle a un effet démoralisant, avilissant, dissolvant, sur le caractère des asservis. Elle tend à détruire leur dignité, leur initiative, leur sens des responsabilités. Elle crée une mentalite d'ilotes, et tue l’espoir et le goût de vivre. C’est le mal le plus profond et le plus irréparable qu’on puisse infliger à l'humanité.
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Pour bien comprendre le problème, ïl faut être au clair sur la nature exacte des relations entre l'Inde et l'Angleterre. L’Inde est une dépendance, et non une colonie. On confond trop souvent. Une colonie peut avoir un gouvernement autonome, comme en ont les Dominions. J'ai assez vécu au Canada pour savoir que nul gouvernement
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au monde n’incarne mieux la volonté du peuple «et n’est plus libre que celui de ce pays. Le Canada n’a rien à envier à la plus indépendante des républiques. Rien ne l’oblige à rester lié à la métropole, que sa bonne volonté, son respect et son affection.
Voilà, pour l’Angleterre, un vrai titre de gloire. Maïs si l’on observe les « dépendances », quelle différence! Leur statut est incompatible avec une Constitution qui prétend garantir la liberté de tout sujet britannique. La Magna Charta a mis le gouvernement aux mains du peuple anglais.
Cromwell a écrit dans les statuts du Parlement anglais : « Toute puissance juste au regard de Dieu dérive du consentement du peuple. » Depuis lors, ce principe a été fondamental, essentiel, incontesté, dans la politique intérieure. Il a fallu du temps pour qu'il soit étendu aux Dominions. C’est sur lui que s’appuyèrent les colons américains de 1776. De grands Anglais, comme Burke, Pitt et Fox, donnaient raison à ceux-ci. Si lPAngleterre d’alors avait été fidèle à ses principes de liberté et d’autonomie, elle n'eût pas perdu ses colonies d'Amérique.
Plus tard, elle faillit perdre de même le Canada. Elle ouvrit les yeux à temps et octroya le statut de dominion actuellement en vigueur. La révolte fut évitée et les liens, — liens d'affection et de bonne entente, — devinrent indissolubles entre la métropole et la colonie. Mais que devient le principe, quand il s’agit de « dépendances » ?
Ÿ a-t-il donc des peuples qu’on a le droit de gouverner sans leur assentiment ?
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