‹ L'Inde enchainéeChapitre 87 sur 227 · A) ORAN · texte numérisé non relu

A) ORAN

L'INDE ENCHAÎNÉE 123 blions pas que, de la part des Anglais, il s'agissait de guerres de pure agression, de guerres de conquête, alors que les Hindous combattaient l’envahisseur, défendaient leur pays contre la conquête étrangère.

Les historiens anglais ont tendance à passer rapidement sur ces guerres sanglantes. Toutefois, Dickinson écrit : « Nous, (les Anglais), considérons la bataille de Waterloo comme l’une des plus sanglantes de nos luttes: mais certaines de nos batailles, pendant la conquête des Indes, celle de Sutley, par exemple, en 1846, ont coûté deux fois plus de vies humaines que Waterloo. »

Sied-il à une nation qui, pendant un siècle, a répandu à torrents le sang de lInde, de prétendre lui avoir apporté la paix ?

Mais l'Angleterre n’a pas seulement répandu le sang de l'Inde pendant la conquête et la Mutinerie de 1857. Jusqu'à l'heure actuelle, elle a enrôlé dans ses armées des soldats hindous et s’est servi d'eux pour les guerres de conquête qu’elle a menées soit sur les frontières de l'Inde pour englober les Etats voisins, soit au loin dans le but plus ou moins déguisé d’agrandir son Empire.

John Morley fait de la méthode de conquête des Anglais une analyse d’autant plus intéressante qu’il a occupé, dans le Cabinet, le poste de Secrétaire d'Etat des Indes, Il

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appelle cette méthode: « L’avance du ban- | dit (1). » « Primo, dit-il, vous poussez une reconnaissance sur des territoires où vous |

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n’avez rien à faire et que vous avez promis de respecter. Secondo, votre intrusion provoque des ressentiments et les ressentiments provoquent des résistances. Tertio, È vous clamez immédiatement qu'il y a rébel- ; lion, tout en protestant que vous n'avez nulle intention de vous établir en perma-

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15 vous déclarez, les bras au ciel, que des con- *

sidérations morales vous obligent à rester, car si vous partiez, ce territoire serait aban-

donné à un état qu'aucune puissance cCivi-

‘2 lisée ne saurait contempler sans frémir. » 1 Voilà les cinq étapes du « Rake’s Pro- 1 5 gress ». | À & Un rapport officiel, en date de 1899, pré- |

senté à la Chambre des Communes à la | demande de John Morley, jette une lumiere | singulière sur la « Pax Britannica ». Il contient l'exposé des opérations militaires ayant trait aux Indes et faites par la Grande-Bretagne au cours du xix° siècle, avec l'indication des lieux et la nature exacte des opérations. On y compte onze cents guerres, incursions, expéditions militaires, campagnes, etc. dont les prétextes ou l’excuse comportent des ‘expressions telles que « voisins belliqueux », « voisins dangereux », « expédition punitive »,

(1) Mot à mot « The Rake’s Progress ».

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L'INDE ENCHAÎNÉE 129 « nécessité d’une ligne frontière meïl- PA

leure », plus « naturelle » ou plus « scientifique », mais dont l’objet réel est presque | toujours l'annexion d’un nouveau territoire. ER

Et qui a supporté le fardeau de ces + guerres? Qui a combattu ces batailles ?

L'Inde surtout. Quel bénéfice en a-t-elle retiré? Aucun. Etait-ce bien la peine de l'avoir sauvée des guerres intestines, des rivalités de ses princes (1) ?

Deux guerres en Chine, en 1860 et 1900 ; la guerre de Bhutan, de 1864 à 1865; la | guerre d'Abyssinie, 1806; la guerre d'Afga- : nistan, en 1878-79; après le massacre de la | mission de Caboul, la seconde guerre d’Afganistan, en 1879-1880; la guerre d'Egypte, en 1882: la guerre de Birmanie, en 1889,

terminée par l'annexion de la Haute-Bir- | manie, en 1886; l’expédition militaire de 1 Sitana, en 1858, et la campagne de Sitana, 1 en 1863: celles de Népal et de Sikkim, en | 1859: de Sikkim encore, en 1864; une lutte | assez grave sur la fronticre nord-ouest, en | 1868: les expéditions contre les Lushaïs, en 4 (1) Un écrivain hindou écrit avec une ironie 4 amère : € L’Angleterre a toujours eu le souci de

défendre les Hindous contre eux-mêmes. Elle les | aime tant, elle se sent tellement responsable c’eux s comme gardienne et protectrice, qu’elle ne peut $e + résoudre à les laisser s’entretuer. Il vaut évidemment 3 mieux que leur sang soit répandu par des chrétiens. »

‘ommentant ces mots avec une égale ironie, un

4 écrivain anglais écrit: « Voilà une conception :

ï magnifique! Quel malheur que les Hindous soient ue

: trop enfoncés dans leur barbarie pour comprendre

il quelle bénédiction c'est pour eux d’être tués par des

à étrangers civilisés plutôt que les uns par les He

k autres! » fs

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