‹ L'Inde enchainéeChapitre 217 sur 227 · SUPPLEMENT · texte numérisé non relu

SUPPLEMENT

L’ANGLETERRE A-T-ELLE VRAIMENT L INTENTION D'ACCORDER QUELQUE JOUR L'AUTONOMIE ?

On peut malheureusement se le demander, et l’on a vu que les Hindous se le demandent de plus en plus. Il suffira, pour montrer que ce doute n’est pas sans fondement, de rappeler les trois déclarations suivantes, émanant de trois hommes politiques anglais.

1. Peu avant la chute de son dernier Cabinet, Lloyd George, dans son discours officiel sur le Plan de Réforme (Diarchie) déclara que la Grande-Bretagne entend maintenir aux Indes le « cadre d’acier » de lautorité britannique.

9 Lord Curzon, ex-Vice-Roiïi des Indes, dans deux articles parus dans la North American Review, démontra que lAngleterre ne peut renoncer à la domination de

l'Inde, et termina le second article par ces mots : « Le Gouvernement de lPInde est la tâche présente et future de lAngleterre :

tâche qui occupera ses énergies aussi longtemps qu’il est humainement possible de le prévoir. »

3. Le 7 juillet 1925, lord Birkenhead, Secrétaire d'Etat des Indes, déclara devant la Chambre des Lords : « Je ne vois dans aucun avenir la possibilité d'abandonner notre mission (1) dans l’Inde sans danger pour l'Inde et pour nous. »

Que penser de pareilles déclarations ?

Si lon admet qu’elles correspondent vraiment au sentiment de la Grande-Bretagne, deux idées s'imposent à l’esprit : la première, c’est que l'Angleterre trompe sciemment l’Inde et le monde par ses promesses et ses protestations de bonne volonté; la seconde c’est qu’elle ne reconnaît d'autre droit que celui du plus fort.

Je ne puis croire qu’il en soit ainsi. Je préfère répudier les déclaratons de Lloyd George, de lord Curzon et de lord Birkenhead, si représentatifs soient-ils. Il n’est pas possible que l’Angleterre ait dessein de retenir perpétuellement dans les chaînes, par le pouvoir de l’épée, le sixième de la race humaine. Il n’est pas possible qu’elle se condamne à être à jamais une nation sangsue, un tyran, un négrier; il n’est pas possible qu’elle veuille garder perpétuellement un Empire composé de soixante-dix millions d'hommes libres et de trois cents mil-

(1) Mot à mot «€ trust >.

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