‹ L'Inde enchainéeChapitre 36 sur 227 · TA NAT · texte numérisé non relu

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Il est certain que l'Amérique aurait, avec l'Inde dibre, de tout autres relations commerciales, industrielles, culturelles et autres: et les autres pays de même. S'il est vrai que, théoriquement, l'Angleterre pratique aux Indes la politique de « la porte ouverte », il est notoire que le gouvernement favorise ses nationaux; bien plus,

qu'il se fait l'instrument — où le complice — d’un véritable sabotage des entre-

prises non anglaises (1).

Considérez ce seul fait : l'Angleterre ne permet pas à l’Inde d’avoir des ambassadeurs et des consuls. Un pays aussi peuplé que l’Europe moins la Russie n'a pas un seul agent à l’étranger qui puisse prendre ses intérêts et renseigner ou guider ceux qui veulent entrer en rapporis avec Ha: -

En toute matière officielle, il faut passer par l’Ambassade anglaise; pour toute

(1) L’éminent économiste, R. Wagel, écrivait au New York Times, en 1915 : « Les Anglais ont [a haute main sur le commerce et les chemins de fer, et désavantagent cruellement les Hindous. Mr. Tata a dû avoir recours aux compagnies japonaises pour lutter contre les armateurs anglais qui ont ruiné le commerce des filés entre l’Inde et la Chine. Les chemins de fer donnent toujours la priorité aux chargements des marchands anglais, interdisant ainsi la concurrence aux Hindous.

Une Anglaise, Mme B. Wingfeld Stratford, dans son ouvrage intitulé L'Inde, publié en 1922, écrit : e Tout le monde sait que lé pays pourrait, en développant ses ressources naturelles, élever le niveau de vie des habitants. Mais l’Angleterre paralyse de parti-pris toute entreprise qui risque de concutrencer les siennes. »

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affaire commerciale ou privée, il faut recourir au Consul anglais qui, la plupart du temps, ne sait rien de l’Inde et qui, loin de la représenter, représente ses oppresseurs.

Combien de temps les gouvernements toléreront-ils ces humiliations, les hommes d’affaires ces brimades ?

L'Inde est une immense contrée, presque un continent, riche en matières premières, en produits agricoles, en forêts, en pêcheries. Au point de vue économique, elle intéresse le monde entier. Il est désastreux qu’un pays étranger s’arroge le droit de confisquer ces richesses inestimables. Elle est un marché important; il est inique qu’un pays étranger prétende se le réserver à l'exclusion de tout autre. Elle a un commerce extérieur considérable. Il est absurde qu’il soit orienté contre les intérêts du monde entier, à commencer par ceux des Hindous eux-mêmes, pour le seul bien @e la Grande-Bretagne. =

Un autre fait qui est à signaler ici (bien que j'en fasse l’historique détaillé au chapitre XI), c’est l'atteinte grave portée à l'Amérique et au monde entier, par lattitude que l'Angleterre a imposée à l'Inde au sujet de l’opium. C’est l'Amérique qui a convoqué à Shanghai, en 1909, la toute première conférence internationale de l’opium. Il s'agissait de discuter les moyens d’atténuer et éventuellement de faire disparaître ce fléau mondial. C’est encore l'Amérique qui prit en grande partie linitiative de la Conférence de l’opium réunie à La Haye, en 1922, et, indirectement cette

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fois, de celle de Genève en 1924. En 1923, les Chambres fédérales américaines ont, par des résolution unanimes, manifesté leur intérêt effectif à ce sujet, et notre gouvernement envoya à la Conférence de 1924 une délégation importante d'experts distingués.

T1 y a tout lieu de croire que la Conférence eût adopté les projets de résolutions américaines et, par là, délivre humanité du fléau, si les Anglais n’avaient obligé l'Inde, une des grandes productrices d’opium du monde, à jeter tout son poids dans l'autre plateau de la balance, à s'opposer au plan américain, comme d’ailleurs à tout plan risquant de nuire au revenu que FAn gleterre tire de la vente de lopium. Le peuple hindou sympathisait avec le plan américain €t l'avait manifesté en envoyant à la Conférence une importante pétition. Maïs le peuple hindou fut trahi, et l'humanité avec lui, par les manœuvres anglaises. L'Inde, qu’on a ostensiblement faite membre de la Société des Nations, n'avait point eu licence d’élire ses délégués à la Conférence de l’opium. Nommés par le gouvernement britannique aux Indes, les Hindous présents représentaient uniquement les intérêts de l'Angleterre. Si l'Inde avait été libre, la bataille de l’'opium était gagnée. Dira-t-on encore que la liberté de l'Inde est « une affaire de politique intérieure » ?

En 1922. lors de la Conférence de Washington, chargée d'examiner la question de la réduction des armements, et certains problèmes importants du Pacifique et de l'Orient, il eut été essentiel que

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