QUAND L'INDE SERA-T-ELLE ÉMANCIPÉE
Les Hindous croient fermement qu'ils sont d'ores et déjà capables de se gouver” ner. Ils désirent que l'autonomie leur soit accordée sans autre délai que le temps nécessaire à organiser le Gouvernement hindou et à effectuer la transmission des pouvoirs sans dommage pour l'une ou l’autre partie.
Les Hindous pensent que leur liberté n'aurait jamais dû être confisquée; que l'ayant été, elle aurait dû être rétablie
depuis longtemps, et en tout cas depuis ia
guerre de 1914-18 qui fut faite, soi-disant, « pour assurer la démocratie dans le monde entier » et « pour donner la liberté et l’autonomie » à toutes les nations et a tous les peuples opprimés. Si l’on a émancipé la Pologne, la Tchécoslovaquie et d'autres pays, plus petits, moins importants, et moins opprimés que l'Inde, pourquoi n'a-t-on pas émancipé l'Inde elle-même ?
Les Hindaus ne sont pas tous d'accord sur la forme à donner à l'autonomie. Les uns demandent l'indépendance absolue; les autres le « Statut de Dominion » dans l'Empire, c’est-à-dire une situation analogue à celle du Canada, de l'Australie et de
l'Afrique du Sud.
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Jusqu’à la fin de la guerre, et même jusqu’en 1919, la grande majorité était pour le Statut de Dominion. Les événements ont peu à peu gagné des voix à la cause de lindépendance absolue. En 1927 se produisit un fait significatif : le Congrès national hindou vota presque à l’unanimité pour lindépendance complète de l'Inde.
L'Angleterre a commis la plus grande faute en ne profitant pas de la détente, et même de l'enthousiasme à l’égard de lPAngleterre qu'avait provoqué la guerre, pour accorder le Statut de Dominion et s’attacher l’inde pour toujours. C'était « le moment psychologique ». Elle Pa laissé passer. Les atrocités du Punjab, le massacre d’Amritsar, la loi Rowlatt lui ont aliéné l'amitié et la confiance de l’Inde. Il n’y a pas à revenir sur le passé. Mais comment l'Angleterre envisage-t-elle lavenir ?
Va-t-elle inventer quelque autre « Diarchie » et forger à l'Inde de nouvelles chaînes, en apparence moins serrées, en réalité plus lourdes ? Va-t-elle continuer à la « préparer » pour une autonomie jamais octroyée ? Ou bien surgira-t-il un homme d'Etat assez fort et assez clairvoyant pour oser accorder sans marchandages, sans délais, sans restrictions, le Statut de Dominion qui donnera à l'Inde sa place à côté de l'Australie, du Canada, de l'Afrique du Sud, sa place dans l’ancien Empire devenu une srande République de nations libres ? (1)
(1) Mot à mot « Commonwealth of free nations ».
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Tous ceux qui veulent du bien à l'Inde et à l'Angleterre le souhaitent sincèrement.
Il n’est pas un Anglais qui connaisse l'Inde mieux que C. F. Andrews. Parti là-bas comme missionnaire de l'Eglise anglicane, puis plus tard professeur de collège, il est devenu le secrétaire de Tagore, l'ami de Gandhi, le soutien de quantités d'œuvres de réforme sociale. Comme un Américain lui demandait s’il ne valait pas mieux que l'Inde attendit encore une vingtaine d'années pour se gouverner seule, C. F.
Andrews répondit : « Le vrai danger n'est pas dans les troubles que l'octroi de lautonomie risque d’engendrer. Il est dans le délai qu'on met à l'accorder. »
Le parti travailliste anglais s’est, à maintes reprises, déclaré en faveur de l'octroi immédiat du Statut de Dominion.
À la Chambre des Communes, lors des débats du 8 juillet 1927, le député travailliste Ben Spoor déclara que son parti voulait, sans délai, la reconnaissance du Statut de Dominion à l’Inde. C’est, dit-il, son droit inaliénable que de prendre librement place à côté de nos auîres dominions, et comme leur égale.
Dans le Daily Mail du 17 octobre 1927, Mr. Ramsay MacDonald déclare que le maintien de l'Inde en tutelle n'a aucune
raison d’être : « … Personne n’imagine que.
l'indépendance présente un danger quelconque. Accordons-la donc. » Quelque temps après, parlant à la British Commonwealth Labor Conference, le 9 juillet 1928, Mr. MacDonald prononça des paroles encore